Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-07-001



    
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    Numéro de dossier : D2008-07-001

    Plaignante          Mme Marie-Claude Montpetit

    et

    Mis-en-cause        M. Claude Poirier, journaliste et animateur
                        M. Martin Cloutier, directeur général
                        L'émission "Le vrai négociateur"
                        Le Groupe TVA-LCN
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    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Marie-Claude Montpetit porte plainte contre le journaliste Claude
Poirier et la chaîne télévisée LCN pour avoir proféré en ondes, dans
l'émission "Le vrai négociateur", des propos inacceptables et pour des excuses
insatisfaisantes à la suite de ces propos. Les propos dénoncés ont été
diffusés le 26 juin 2008 et les excuses de M. Poirier, le lendemain, le 27
juin 2008.

    
    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    1.  Mme Marie-Claude Montpetit porte plainte contre le journaliste Claude
        Poirier et la chaîne télévisée LCN pour des propos inacceptables et
        une rectification insatisfaisante.
    2.  Selon la plaignante, le 26 juin 2008, "en introduction de son
        émission, mais sans relation avec son contenu, Claude Poirier a
        expliqué ce que, selon lui, était le rôle d'un animateur de radio ou
        de télévision. Dans le cadre de cette explication, il a qualifié
        Monsieur Gilles Proulx "d'animateur-poubelle" et a qualifié la
        plaignante de "folle qui a aucune crédibilité"".
    3.  Le lendemain, M. Poirier aurait formulé, également en ondes, des
        excuses pour les paroles prononcées. Toutefois, selon Mme Montpetit,
        les excuses présentées à la suite de ces propos seraient
        "partielles". Insatisfaite, la plaignante décide de porter plainte au
        Conseil de presse.
    4.  En déposant sa plainte contre M. Poirier, Mme Montpetit précise trois
        motifs de plainte : "avoir excédé sa liberté d'expression; avoir
        excédé sa liberté et indépendance au titre de journaliste; avoir agi
        dérogatoirement aux principes de la liberté, de l'exactitude, de
        l'impartialité, de la pondération, de la rigueur et de la cueillette
        de l'information."
    5.  La plaignante annexe à son envoi un accusé de réception de la réponse
        des mis-en-cause à sa proposition de règlement. Elle y explique ainsi
        sa réponse : "La proposition faite par les mis-en-cause pourrait nous
        apparaître acceptable si les mis-en-cause se montraient disposés à
        publier les modifications proposées à l'annexe ci-jointe, s'ils nous
        permettaient de les rendre publiques dans le cadre de l'émission
        ayant initialement annoncé nos accusations et, s'ils s'engageaient à
        nous adresser des excuses relativement à leur refus préalable de
        publier l'information concernant nos acquittements." Le document de
        proposition, intitulé "Annexe relative aux publications requises",
        fait référence à sept situations à caractère juridique dans
        lesquelles Mme Montpetit aurait été impliquée soit : une dénonciation
        criminelle, deux plaintes pénales, trois actions civiles et un cas
        d'affiliation professionnelle.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Claude Poirier, journaliste et animateur
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    6.  M. Poirier amorce ses commentaires en rappelant les motifs de plainte
        de Mme Montpetit. Il répond que la plainte n'est pas fondée et expose
        les raisons motivant sa réaction. Et pour que le Conseil de presse
        soit en mesure de bien analyser cette plainte, le journaliste
        considère essentiel de faire un historique des propos tenus par la
        plaignante sur les ondes de la station 98,5 FM dans le cadre de
        l'émission "Le Journal du midi" de Gilles Proulx. M. Poirier annexe
        donc à sa réponse les transcriptions des émissions des 23, 25 et 26
        juin 2008 de M. Proulx.
    7.  Le journaliste mis en cause raconte d'abord que, le 23 juin 2008,
        l'animateur Gilles Proulx a reçu en entrevue Mme Montpetit et qu'ils
        ont notamment parlé de bars et de maisons de débauche. Les noms de
        plusieurs personnalités ont alors été mentionnés. A une question de
        l'animateur, la plaignante aurait affirmé ne pas savoir si M. Poirier
        fréquentait ces établissements. Par contre, elle aurait affirmé qu'il
        connaissait Mme Julie Couillard qui faisait les manchettes à cette
        période et qu'il fréquenterait des lieux de réputation douteuse.
    8.  C'est donc dans ce contexte, selon M. Poirier, qu'il s'est permis le
        26 juin, en début de son émission "Le vrai négociateur" de préciser
        les rôles et les responsabilités d'un animateur de radio et de
        télévision et notamment "qu'en tout temps nous étions responsables
        des gens et des propos que nous mettions en ondes, et nous devions
        nous assurer que ceux-ci étaient appuyés par des sources crédibles".
    9.  Il aurait alors tenu à rappeler deux faits importants : qu'il avait
        assisté au mariage de Julie Couillard à titre de journaliste d'Allo
        Police, mais qu'il n'était jamais allé à l'endroit nommé par Mme
        Montpetit et qu'il ne connaissait pas cet endroit. Par contre, et il
        donne en preuve l'enregistrement de son émission durant laquelle il
        n'aurait en aucun temps nommé ni M. Proulx, ni Mme Montpetit. Il
        aurait, de plus, précisé qu'il ne nommerait pas ces personnes. Enfin,
        il n'aurait même pas nommé le titre de l'émission, mais seulement
        fait référence au diffuseur.
    10. M. Poirier reconnaît ensuite : "J'ai effectivement qualifié de
        "maudite folle n'ayant aucune crédibilité" la personne qui s'est
        permis d'avancer des noms, notamment le mien et d'entacher ma
        crédibilité. Cependant, dès le lendemain, et tel qu'il appert de
        l'enregistrement de mon émission du 27 juin 2008 au tout début de
        l'émission, je me suis excusé pour avoir utilisé un mot disgracieux
        "maudite folle". J'ai admis que je n'aurais pas dû me permettre cela.
        Encore une fois, il est important de souligner que je n'ai nommé
        aucune personne."
    11. Le journaliste contredit ensuite deux "faussetés" qui se
        retrouveraient dans la correspondance de la plaignante avec le
        Conseil. La première est à l'effet que l'émission de M. Poirier "a
        initialement annoncé ses accusations", ce qui serait absolument
        inexact. La demande de la plaignante de faire référence aux
        acquittements dont elle a été l'objet serait ainsi complètement
        disproportionnée par rapport aux propos qu'il a tenus. Or, il
        n'aurait jamais fait référence aux accusations dont elle avait pu
        faire l'objet dans le passé. La seconde concerne le fait qu'il aurait
        menti en affirmant qu'il n'a pas mentionné les personnes visées par
        les insultes. A ce sujet, M. Poirier invite le Conseil à consulter
        les enregistrements des émissions fournis avec sa réponse.
    12. Le journaliste termine en précisant que, dans le cadre de son
        émission, il exerce un journalisme de type "commentaire" qui, selon
        le guide Droits et responsabilités de la presse du Conseil, lui
        accorde une grande latitude dans l'expression de points de vue,
        commentaires et critiques. En conséquence, il dit croire que ses
        propos étaient permis dans ce contexte. Or, il aurait tout de même
        pris la peine, dès le lendemain, de s'excuser pour l'expression
        "maudite folle". A son avis, cette mise au point était en tout point
        conforme au guide de principes du Conseil.
    13. Aux commentaires de M. Poirier sont annexées la transcription des
        entrevues de M. Proulx avec Mme Montpetit, diffusées le 23 juin 2008
        et celle du 25 juin 2008. Il annexe aussi la transcription d'une
        "annonce du réseau" concernant des propos qu'aurait tenus Mme
        Montpetit durant l'émission "Le journal du midi".

    REPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    14. La plaignante rappelle que sa plainte "reprochait aux mis-en-cause
        les trois manquements professionnels suivants : 1) en proférant des
        insultes, avoir excédé la liberté d'expression; 2) en proférant des
        insultes, avoir excédé la liberté et l'indépendance d'un journaliste;
        3) en proférant des insultes, avoir agi en dérogation aux principes
        de la liberté, de l'exactitude, de l'impartialité, de la pondération,
        de la rigueur et de la cueillette de l'information."
    15. Mme Montpetit relève également que la réponse des mis-en-cause serait
        basée sur trois éléments principaux : 1) que les propos de M. Poirier
        auraient été provoqués par des déclarations antérieures de la
        plaignante; 2) que la plaignante n'aurait pas été nommément visée par
        ces propos; 3) que Claude Poirier se serait subsidiairement absout de
        ses manquements professionnels par le fait de sa prompte
        prononciation d'excuses. En outre, d'autres éléments de réponse
        avancés par le journaliste feraient l'objet de commentaires.
    16. La plaignante aborde d'abord "L'élément de provocation". Selon elle,
        les mis-en-cause laissent sous-entendre qu'elle aurait provoqué les
        insultes et les propos prononcés par Claude Poirier : "maudite folle
        pas de crédibilité", lorsqu'elle l'aurait préalablement assimilé à du
        bétail, et qu'elle aurait insinué qu'il fréquentait l'Ambassador's
        Club. Mme Montpetit confirme avoir, le 25 juin 2008, sur les ondes du
        98,5 FM, répondu à l'une des questions de l'animateur Gilles Proulx
        par : "Bien Poirier, il mange dans toutes les auges. Alors, est-ce
        qu'il a mangé dans celle-là aussi? Je ne le sais pas."
    17. La plaignante nie toutefois que ses paroles aient pu insinuer que
        Claude Poirier aurait pu être un des clients de l'Ambassador's Club.
        Elle rappelle que, lorsqu'elle a été questionnée sur la présence de
        M. Poirier sur les lieux, elle a répondu : "Je ne le sais pas."
    18. Mme Montpetit note que, sans égard à la question de l'existence d'un
        élément de provocation, la jurisprudence du Conseil indique de
        manière constante que l'utilisation d'insultes par un journaliste
        constitue un excès à la liberté d'expression et à l'indépendance
        journalistique. Elle ajoute que le fait de l'avoir traitée de "folle
        pas de crédibilité" constitue "non seulement des insultes, mais que
        ces insultes ont aussi permis la diffusion d'information inexacte,
        partiale, impondérable et manquant de rigueur". A l'appui de son
        affirmation, la plaignante cite 15 extraits de la jurisprudence du
        Conseil de presse.
    19. Traitant ensuite de la question de "L'absence de désignation de la
        personne visée par les insultes prononcées" par M. Poirier, la
        plaignante considère que "ses propos introductifs permettaient
        d'identifier ces deux personnes et de les associer aux insultes
        proférées".
    20. Au sujet de la prononciation d'excuses, Mme Montpetit explique le
        tort que lui ont causé les insultes de M. Poirier, sa crédibilité
        étant importante pour ses activités professionnelles. Pour elle,
        "l'excuse prononcée n'était que partielle et ne rétablissait pas les
        faits relatifs à l'absence de crédibilité et les accusations
        criminelles que Claude Poirier avait attribuées à Madame Montpetit
        lors de la prononciation des propos faisant l'objet de sa plainte".
    21. La plaignante termine en tentant de démontrer que la réponse des mis-
        en-cause tend à faire la démonstration que les propos de Claude
        Poirier n'ont jamais constitué des insultes, et que Mme Montpetit
        serait effectivement folle et qu'elle n'aurait, par conséquent,
        aucune crédibilité. La plaignante explique qu'il est compréhensible
        que M. Poirier soit choqué, mais que ses déclarations sont fondées et
        seront rendues publiques sous peu. A l'aide de documents auxquels
        elle fait référence et qu'elle annexe à sa réplique, la plaignante
        poursuit sa démonstration en reprenant, notamment, plusieurs éléments
        de ses déclarations faites à M. Proulx, pour démontrer qu'elles sont
        fondées.

    DECISION

    22. La plaignante reprochait au journaliste Claude Poirier d'avoir, en
proférant des insultes, excédé sa liberté d'expression, c'est-à-dire, la
latitude assortie à sa fonction de commentateur de l'actualité. Ce dernier
aurait qualifié en ondes M. Gilles Proulx "d'animateur-poubelle" et traité la
plaignante de "folle qui a aucune crédibilité". De plus, il n'aurait pas
présenté de rectification satisfaisante.

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                   Grief 1 : propos abusifs et méprisants
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    23. Le premier grief, pour "propos abusifs et méprisants", porte sur les
        qualificatifs "d'animateur-poubelle" et de "folle qui a aucune
        crédibilité". Le Conseil observe tout d'abord que ces jugements ont
        été exprimés dans un contexte de journalisme d'opinion. Or, dans sa
        section relative au journalisme d'opinion, le guide DERP du Conseil
        indique que : "La chronique, le billet et la critique sont des genres
        journalistiques qui laissent à leurs auteurs une grande latitude dans
        le traitement d'un sujet d'information. Ils permettent aux
        journalistes qui le pratiquent d'adopter un ton polémiste pour
        prendre parti et exprimer leurs critiques, dans le style qui leur est
        propre, même par le biais de l'humour et de la satire." DERP, p. 46
    24. Le Conseil a jugé d'une part que l'expression "animateur-poubelle"
        dont le journaliste a affublé l'animateur Gilles Proulx, même si elle
        n'était pas très flatteuse, peut être considérée comme ne dépassant
        pas les limites acceptables dans les circonstances. En ce qui a trait
        au qualificatif de "folle qui a aucune crédibilité", le Conseil a en
        revanche noté qu'il s'agissait d'un manquement à la déontologie de la
        part du journaliste, puisque cette expression dépassait cette fois-ci
        les limites acceptables en la matière.
    25. Or, le journaliste a non seulement admis avoir utilisé l'expression,
        mais a également reconnu avoir fait une erreur en utilisant celle-ci.
        A ce sujet, le guide Droits et responsabilités de la presse (DERP) du
        Conseil indique : "Il relève de la responsabilité des médias de
        trouver les meilleurs moyens pour corriger leurs manquements et leurs
        erreurs à l'égard de personnes, de groupes ou d'instances mis en
        cause dans leurs productions journalistiques, que celles-ci relèvent
        de l'information ou de l'opinion. Cependant, les rétractations et les
        rectifications devraient être faites de façon à remédier pleinement
        et avec diligence au tort causé. Les médias n'ont aucune excuse pour
        se soustraire à l'obligation de réparer leurs erreurs, que les
        victimes l'exigent ou non." DERP, p. 46
    26. Le Conseil conclut que, conformément à ce principe, le journaliste a
        pris les moyens nécessaires pour remédier avec diligence à son
        manquement professionnel. En pareil cas, l'usage veut que le
        manquement ne soit pas retenu. Le grief est donc rejeté.

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                   Grief 2 : rectification insatisfaisante
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    27. Le second grief formulé par la plaignante concernait la rectification
        qui, selon elle, était insatisfaisante. La rectification faite
        n'aurait pas remédié pleinement et diligemment au tort causé, puisque
        les propos du journaliste permettaient de reconnaître les personnes
        visées par ses insultes. La plaignante affirmait également que la
        rectification du mis-en-cause était incomplète.
    28. En ce qui a trait à la diligence, le Conseil a d'abord noté que la
        rectification en question avait été prononcée dès le lendemain de
        l'insulte reconnue, donc dans un délai satisfaisant. Le Conseil a par
        ailleurs relevé que les insultes faites en ondes par M. Poirier ne
        mentionnaient effectivement aucun nom, ce qui rendait
        l'identification de personnes presque impossible. Les excuses
        pouvaient, elles aussi, ne préciser aucun nom.
    29. Concernant le fait que la rectification du mis-en-cause était
        incomplète, la mise-en-cause exigeait qu'au moment de la présentation
        de ses excuses, le journaliste diffuse une liste d'acquittements dont
        elle avait déjà fait l'objet antérieurement. Elle faisait reposer
        cette exigence sur le fait que le journaliste aurait fait référence à
        ses démêlés avec la justice et atteint à son image. Comme aucun
        élément déposé dans le cadre de l'étude de la plainte ne prouve
        l'existence de telles mentions ou d'allusions à ce sujet de la part
        du journaliste, le Conseil estime que ce dernier n'avait aucune
        obligation d'en faire mention dans ses excuses. Le grief est rejeté.
    30. Pour l'ensemble de ces raisons, le Conseil de presse rejette la
        plainte de Mme Marie-Claude Montpetit contre le journaliste M. Claude
        Poirier et la chaîne télévisée LCN.

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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