Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-06-090



    MONTREAL, le 24 févr. /CNW Telbec/ -

    
    -------------------------------------------------------------------------
    Numéro de dossier :   D2008-06-090

    Plaignant             M. Bruno Déry

    et

    Mis-en-cause          M. Bernard Derome, chef d'antenne et journaliste
                          M. François Cormier, journaliste
                          Mme Geneviève Guay, directrice traitement des
                          plaintes et affaires générales
                          L'émission "Le Téléjournal 22 heures"
                          La Société Radio-Canada (SRC)
    -------------------------------------------------------------------------
    

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Déry portait plainte contre le chef d'antenne, M. Derome, pour avoir
traité plus de 80 % des Québécois de "simples d'esprit" lors de l'émission "Le
Téléjournal 22 heures" diffusée le 18 juin 2008 ainsi que contre la salle des
nouvelles de Radio-Canada pour avoir diffusé les 15 et 16 juin 2008 des
reportages qui faisaient de la propagande contre le Congrès eucharistique
international.

    
    GRIEFS DU PLAIGNANT

    1.  De l'avis de M. Bruno Déry, la Société Radio-Canada, sa salle de
        nouvelles, ses journalistes ainsi que son présentateur considèrent
        les Québécois se disant catholiques comme des simples d'esprit.
        M. Derome aurait émis cette opinion en présentation d'un sondage sur
        les connaissances académiques des Québécois en matière de religion
        catholique en traitant 80 % des Québécois de "simples d'esprit".

    2.  Le reportage affirmerait à plusieurs reprises que les catholiques de
        55 ans et plus ont une connaissance académique de la religion
        catholique nettement meilleure que les autres. D'après le plaignant,
        aucune explication ne justifie ce résultat qui s'expliquait selon lui
        par le fait que l'Etat québécois a retiré à l'Eglise catholique, dans
        les années soixante, le pouvoir de décider de l'enseignement
        religieux dans les écoles québécoises.

    3.  Pour le plaignant, il ne s'agissait pas de la première fois que les
        journalistes faisaient acte de propagande haineuse pour dénigrer les
        catholiques. Pour soutenir son propos, M. Déry fait référence à un
        reportage diffusé lors du "Téléjournal 22 heures" du 15 juin 2008 et
        qui portait sur le Congrès eucharistique international (CEI). Le
        journaliste, M. François Cormier, aurait fait la réflexion suivante :
        "Ce congrès ne fait cependant pas l'unanimité tant à l'intérieur qu'à
        l'extérieur de l'Eglise catholique du Québec" ce qui, pour le
        plaignant, n'était appuyé en rien par le reportage à l'exception du
        commentaire d'un théologien cité, de son avis, hors contexte. Le
        lendemain, le même journaliste aurait insisté dans un autre reportage
        sur une éventuelle demande de pardon de l'Eglise catholique pour les
        pensionnats autochtones alors que rien ne fut dit concernant le CEI
        qui réunissait, affirme-t-il, plus de 11 000 personnes ou sur Jean
        Vanier qui était présent à cette conférence. Pour M. Déry, cela
        découle du fait que le choix des sujets couverts par les journalistes
        est soumis à des choix subjectifs et idéologiques. M. Déry remarque
        enfin qu'aucun reportage sur le CEI n'a été présenté le 17 juin 2008.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

        Commentaires de Mme Geneviève Guay, directrice au traitement des
        ----------------------------------------------------------------
        plaintes et affaires générales
        ------------------------------

    4.  Dans un premier temps, Mme Guay rappelle les propos qu'a tenus
        M. Derome en présentant le sondage qui portait sur les connaissances
        des catholiques : "Bienheureux les pauvres d'esprit car le royaume
        des cieux leur appartient. S'il faut en croire cette parole
        d'évangile du discours des Béatitudes, la place au ciel d'une
        majorité de Québécois qui se disent catholiques est déjà assurée".
        Cette introduction était, explique-t-elle, une tentative de clin
        d'oeil de la part du chef d'antenne. Elle ajoute qu'il s'agissait
        d'une tentative d'autodérision que l'équipe du "Téléjournal" a cru
        pouvoir se permettre en s'incluant dans cette population.

    5.  La représentante des mis-en-cause reproduit ensuite la réponse des
        membres de l'équipe du "Téléjournal". Ils précisent tout d'abord que
        M. Derome n'a pas dit "simples d'esprit" mais "heureux les pauvres
        d'esprit". Ils affirment qu'ils ne voulaient en rien prétendre que
        les Québécois sont pauvres d'esprit dans le sens littéral du terme.
        Il s'agissait selon eux d'une façon imagée d'annoncer le sondage
        compte tenu du fait que la majorité des Québécois ont échoué à celui-
        ci. Ils ajoutaient enfin que, dans les écrits catholiques, cette
        phrase a pour signification le sentiment d'insuffisance que ressent
        le Chrétien en présence de Dieu.

    6.  Mme Guay explique ensuite qu'il lui semble important que puisse être
        permis un sourire dans le cadre du "Téléjournal".

    7.  Sur la question des causes de l'ignorance révélée par le sondage, qui
        n'auraient pas été explicitées, la représentante des mis-en-cause
        affirme que la question de l'enseignement de la religion a été
        abordée au cours de la même édition du "Téléjournal", dans un
        deuxième reportage présenté aux alentours de 22h30. Dans ce
        reportage, une religieuse, professeure de catéchèse, aurait donné son
        point de vue sur les carences des cours de religion s'adressant aux
        enfants. Plus loin, un sociologue de l'Université Laval aurait
        expliqué que le domaine religieux est le mal aimé de la culture.

    8.  Enfin et concernant la question de la controverse entourant le CEI,
        la représentante des mis-en-cause explique que la controverse était
        bel et bien réelle. Elle ajoute que l'équipe de rédaction s'est
        appuyée sur plusieurs déclarations, dont certaines publiées dans les
        journaux, pour en faire état. Elle ajoute qu'un débat sur cette
        question a été diffusé à l'émission "Maisonneuve à la radio" le
        16 juin 2008 dont un des invités était un enseignant en sciences
        religieuses de l'UQAM.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    9.  M. Bruno Déry rappelle qu'il ne parle pas d'un unique reportage, mais
        de trois reportages sur une période de quatre jours. Le plaignant
        ajoute qu'il a été surpris du contraste entre la couverture du CEI
        par deux reportages, les deux premiers jours, qui, selon lui, étaient
        très négatifs, et la couverture réalisée ensuite par un autre
        journaliste, de son avis complaisant. M. Déry s'interroge sur la
        volonté qu'a pu avoir la SRC d'apaiser la grogne en passant d'un
        journaliste à un autre.

    10. Le plaignant revient sur le caractère humoristique que plaidaient les
        mis-en-cause quant à la présentation du reportage. De son avis, le
        métier des journalistes ne serait pas de faire de l'humour et il lui
        semble contradictoire que le milieu se plaigne de l'information-
        spectacle quand il est question d'information-humour. Pour M. Déry,
        la tentative d'humour de M. Derome était de mauvais goût, blessante
        et apportait une controverse de son avis évidente. Il ajoute que ce
        n'est pas parce l'équipe de rédaction ne pensait blesser personne par
        ses propos qu'elle n'est pas coupable que cela soit arrivé.

    11. Pour le plaignant, le reportage ne laissait nullement entrevoir que
        le sens attribué aux propos de M. Derome était celui de l'Eglise
        catholique et ce, compte tenu du fait qu'étaient clairement associés,
        dans la présentation du reportage, cette phrase avec une évaluation
        de connaissances. Pour M. Déry, la présentation de M. Derome ne
        pouvait s'interpréter que dans le sens d'un dénigrement des
        catholiques. Il ajoute que la SRC ne pouvait prétendre à ce que les
        auditeurs l'aient compris autrement.

    12. Le plaignant se dit insulté de cette présentation. Il réitère que ce
        n'est pas parce que l'équipe de rédaction n'a pas envisagé que
        quelqu'un ait pu être blessé de ces propos qu'elle n'est pas coupable
        que cela soit arrivé. Bien que l'équipe ait dit ne pas avoir attaqué
        la majorité des Québécois, M. Déry estime qu'elle a tout de même
        insulté les catholiques. Il ajoute que si, dans les 80 % de Québécois
        auxquels faisait référence le sondage, certains ne se sentaient pas
        insultés parce qu'ils se dissocient de la religion catholique, ce
        n'est toutefois pas le cas de tout le monde.

    13. Le plaignant affirme que le premier reportage sur le CEI ne
        comprenait aucun argument pour appuyer l'idée d'une controverse
        significative sur le sujet. Elle reposait selon lui sur des oui-dire.
        Il s'étonne que le journaliste n'ait trouvé personne dans le cadre du
        Congrès pour parler de cette controverse et qu'il ait dû avoir
        recours à un théologien. Dans le second reportage, depuis la
        conférence de presse du CEI, le reportage abordait un sujet selon lui
        hors de propos alors qu'il aurait été possible de trouver des sujets
        à traiter en lien avec celle-ci.

    14. De son avis et compte tenu du fait que M. Jean Vanier était présent
        lors du Congrès, les journalistes pouvaient difficilement ne pas
        l'interroger. Selon M. Déry, le fait que dans ses reportages le
        journaliste n'en ait pas parlé démontre son incompétence.

    DECISION

    15. M. Bruno Déry portait plainte contre le chef d'antenne, M. Bernard
        Derome, ainsi que la salle de nouvelles de la Société Radio-Canada et
        le journaliste François Cormier pour la présentation du reportage
        diffusé le 18 juin ainsi que pour deux reportages diffusés les 15 et
        16 juin 2008.

    16. Dans un premier temps, le plaignant reprochait à M. Derome d'avoir
        émis, lors de la présentation d'un reportage, l'opinion selon
        laquelle 80 % des Québécois seraient des "simples d'esprit". La
        représentante des mis-en-cause rétorquait à cet effet qu'il
        s'agissait d'une tentative d'autodérision par l'humour, ce que le
        plaignant jugeait néanmoins ne pas avoir sa place dans un
        "Téléjournal".

    17. A ce sujet, le guide Droits et responsabilités de la presse du
        Conseil indique :

    18. "La rigueur intellectuelle et professionnelle dont doivent faire
        preuve les médias et les journalistes représente la garantie d'une
        information de qualité. Elle ne signifie aucunement sévérité ou
        austérité, restriction, censure, conformisme ou absence
        d'imagination. Elle est synonyme d'exactitude, de précision,
        d'intégrité, de respect des faits et des événements mais aussi des
        personnes et des groupes." (DERP, p. 21)

    19. L'analyse a permis au Conseil de constater que les véritables propos
        tenus par M. Derome étaient les suivants : "Bienheureux les pauvres
        d'esprit car le royaume des cieux leur appartient. S'il faut en
        croire cette parole d'évangile du discours des Béatitudes, la place
        au ciel d'une majorité de Québécois qui se disent catholiques est
        assurée". Il s'agissait d'une introduction aux résultats d'un sondage
        commandé par la Société Radio-Canada sur l'état des connaissances en
        matière de religion catholique des Québécois. Aux yeux du Conseil,
        les propos de M. Derome sont effectivement du domaine de l'humour. Et
        bien qu'il ne juge pas de la qualité de l'humour utilisé par
        M. Derome, le Conseil affirme néanmoins que ce dernier était libre
        d'en user.

    20. En relevant, par ailleurs et d'entrée de jeu, les mauvais résultats
        obtenus par les répondants, le Conseil considère que les propos de
        M. Derome étaient conformes à la réalité que décrivait le sondage.
        Par conséquent, et bien que le plaignant ait pu s'en trouver blessé,
        M. Derome ainsi que l'équipe de rédaction du "Téléjournal" n'ont
        commis aucune entorse à la déontologie en introduisant les
        téléspectateurs aux résultats du sondage, de cette façon. Le grief
        est rejeté.

    21. Dans un second temps, M. Déry reprochait à l'équipe de rédaction de
        ne pas avoir expliqué le résultat du sondage à l'effet que les
        Québécois qui se disent catholiques de 55 ans et plus ont une
        meilleure connaissance académique de la religion.

    22. Or, dans leurs commentaires, les mis-en-cause insistaient sur le fait
        qu'un long reportage, présenté dans le cadre de la même édition du
        "Téléjournal", venait préciser le pourquoi de ces différences de
        résultats entre les jeunes et les moins jeunes générations. Après
        analyse, le Conseil constate que la Société Radio-Canada, grâce à une
        entrevue réalisée auprès d'une religieuse, a exposé l'idée selon
        laquelle le manque de culture en matière de religion catholique des
        jeunes générations est imputable au fait que la catéchèse ne
        s'enseigne plus de façon aussi rigoureuse. Le grief est rejeté.

    23. Le plaignant déplorait par ailleurs que, dans le cadre d'un reportage
        de M. Cormier diffusé le 15 juin 2008, personne ne prenant part au
        Congrès n'ait été interrogé pour répondre au commentaire du
        journaliste selon lequel le Congrès eucharistique international (CEI)
        ne faisait "pas l'unanimité tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de
        l'Eglise catholique du Québec". Les mis-en-cause insistaient quant à
        eux sur le fait que cette controverse avait déjà été soulevée par
        d'autres médias.

    24. Un des principes que consacre le guide DERP du Conseil veut que la
        façon de traiter un sujet, de même que le moment de la publication et
        de la diffusion des informations, relèvent de la discrétion des
        médias et des journalistes. Par conséquent et après s'être assuré que
        la controverse dont il était question était bien réelle, le Conseil
        conclut que le journaliste était libre d'interroger la personne qui
        lui semblait la plus indiquée pour en confirmer l'existence et
        fournir quelques explications aux téléspectateurs. Le grief est
        rejeté.

    25. Enfin, M. Déry expliquait que, le 16 juin 2008 lors d'un autre
        reportage, M. Cormier aurait insisté sur une demande de pardon de
        l'Eglise catholique pour les pensionnats autochtones tandis que rien
        ne fut diffusé concernant le CEI. Il déplorait par ailleurs qu'aucun
        reportage n'ait été présenté à ce sujet le lendemain.

    26. Le Conseil rappelle que le choix des faits et des événements
        rapportés, de même que celui des questions d'intérêt public traitées,
        relèvent de la discrétion des directions des salles de nouvelles, des
        organes de presse et des journalistes. Par conséquent, le journaliste
        était libre des sujets qu'il désirait présenter. Le grief est rejeté.

    27. Au terme de cette analyse, le Conseil conclut que les reportages sur
        lesquels la plainte de M. Déry reposait ne faisaient pas oeuvre de
        propagande haineuse à l'égard des catholiques.

    28. Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse rejette la plainte de
        M. Bruno Déry contre MM. Bernard Derome et François Cormier ainsi
        qu'à l'encontre de la Société Radio-Canada.
    

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

Profil de l'entreprise

Conseil de presse du Québec

Renseignements sur cet organisme

Actualités - Médias

Renseignements sur cet organisme


FORFAITS PERSONNALISÉS

Jetez un coup d’œil sur nos forfaits personnalisés ou créez le vôtre selon vos besoins de communication particuliers.

Commencez dès aujourd'hui .

ADHÉSION À CNW

Remplissez un formulaire d'adhésion à CNW ou communiquez avec nous au 1-877-269-7890.

RENSEIGNEZ-VOUS SUR LES SERVICES DE CNW

Demandez plus d'informations sur les produits et services de CNW ou communiquez avec nous au 1‑877-269-7890.