Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-06-088



    
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    Numéro de dossier: D2008-06-088

    Plaignant          M. Jean-Marc Fortier

    et

    Mis-en-cause       Mme Anne-Marie Doyon et MM. Louis Poulin et
                       Patrice Moore, animateurs et journalistes
                       M. Maurice Marcotte, directeur des opérations
                       La station 103,3 COOL FM (CHRB-FM, Radio-Beauce Inc.)
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    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Jean-Marc Fortier porte plainte contre trois animateurs de la station
radiophonique de Ville- St-Georges, 103,3 COOL FM. Le plaignant considère
inacceptables et non professionnels certains propos que les animateurs ont
tenus lors de deux émissions diffusées en mai 2008.

    
    GRIEFS DU PLAIGNANT

    1.  Lors de deux émissions diffusées en mai 2008, les animateurs et
        journalistes Anne-Marie Doyon, Louis Poulin et Patrice Moore auraient
        tenu, selon le plaignant, certains propos inacceptables et non
        professionnels sur les ondes de la station de radio 103,3 COOL FM de
        Ville-St-Georges. M. Fortier explique les situations qu'il dénonce.
    2.  La première est survenue le 20 ou le 21 mai 2008, sur l'heure du
        midi, lors de l'émission "Deux gars le midi", une tribune
        téléphonique traitant de sujets divers. Le jour de l'incident,
        l'émission avait pour thème la Commission Bouchard-Taylor dont le
        rapport avait été déposé mais n'avait pas encore été rendu public. Le
        plaignant rapporte que "les animateurs se sont servis de fuites de la
        Commission afin de provoquer les auditeurs, en donnant des
        informations incomplètes". Ils auraient ainsi "laissé de côté
        l'intégralité des informations contenues dans le document". Selon le
        plaignant, en tant que journalistes sérieux, ils n'auraient pas dû
        "se servir de fuites ou d'informations incomplètes pour monter une
        émission et provoquer la population par de la désinformation". En
        agissant ainsi, l'information n'était pas juste, manquait de rigueur
        et n'aurait pas été obtenue auprès de sources fiables.
    3.  La seconde situation s'est passée le 22 mai 2008, entre 7 h 40 et
        7 h 45, lors de l'émission du matin animée par Mme Anne-Marie Doyon
        et MM. Louis Poulin et Patrice Moore. Le plaignant explique que
        l'émission est une tribune téléphonique "où les gens sont invités à
        parler de n'importe quel sujet", accidents, incendies, etc.
        M. Fortier rapporte que le matin de l'incident, le sujet concernait
        le cas d'une policière qui s'était fait arrêter en état d'ébriété.
        L'animateur Patrice Moore "se questionnait à savoir si dans la
        confrérie policière ils devaient se couvrir ou dénoncer la faute
        lorsqu'ils étaient mis au fait de cette faute".
    4.  M. Fortier raconte qu'il a téléphoné et demandé aux trois
        journalistes quelle serait leur conduite s'il arrivait qu'un de leurs
        collègues déroge à l'éthique journalistique. Le plaignant aurait
        ajouté qu'il "fermait la ligne afin de bien entendre la réponse à la
        radio". M. Fortier explique : "Le premier à avoir répondu est Louis
        Poulin qui a dit quelque chose ressemblant à "granule" ou "granola",
        en parlant de moi. Anne-Marie a dit que je n'étais pas assez brave
        pour rester en ondes. Patrice Moore a dit : "La réponse est rappelle-
        moi plus"". Le plaignant considère qu'une réponse comme celles de
        MM. Moore et Poulin est très irrespectueuse à son endroit et qu'elle
        manque de maturité journalistique.
    5.  Pour lui, on détourne la question pour ne pas répondre. Alors qu'on
        sollicite la participation du public, on le bâillonne quand la
        réponse ne convient pas, préférant diminuer la personne en ondes.
        M. Fortier considère que de tels agissements ne sont pas
        professionnels et peuvent porter atteinte à la réputation de la
        personne qui se fait traiter de la sorte sur les ondes.
    6.  Il indique également qu'il entend souvent des propos injurieux et
        même des "sacres" en ondes à l'endroit des personnes qui appellent à
        l'émission.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Maurice Marcotte, directeur des opérations
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    7.  Abordant d'abord le cas de la première émission, "Deux gars le midi",
        le directeur rappelle les accusations : "La critique du plaignant
        vise la qualité de l'information ainsi que l'absence d'informations
        intégrales découlant du rapport (Bouchard-Taylor). Aussi, le
        plaignant prétend que nos animateurs se seront servis de "fuites"
        pour provoquer la population par de la désinformation." Les
        animateurs n'auraient pas donné l'information juste, manquant ainsi
        de rigueur, et n'auraient pas fait une collecte d'informations auprès
        d'une source fiable.
    8.  Le directeur des opérations indique que les plaignants réfutent
        totalement les arguments et les critiques du plaignant. Selon lui,
        les animateurs s'étaient documentés adéquatement dans le traitement
        de ce dossier et l'information dont le plaignant parle était
        disponible partout au Québec à ce moment. Pour M. Marcotte, le
        plaignant pose un jugement superficiel et subjectif qu'il dit
        respecter, mais qui n'a pas de fondement sérieux en termes d'éthique
        journalistique, le plaignant exprimant plutôt une opinion
        personnelle.
    9.  M. Marcotte explique que l'émission qui a fait l'objet de cette
        critique "est une émission qui comprend un sujet d'actualité pour
        lequel nous attendons que les auditeurs s'expriment et donnent leurs
        points de vue. Le sujet en amorce de l'émission est donc présenté de
        façon succincte pour laisser tout l'espace disponible aux
        conversations avec les auditeurs".
    10. En ce qui concerne le second objet de plainte, soit l'émission
        "Prends ça Cool!" diffusée entre six et neuf heures du lundi au
        vendredi, le directeur des opérations précise : "Il s'agit d'une
        émission d'informations générales destinée à procurer aux auditeurs
        des nouvelles locales et régionales et qui comprend tous les éléments
        contenus dans ce type d'émission en radio, soit la météo, l'état des
        routes, les nouvelles du sport, les arts et spectacles. Il ne s'agit
        pas d'une émission de lignes ouvertes contrairement à ce que prétend
        le plaignant." De plus, l'animateur principal, Patrice Moore,
        inviterait régulièrement les auditeurs à l'informer de ce qui se
        passe dans la région et à lui rapporter les accidents, les incidents
        ou tout autre sujet de nouvelles pouvant être d'intérêt pour
        l'émission.
    11. M. Marcotte indique que "l'incident auquel le plaignant fait
        référence reflète le fait que l'animateur recherchait les
        commentaires des auditeurs pour une question donnée et qu'il était
        exaspéré de recevoir les appels répétés d'une seule personne, le
        plaignant, en l'occurrence. La réponse du plaignant constituant une
        critique de l'information diffusée sur nos ondes, n'a pas été retenue
        comme étant pertinente, nos animateurs ont exprimé qu'ils
        souhaitaient recevoir des appels d'autres auditeurs".
    12. Le directeur des opérations affirme fermement : "Nous réfutons
        absolument avoir tenu des "propos injurieux" ou des "sacres" en
        ondes. D'ailleurs, l'écoute des bandes-témoins ne vous en fera pas
        entendre." Il explique que ce type de langage n'est pas toléré dans
        sa station et que des sanctions seraient prises envers quiconque en
        ferait usage. Par conséquent, il s'agirait d'une accusation grave et
        sans fondement de la part du plaignant.
    13. M. Marcotte explique aussi que sa station fait face à de nombreuses
        personnes qui cherchent à mobiliser les lignes téléphoniques lorsque
        les appels des auditeurs sont sollicités et que le plaignant leur est
        bien connu "ayant eu à répondre à de très nombreuses occasions à ses
        commentaires et à ses demandes d'entrevues". Il ajoute que "le
        plaignant lui-même a tant insisté à une occasion sur une dénonciation
        qu'il avait faite envers un organisme local que nous avions rapporté
        en ondes, à sa demande, qu'il avait fait l'objet d'une mesure
        judiciaire de la part de l'organisme en cause".
    14. Le directeur des opérations indique également que le service
        d'information et d'affaires publiques de sa station respecte les plus
        hauts standards en matière de déontologie journalistique et que "pour
        leur part, les animateurs qui ne sont pas des journalistes, sont
        constamment sensibilisés aux valeurs de respect (...) et à la
        promotion des droits de la personne."
    15. Il ajoute : "Il est possible qu'un animateur ait utilisé une
        expression déplacée à certaines occasions. Mais, chaque fois que ceci
        nous est rapporté ou bien que nous en prenons connaissance, nous en
        avisons l'employé pour éviter toute récidive."

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    16. Le plaignant amorce sa réplique en déplorant que les propos de
        M. Marcotte aient pour effet de le discréditer, en le faisant passer
        pour un "auditeur harcelant" et en tentant de lui enlever toute
        crédibilité, alors qu'il est un "auditeur participatif".
    17. Il relève ensuite que la réponse du directeur des opérations indique
        qu'aucun animateur n'utilise de "sacres" et que les journalistes ont
        des standards très élevés; mais que plus loin dans sa réponse, le
        directeur admet "qu'il est arrivé et qu'il arrive encore qu'il y a
        des ratées dans les paroles des journalistes et qu'ils ne font que
        les avertir afin que de telles situations ne surviennent plus".
    18. Le plaignant dit n'avoir aucun doute sur le fait que les animateurs
        ont été avertis de faire attention à leurs propos et il donne un
        exemple de juron, suivi d'excuses, peu de temps après. Il relève que
        le personnel qui n'est pas journaliste est constamment sensibilisé,
        mais affirme que, malgré cela, "certains journalistes passent outre à
        cette sensibilisation, par exemple auprès des personnes assistées
        sociales".

    COMPLEMENT A LA REPLIQUE

    19. Trois semaines après le dépôt de sa réplique, le plaignant fait
        parvenir au Conseil trois exemples d'écarts de langage de la part de
        MM. Moore et Poulin.

    DECISION

           Grief 1 : information mal fondée, fausse et incomplète

    20. M. Jean-Marc Fortier déplore que, lors de l'émission "Deux gars le
        midi" diffusée le 20 ou le 21 mai 2008, sur les ondes de la station
        de radio 103,3 COOL FM, les animateurs et journalistes Louis Poulin
        et Patrice Moore se soient servis de fuites de la Commission
        Bouchard-Taylor afin de provoquer les auditeurs. Le jour de
        l'incident, l'émission avait pour thème la Commission dont le rapport
        avait été déposé, mais n'avait pas encore été rendu public. Les
        animateurs auraient communiqué des informations inexactes,
        incomplètes et qui n'auraient pas été obtenues auprès de sources
        fiables.
    21. La jurisprudence du Conseil indique qu'il appartient d'abord au
        plaignant de faire la preuve des accusations qu'il formule avant
        d'obtenir une condamnation des mis-en-cause.
    22. Or, l'analyse faite par le Conseil indique qu'au-delà de formuler ces
        accusations, le plaignant ne démontre pas en quoi l'information
        livrée par les animateurs est mal fondée, fausse ou incomplète. La
        démonstration n'ayant pas été faite, le grief n'est pas retenu.

               Grief 2 : propos, attitude et tons irrespectueux

    23. Le second grief concerne un incident survenu le 22 mai 2008, lors de
        l'émission du matin animée par M. Patrice Moore, en collaboration
        avec Mme Anne-Marie Doyon et M. Louis Poulin. Ces derniers invitaient
        les auditeurs à leur communiquer des informations sur le milieu, les
        accidents, les incendies, etc. Le sujet du jour concernait le cas
        d'une policière qui s'était fait arrêter en état d'ébriété et
        l'animateur Patrice Moore "se questionnait à savoir si dans la
        confrérie policière ils devaient se couvrir ou dénoncer la faute
        lorsqu'ils étaient mis au fait de cette faute". Le plaignant a
        téléphoné et demandé aux trois journalistes : quelle serait leur
        conduite s'il arrivait qu'un de leurs collègues déroge à l'éthique
        journalistique. Il a ajouté qu'il "fermait la ligne afin de bien
        entendre la réponse à la radio". Selon le plaignant, la réponse des
        animateurs a été très irrespectueuse à son endroit et manquait de
        maturité journalistique : Mme Doyon, en laissant entendre qu'il
        "n'était pas assez brave pour rester en ondes", et M. Moore en lui
        répondant de ne plus rappeler.
    24. Or, selon le guide Droits et responsabilités de la presse (DERP) du
        Conseil : "Les animateurs doivent respecter les opinions de leurs
        interlocuteurs et éviter à leur endroit tous propos, attitudes ou
        tons offensants. Le public est en droit de s'attendre à ce qu'ils
        n'abusent pas de leur fonction ni de leur latitude pour imposer leurs
        points de vue personnels et écarter ceux qui n'y correspondent pas.
        Sans recourir à l'autocensure, les animateurs doivent éviter de se
        laisser guider par leurs préjugés, leurs intérêts personnels ou leurs
        inimitiés." DERP, p. 29
    25. Après examen des documents des parties et des bandes audio fournies
        par les mis-en-cause, le Conseil constate que les mis-en-cause se
        sont laissés guider par leurs inimitiés, et ont abusé de leurs
        fonctions en employant un ton irrespectueux à l'égard du plaignant.
        Le grief est donc retenu sur cet aspect.

                     Grief 3 : respect de la réputation

    26. Le plaignant reprochait aussi aux animateurs, de part leurs réactions
        lors de l'émission, d'avoir manqué de respect à sa réputation.
    27. Toutefois, le Conseil considère que les propos tenus par les
        animateurs, bien qu'impolis, n'étaient pas de nature à manquer de
        respect à la réputation du plaignant. Ainsi, ce grief n'est pas
        retenu.

                         Grief 4 : propos injurieux

    28. Dans sa réplique aux commentaires des mis-en-cause, le plaignant a
        fourni quelques exemples de jurons ou de "sacres" qu'il aurait
        relevés. Pour sa part, le porte-parole des mis-en-cause nie
        catégoriquement que les animateurs aient tenu des "propos injurieux"
        ou des "sacres" en ondes.
    29. Puisque au-delà de ses affirmations, le plaignant n'a pu démontrer
        les accusations formulées et comme les enregistrements fournis par
        les mis-en-cause ne permettent pas de constater de tels manquements,
        le Conseil ne retient pas le grief sur cet aspect.
    30. Pour l'ensemble de ces raisons et aux motifs de propos, attitudes et
        tons irrespectueux à l'endroit du plaignant, le Conseil de presse
        retient la plainte contre les animateurs et journalistes Anne-Marie
        Doyon, Patrice Moore et Louis Poulin et la station radiophonique
        103,3 COOL FM, CHRB-FM, Radio-Beauce Inc.

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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