Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-06-084



    
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    Numéro de dossier :  D2008-06-084

    Plaignant            M. Robin Philpot

    et

    Mis-en-cause         M. André Noel, journaliste
                         M. Eric Trottier, directeur de l'information
                         Le quotidien La Presse
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    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Robin Philpot porte plainte contre le journaliste André Noel et le
quotidien La Presse pour un article, publié le 28 mars 2008, qui contiendrait
des propos discriminatoires et faux à son sujet. L'article serait également
sensationnaliste, partial et manquerait gravement d'équilibre.

    
    GRIEFS DU PLAIGNANT

    1. M. Robin Philpot amorce ainsi sa plainte : "Dans le numéro de La
       Presse du 28 mars 2008, page A8, un article du journaliste André Noel
       comportait des propos discriminatoires, voire diffamatoires, et faux à
       mon sujet. De plus, cet article faisait dans le sensationnalisme et la
       partialité, et manquait gravement d'équilibre." Le plaignant détaille
       sa plainte en trois parties.
    2. D'abord, il aurait été "diffamé" par les propos de M. Adam Atlas du
       Congrès juif du Canada et par ceux de M. Callixte Kabayiza, rapportés
       dans l'article de M. André Noel, propos qu'il qualifie d'ailleurs
       "d'ignobles", car il ferait ainsi "partie d'un groupe de
       négationnistes et révisionnistes notoires" qui "aiguisent leurs
       machettes pour poursuivre par l'entremise des médias la besogne
       inachevée". En outre, il serait de la trempe des génocidaires d'après
       la phrase : "Ces négationnistes et les adeptes de l'idéologie à
       l'origine du génocide viennent remuer le couteau dans la plaie encore
       saignante des rescapés du génocide des Tutsis."
    3. M. Philpot explique "qu'après des propos hautement diffamatoires, le
       dernier paragraphe de l'article d'André Noel ne présente pas du tout
       le contrepoids à cette diffamation". A l'appui de sa position, le
       plaignant cite un extrait d'une décision récente du Conseil de presse:
       "(...) Après avoir fait lecture des chapitres correspondants (du livre
       de M. Philpot), on constate que, si M. Philpot préfère parler de
       "catastrophe" ou de tragédie dans son ouvrage plutôt que de
       "génocide", c'est parce qu'il doute que les thèses officielles
       reflètent parfaitement la réalité et non parce qu'il nie les crimes
       commis." Il ajoute que le quotidien La Presse a reproduit cette même
       citation et retiré du site Internet du quotidien la manchette du 8
       mars 2007 dans laquelle le journal, sous la signature d'André Noel,
       l'accusait d'avoir nié le génocide.
    4. Le plaignant en conclut que, vu la gravité des accusations et dans un
       souci d'équilibre et d'impartialité, le journaliste aurait dû tenter
       de joindre les organisateurs et les conférenciers pour leur offrir
       l'occasion de présenter leurs points de vue, ce que M. Noel n'a pas
       fait.
    5. Dans la seconde partie de sa plainte, M. Philpot rapporte : "le
       journaliste André Noel a écrit erronément que j'étais un organisateur
       de la conférence. Or, selon tous les documents de promotion (affiches,
       communiqués de presse), il est clairement indiqué que les
       organisateurs étaient : Les Editions les Intouchables, le Congrès
       rwandais du Canada, la Communauté congolaise de Montréal-Métropolitain
       et la Communauté burundaise du Canada. Mon nom n'y paraît qu'à titre
       de conférencier. Les documents de promotion fournissaient les adresses
       des organisateurs. M. Noel n'a pas essayé de les joindre". Pour le
       plaignant, il s'agit d'une erreur inacceptable.
    6. La troisième partie de la plainte porte sur la conviction du plaignant
       que cet article fait suite à d'autres qui sont caractérisés par un
       acharnement certain à son endroit et une partialité évidente au sujet
       de la tragédie rwandaise. Le plaignant rappelle alors qu'à la suite
       d'une décision du Conseil, le quotidien La Presse a déjà erronément
       intitulé un article "Robin Philpot débouté par le Conseil de presse"
       alors qu'il n'avait jamais déposé de plainte auprès du Conseil. Le
       quotidien avait même publié ensuite une précision à ce sujet. De
       l'ensemble des articles publiés à cette époque, M. Philpot conclut à
       un acharnement à son endroit et à une absence d'équilibre dans le
       traitement d'un sujet aussi délicat que celui du génocide au Rwanda.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Eric Trottier, directeur de l'information
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    7. Le directeur de l'information indique que le quotidien La Presse
       réfute vigoureusement les allégations de M. Robin Philpot et invite le
       Conseil à prendre le temps de lire l'argumentaire du journaliste André
       Noel.

    Commentaires de M. André Noel, journaliste
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    8. M. André Noel amorce sa réponse par un résumé de la plainte déposée
       par M. Philpot. Il indique que l'article visé par la plainte
       accompagnait un autre article plus consistant intitulé "Le Canada
       accusé de faire du profilage ethnique". Il décrit alors le texte
       contesté comme un petit article dont trois des cinq paragraphes sont
       extraits d'un communiqué diffusé la veille lors d'une conférence de
       presse organisée par le Congrès juif du Canada et Page-Rwanda, une
       association de parents des victimes du génocide des Tutsis au Rwanda.
       Le premier paragraphe résumerait la position de ces associations, les
       trois autres citeraient le communiqué, alors que le dernier résumerait
       le point de vue des conférenciers et des organisateurs d'un colloque
       qui devait se tenir le lendemain, le 29 mars 2008, sous le thème "Les
       médias et le Rwanda : la difficile recherche de la vérité".
    9. M. Noel expose alors une mise en contexte qu'il estime essentielle à
       la compréhension du dossier : "Le génocide des Tutsis du Rwanda s'est
       déroulé en une centaine de jours pendant le printemps 1994. Cette
       tragédie, contemporaine pour ceux d'entre nous qui étions déjà adultes
       lors de son déclenchement, a suscité une onde de choc qui se fait
       encore sentir." Le journaliste ajoute qu'il a écrit une quarantaine
       d'articles sur ce pays pour La Presse, qu'il a lu plusieurs livres sur
       le sujet dont les deux livres écrits par M. Philpot, qu'il a réalisé
       une entrevue avec le président du Rwanda lors de sa visite à Montréal
       et qu'il a aussi couvert à Montréal une partie du procès d'un Rwandais
       accusé de crimes contre l'humanité. M. Noel poursuit en rappelant des
       "informations de base", notamment la première condition exposée dans
       la définition de "crime de génocide" adoptée en 1948 par les Nations
       Unies : "Le génocide s'entend comme l'intention de détruire, en tout
       ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme
       tel." Il précise qu'au XXe siècle, seuls quatre génocides ont été
       reconnus par les instances internationales dépendant de l'ONU, dont le
       génocide des Juifs et des Tsiganes pendant la Deuxième Guerre mondiale
       et le génocide au Rwanda en 1994. Ainsi, le génocide des Tutsis ferait
       l'objet d'un consensus international. Pour le journaliste, même s'il
       adhère à cette position, il ne souffre pas de "partialité évidente".
    10. Le journaliste continue son exposé en décrivant les deux livres
        publiés par le plaignant et s'arrête ensuite au cas d'un dossier
        similaire soumis au Conseil de presse. "S'il y a bel et bien eu
        génocide, demande-t-il, quand peut-on faire une utilisation abusive
        du terme? On n'estime pas qu'il soit abusif d'utiliser le terme de
        génocide pour parler de l'Holocauste. Pourquoi en serait-il
        autrement pour l'extermination planifiée, et en partie réalisée, des
        Tutsis au Rwanda? A moins que l'on défende l'idée - et c'est la
        position de M. Philpot - que les Tutsis n'ont pas été victimes
        d'une tentative planifiée d'extermination (l'intention de détruire
        fait partie de la définition de génocide tel que retenue par les
        Nations Unies)."
    11. Au sujet des accusations de "sensationnalisme", M. Noel répond
        notamment qu'il n'est pas personnellement en guerre contre le
        plaignant et que ce n'est pas parce que lui et son journal ont été
        accusés d'avoir tenté de le "lyncher" politiquement qu'ils devront
        s'interdire d'écrire dorénavant des articles à son sujet. Le
        journaliste justifie alors la parution des articles des 20 et 27 mars
        2008, rédigés par lui et sa collègue Isabelle Hachey.
    12. Le journaliste répond ensuite à la question "L'article est-il
        diffamatoire?" Il rappelle que ce sont MM. Atlas et Kabayiza qui ont
        tenu les propos reprochés, mais, il reconnaît qu'un journal "est
        responsable de ce qu'il rapporte". "J'admets, écrit-il, que les
        accusations de "négationnisme" et de "révisionnisme" sont graves.
        Mais, bien qu'exprimées dans un langage métaphorique très fort, elles
        ne sont pas mensongères. Elles ne servent pas à porter atteinte à
        l'honneur de M. Philpot, mais à attaquer ses idées. Elles relèvent de
        la liberté d'expression." Il considère que le Conseil de presse n'a
        pas à se prononcer sur le fond du débat et qu'un journal comme La
        Presse a le droit de rapporter l'accusation de négationnisme à
        l'égard de M. Philpot.
    13. Concernant l'accusation de manque d'équilibre, M. Noel répond qu'il
        est faux d'affirmer que l'article ne présente pas le contrepoids aux
        accusations portées par Page-Rwanda et par le Congrès juif du Canada.
        Pour lui, le cinquième paragraphe de son texte "est un résumé honnête
        de la position des organisateurs et conférenciers du colloque". Ce
        serait même dans un souci d'équilibre qu'il a résumé la position du
        plaignant. En outre, il n'avait selon lui, pas besoin de parler à M.
        Philpot pour donner son point de vue, puisqu'il pouvait se référer à
        ce qu'il a écrit dans ses livres.
    14. Au sujet de ce que le plaignant qualifie d'une "erreur inacceptable",
        soit le fait de l'avoir présenté comme un organisateur du colloque et
        non comme simple conférencier, puisque le communiqué annonçait qu'il
        était organisé par "les Editions Les Intouchables en collaboration
        avec des ressortissants des communautés de la région des Grands Lacs
        africains", il était difficile de croire que l'entreprise d'édition
        avait organisé ce colloque sans l'accord préalable de M. Philpot. Il
        demande alors si le fait de présenter le plaignant comme "un des
        organisateurs" du colloque constituait une erreur de fait
        "inacceptable" qui vient ternir sa réputation.
    15. M. Noel aborde enfin la question de "l'acharnement inacceptable"
        dénoncé par le plaignant. Il explique que l'article précédent, coiffé
        d'un titre erroné, n'était pas de l'acharnement de sa part, mais
        plutôt une erreur d'un pupitre qui a malencontreusement rédigé ce
        titre et que La Presse a publié un rectificatif, dès le lendemain.
        Quant aux autres articles, il estime qu'ils étaient justes,
        pertinents et équilibrés.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    16. Le plaignant relève certains points soulevés par M. André Noel dans
        ses commentaires et d'abord les "propos discriminatoires, voire
        diffamatoires, et faux" à son sujet. M. Philpot conteste
        l'affirmation selon laquelle, à la suite d'un jugement du tribunal
        correctionnel de Paris, on pourrait utiliser le qualificatif de
        "révisionniste" à son égard. Il en rejette vigoureusement l'idée et
        répète que l'utilisation de ce terme à son égard et à l'égard de ceux
        qui défendent la thèse présentée dans ses livres, tout comme
        l'utilisation du terme "révisionniste", relève de la diffamation. Il
        demande donc au Conseil de presse de donner un avis à ce sujet.
    17. Après avoir cité les définitions des termes "révisionnisme" et
        "négationnisme" selon le dictionnaire Petit Robert, M. Philpot fait
        remarquer que ces deux termes sont entrés dans le vocabulaire vers
        1985 et 1990 respectivement, et qu'ils visaient à l'époque "des
        antisémites, des gens mus par la haine des Juifs". Il poursuit ses
        explications sur le cas du Rwanda avec de multiples témoignages pour
        illustrer la différence entre les deux situations historiques. Selon
        lui, "L'utilisation des termes "négationnisme" et "révisionnisme" au
        sujet du Rwanda, avec toute la charge qu'ils comportent, vise
        essentiellement, aujourd'hui comme dans les années 1990, à
        discréditer par la diffamation toute personne qui remet en question
        l'histoire officielle de la tragédie rwandaise et ainsi la
        bâillonner." Pour lui, il relève de la diffamation d'assimiler ses
        travaux d'enquête et de recherche à la démarche des "négationnistes"
        et des "révisionnistes" : "On aura beau chercher dans tous mes
        écrits, depuis mon premier article paru dans La Presse du 6 septembre
        1994 jusqu'à aujourd'hui, on ne trouvera pas la moindre trace de
        haine contre quelque groupe national, ethnique, racial ou
        religieux." Comme l'accusation d'antisémitisme figure parmi les pires
        accusations qui existent, l'utilisation de la métaphore énoncée par
        le président de Page-Rwanda pousserait à l'extrême l'idée que M.
        Philpot est inspiré par la haine des Tutsis et par une volonté de
        violence à leur endroit, et qu'il souscrirait à une idéologie
        génocidaire. Pour lui, ceci est totalement faux et terriblement
        diffamatoire.
    18. Le plaignant répond ensuite aux propos de M. Noel sur la question de
        l'absence de contrepartie. Non seulement les propos à son sujet
        étaient violents, mais c'était la première fois que le Congrès juif
        du Canada le critiquait publiquement. Compte tenu de l'importance de
        l'organisme, il devait, selon lui, avoir l'occasion de répondre.
    19. En ce qui a trait au très court résumé de la thèse du plaignant, ce
        dernier explique qu'il était erroné parce que le mis-en-cause a écrit
        que, selon M. Philpot, "le Rwanda a été plutôt le théâtre d'une
        guerre civile" déclenchée en bonne partie par le Front patriotique
        rwandais. Le plaignant demande où le journaliste a été puiser cette
        information, puisqu'elle n'existe pas dans ses écrits. Il explique :
        "En fait, il ne s'agissait pas d'une guerre civile au Rwanda, mais
        d'une guerre d'agression du Rwanda à partir de l'Ouganda par des
        régiments entiers de l'armée ougandaise." Il estime que ce point est
        un élément fondamental de ses deux livres.
    20. Le plaignant réaffirme ensuite que l'article en question fait montre
        d'une partialité évidente et revient sur "l'acharnement" des mis-en-
        cause à son égard, rappelant les arguments qui plaident en faveur de
        son accusation.

    INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

    21. Deux mois après le dépôt de sa réplique, le plaignant fait parvenir
        au Conseil une copie de la déclaration de M. Pierre Péan au Tribunal
        de Paris, le 23 septembre 2008, dans le cadre du procès intenté
        contre lui par SOS Racisme. Le plaignant considère qu'il s'agit d'un
        document important à considérer dans le dossier.

    DECISION

    22. M. Robin Philpot porte plainte contre le journaliste André Noel et le
        quotidien La Presse pour un article, publié le 28 mars 2008, qui
        contiendrait des propos discriminatoires, voire diffamatoires, et
        faux à son sujet. L'article serait également sensationnaliste,
        partial et manquerait gravement d'équilibre.
    23. Pour les fins d'analyse, le Conseil a regroupé et examiné les griefs
        dans l'ordre suivant : manquements pour inexactitude, manquements à
        l'équilibre, pour acharnement et pour atteinte à la dignité de la
        personne.

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                           Grief 1 : inexactitude
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    24. En regard de l'inexactitude, le premier reproche sur lequel s'est
        penché le Conseil concernait l'accusation relevée par le plaignant
        d'être "négationniste" et "révisionniste". Le plaignant demandait au
        Conseil de se prononcer sur le fond du débat, à savoir s'il pouvait
        légitimement être qualifié ainsi.
    25. Le Conseil de presse considère qu'il n'a pas à décider si M. Robin
        Philpot peut être considéré comme révisionniste ou négationniste,
        puisque son champ d'intervention est celui de l'éthique
        journalistique. Le Conseil considère cette question comme relevant du
        domaine de l'Histoire et de la compétence des spécialistes de cette
        discipline.
    26. Par ailleurs, toujours en ce qui a trait aux termes "négationniste"
        et "révisionniste", le Conseil constate qu'ils ont effectivement été
        utilisés lors de la conférence de presse couverte par le journaliste,
        qu'ils désignaient M. Philpot et qu'ils ont été fidèlement rapportés.
    27. Tout en mesurant la portée d'une telle accusation et la controverse
        dans laquelle elle s'inscrit, le Conseil considère, dans les
        circonstances, qu'il était tout de même d'intérêt public de la
        rapporter. Le grief à cet égard n'est donc pas retenu.
    28. Le plaignant dénonçait également l'utilisation, dans l'article, de
        métaphores l'accusant par exemple, de "poursuivre par l'entremise des
        médias la besogne inachevée" et de compter parmi les "adeptes de
        l'idéologie à l'origine du génocide (qui) viennent remuer le couteau
        dans la plaie encore saignante des rescapés du génocide des Tutsis".
    29. Tout média d'information est responsable des propos qu'il publie ou
        diffuse. Dans le cas présent, les propos rapportés contiennent des
        accusations extrêmement sérieuses, en associant M. Philpot aux
        acteurs du massacre du Rwanda et aux adeptes de l'idéologie
        génocidaire. Ces affirmations sont-elles exactes et démontrées? Sans
        prendre position et sans présumer de leur exactitude ou inexactitude,
        un journal pouvait-il rapporter ces accusations en invoquant
        l'intérêt public?
    30. Le Conseil considère qu'il s'agit ici d'une situation délicate où
        l'intérêt public pouvait effectivement justifier que le journal
        rapporte ces propos très chargés, prononcés en conférence de presse,
        mais sans prendre position lui-même et à la condition de présenter
        une contrepartie bien équilibrée. Le Conseil considère qu'il était
        utile d'informer le public que, face à la remise en question de la
        version officielle du drame rwandais (génocide), les représentants
        des victimes de ce drame et ceux du Congrès Juif réagissent avec
        vigueur et vont même jusqu'à porter des accusations sérieuses.
    31. Toujours au chapitre des inexactitudes, le plaignant contestait le
        fait qu'il ait été identifié comme un des organisateurs de la
        conférence dénoncée.
    32. Après examen, le Conseil constate qu'il s'agissait effectivement
        d'une inexactitude, mais celle-ci est considérée comme mineure dans
        le contexte. Ainsi, sous réserve de cette remarque, le grief n'est
        pas retenu.

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                             Grief 2 : équilibre
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    33. Dans un deuxième temps, le Conseil s'est penché sur la question des
        manquements à l'équilibre dans l'article en question. Un principe
        journalistique souvent rappelé par le Conseil veut que :
        "L'information livrée par les médias fait nécessairement l'objet de
        choix. Ces choix doivent être faits dans un esprit d'équité et de
        justice. Ils ne se mesurent pas seulement de façon quantitative, sur
        la base d'une seule édition ou d'une seule émission, pas plus qu'au
        nombre de lignes ou au temps d'antenne. Ils doivent être évalués de
        façon qualitative, en fonction de l'importance de l'information et de
        son degré d'intérêt public." DERP, p. 22
    34. L'examen de l'article visé par la plainte révèle que, si son dernier
        paragraphe mentionne que M. Philpot réfute l'accusation de
        négationnisme et s'il précise sa position en regard de la notion de
        génocide, on ne peut accepter, malgré ce qu'affirme le journaliste,
        que l'information principale de l'article soit contrebalancée ou
        rééquilibrée par les quatre lignes de la fin. Leur portée ne fait
        aucunement le poids contre la force, la vigueur et la violence
        verbale utilisées dans les paragraphes antérieurs et dans le contexte
        du journal. Le journaliste aurait pu, par exemple, contacter M.
        Philpot pour obtenir et résumer sa réaction aux propos violents tenus
        à son endroit.
    35. Ainsi, même si les principes journalistiques indiquent que
        l'équilibre ne se mesure pas seulement de façon quantitative, sur
        la base du nombre de lignes, le Conseil a estimé que, dans le cas
        présent, l'importance accordée à la position des conférenciers était
        beaucoup moins importante que celle consacrée à leurs opposants.
    36. D'ailleurs, le guide Droits et responsabilités de la presse du
        Conseil renferme un autre principe qui confirme que, dans un contexte
        de journalisme d'information, certaines situations exigent cet
        équilibre : "Dans les cas où une nouvelle ou un reportage traite de
        situations ou de questions controversées, ou de conflits entre des
        parties, de quelque nature qu'ils soient, un traitement équilibré
        doit être accordé aux éléments et aux parties en opposition." DERP,
        p. 26
    37. En raison des manquements à ces principes, le Conseil retient le
        grief pour manquements à l'équilibre.

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                            Grief 3 : acharnement
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    38. Au grief suivant, le plaignant déplorait que les mis-en-cause aient
        fait preuve d'acharnement à son endroit en publiant plusieurs
        articles défavorables à son sujet. Le guide DERP du Conseil indique,
        à ce sujet : "L'attention que les médias et les professionnels de
        l'information décident de porter à un sujet particulier, le choix de
        ce sujet et sa pertinence relèvent de leur jugement rédactionnel. Nul
        ne peut dicter à la presse le contenu de l'information sans s'exposer
        à faire de la censure ou à orienter l'information." DERP, p. 9
    39. Après examen, le Conseil a constaté qu'au-delà d'énoncer ce grief et
        d'énumérer des articles dont il avait fait l'objet, le plaignant n'a
        pas démontré que le journaliste ou son média avait fait preuve
        d'acharnement à son endroit. Le plaignant est un personnage public et
        les activités impliquées dans ces articles étaient également
        publiques. Par conséquent, le grief n'a pas été retenu.

    -------------------------------------------------------------------------
                       Grief 4 : atteinte à la dignité
    -------------------------------------------------------------------------

    40. Le quatrième et dernier motif de plainte a trait au manquement pour
        atteinte à la dignité de la personne.
    41. Le guide DERP du Conseil indique, à ce sujet : "Les médias et les
        professionnels de l'information doivent (...) impérativement éviter
        d'utiliser, à l'endroit des personnes ou des groupes, des
        représentations ou des termes qui tendent à soulever la haine et la
        méprise, à encourager la violence ou encore à heurter la dignité
        d'une personne (...)." DERP, p. 41
    42. L'analyse du second grief a révélé deux manquements importants à
        l'équilibre journalistique, à la défaveur du plaignant. Selon le
        Conseil, ces manquements, ajoutés à l'inexactitude mineure relevée au
        premier grief, peuvent avoir pour conséquence de porter atteinte à la
        dignité de la personne du plaignant. Ce dernier grief est donc
        également retenu.
    43. Pour l'ensemble de ces raisons, le Conseil de presse retient la
        plainte de M. Robin Philpot contre le journaliste André Noel et le
        quotidien La Presse principalement aux motifs de manquements à
        l'équilibre et d'atteinte à la dignité de la personne.

    
    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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