Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-05-075



    
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    Numéro de dossier :  D2008-05-075

    Plaignante           Mme Marie-Louise Bussières, responsable des affaires
                         relatives à l'éthique journalistique pour l'Eglise
                         raelienne

    et

    Mis-en-cause         M. Alain Rochette, rédacteur en chef
                         Le magazine Summum
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    MONTREAL, le 19 mai /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Marie-Louise Bussières, responsable des affaires relatives à
l'éthique pour l'Eglise raelienne, porte plainte contre un article intitulé
"Les sectes", publié dans l'édition de novembre 2007 du magazine Summum. La
plaignante reprochait à la rédaction d'avoir associé le mouvement raelien à
une secte et à l'image violente qu'en a souvent le public, en ne présentant
aux lecteurs qu'un unique point de vue, ainsi que des informations non
vérifiées.

    
    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    1.  Mme Bussières précise d'abord que le mouvement raelien, qu'elle
        représente, approuve l'initiative du magazine Summum, d'avoir eu le
        souci de faire la lumière sur le phénomène des sectes au Québec, tout
        en déplorant que ce dernier ait choisi d'axer son propos sur ce
        qu'elle estime être des mensonges et des cas d'exceptions au sujet
        des sectes. De son avis, les auteurs du dossier n'auraient pas pris
        le temps de vérifier si leurs allégations étaient exactes.
    2.  La plaignante mentionne que, dans un premier temps, une demande de
        droit de réponse a été formulée auprès du magazine. La direction
        aurait d'abord proposé de procéder à une entrevue avec un leader du
        mouvement raelien pour ensuite retirer sa proposition, ne voyant pas
        où il y avait diffamation. Mme Bussières explique qu'après ce refus,
        le mouvement raelien a fait parvenir deux lettres à la direction du
        magazine. La première relevait les fautes journalistiques faites par
        la rédaction et reformulait une demande de droit de réponse. La
        seconde, simulait une entrevue qui pouvait être publiée telle quelle,
        afin de faire contrepoids aux informations avancées dans l'article.
        La direction du magazine n'a donné suite à aucune de ces demandes.
    3.  Mme Bussières détaille ensuite les motifs de sa plainte. Dans un
        premier temps, elle mentionne que le magazine a fait preuve de
        discrimination religieuse, particulièrement envers le mouvement
        raelien. La plaignante ajoute que l'article présentait une image
        négative qui entretenait un sentiment de peur chez le lecteur et
        procédait à une culpabilisation par association. Elle explique
        qu'après avoir décrit des dérives violentes, la dernière page de
        l'article présentait le mouvement raelien de manière telle, qu'il
        était possible de l'associer avec des groupes criminels.
        Mme Bussières déplore que, bien qu'il ait été mentionné que plus de
        800 minorités religieuses sont en activité sur le sol québécois,
        seules les pires images en ont été proposées au lecteur, afin de
        créer chez lui l'impact négatif le plus grand possible. Elle ajoute
        que l'article contenait différentes photos à caractère dramatique.
    4.  Pour la plaignante, toute la mise en page de l'article est axée sur
        l'idée que les membres des sectes sont des gens faibles et sans
        défense. L'article ne comprend, selon elle, aucun contrepoids qui
        pourrait équilibrer ces propos. L'entrée en matière de l'article
        pousserait encore plus loin l'idée que les sectes sont dangereuses.
        La plaignante insiste sur le fait que les minorités religieuses qui
        n'ont jamais été condamnées pour des actes criminels ne sont pas
        représentées au sein de l'article, ce qui laisse aux lecteurs
        l'impression que le mouvement raelien fait partie d'une tendance
        violente. Il s'agirait, pour Mme Bussières, d'une culpabilisation par
        association.
    5.  La plaignante insiste sur le fait que le mot "secte" est utilisé de
        manière à ce qu'une connotation négative lui soit sciemment
        rattachée. Mme Bussières rappelle à cet effet que le Conseil a déjà
        rendu une décision reconnaissant que "depuis quelques années
        l'acceptation du mot "secte" glisse progressivement vers un sens de
        plus en plus péjoratif" (D2001-05-072/073/074/075). Elle ajoute que
        la Commission des affaires religieuses de l'ONU a également demandé
        que les Etats membres cessent d'utiliser le mot "secte" pour lui
        préférer l'expression "nouvelles religions minoritaires".
    6.  Pour la plaignante, tous les intervenants mobilisés dans l'article
        ont été sélectionnés en raison de leur opposition au phénomène
        sectaire. De son avis, aucun spécialiste n'a vraiment été consulté ni
        aucun membre ou leader de ces minorités religieuses. Selon elle, le
        magazine ne pouvait présenter le point de vue du cardinal Ouellet,
        prélat de l'Eglise catholique, comme celui d'un expert objectif,
        puisque ses croyances sont en opposition avec le phénomène. Par
        conséquent, la rédaction n'aurait pas offert aux lecteurs un
        traitement leur permettant de se faire une idée juste du phénomène.
    7.  Dans un autre ordre d'idées, la plaignante déplore que des
        informations non vérifiées aient été publiées dans l'article. Elle
        cite l'exemple de M. Vaillancourt, mobilisé en tant qu'expert des
        sectes, qui n'aurait en réalité étudié que les sectes d'obédience
        chrétiennes et non raeliennes. Selon Mme Bussières, il existe
        pourtant des spécialistes de cette question. Pour elle, le fait qu'il
        mentionne que M. Claude Vorilhon (dit "Rael") a des esclaves
        sexuelles est une accusation grave qui n'est fondée sur aucune
        preuve. Elle ajoute qu'aucune contre-vérification de ces informations
        n'a été faite, ni auprès d'autorités judiciaires, ni même auprès de
        spécialistes du mouvement raelien. Elle conclut à un manque
        d'impartialité.
    8.  La plaignante réitère cette remarque pour l'entrevue effectuée auprès
        de Mme McCann, journaliste. On peut y lire, dès la première phrase,
        une information inexacte à l'effet que la société Clonaid qui
        appartient au mouvement raelien, est une société privée dont la
        directrice est raelienne, ce qui est inexact. Elle ajoute qu'il
        aurait pourtant été simple de procéder à une vérification.
    9.  Pour Mme Bussières, l'entrevue entre la rédaction du magazine et
        Mme McCann consiste en une série d'impressions, de suppositions et de
        malaises personnels vécus par la journaliste lors de son initiation
        aux activités du mouvement raelien qui, selon elle, frôlent la
        diffamation. Ces impressions sont présentées comme des faits réels ou
        exacts. La plaignante insiste sur le fait qu'il ne s'agit toutefois
        que d'impressions. Elle reconnaît que Mme McCann a droit à son
        opinion, mais déplore néanmoins que le magazine n'ait pas procédé à
        une mise en contexte. La journaliste évoque par exemple les
        "absurdités" de M. Vorilhon, sans jamais mentionner en quoi elles
        consistent. Il en va, selon elle, de même pour l'accusation
        d'endoctrinement qui ne reposerait sur aucune base scientifique. Pour
        Mme Bussières, le magazine aurait dû vérifier ces informations auprès
        de spécialistes du mouvement raelien. Elle ajoute qu'aucun adepte
        n'a, par ailleurs, été interrogé concernant ce qui est avancé dans
        l'article. Il s'agit pour la plaignante d'un exemple de manipulation
        de l'information.
    10. En résumé, Mme Bussières explique que le magazine n'a présenté aucune
        critique des sources qui ont été mobilisées. Le point de vue unique
        et la mise en page auraient nourri les préjugés, en entretenant le
        mépris. L'article heurterait la dignité des membres du mouvement
        raelien et des minorités religieuses en général. Il manquerait
        d'impartialité, de rigueur, d'équilibre et d'exactitude, en plus
        d'insister sur des détails sensationnalistes qui entretenaient les
        préjugés, la peur et conduirait au manque de respect envers un
        groupe. La plaignante termine en expliquant que, pour remédier à ces
        manquements, le magazine aurait dû proposer un droit de réplique au
        mouvement raelien.
    11. Enfin, Mme Bussières fournit une copie des deux lettres qui ont été
        adressées à la direction du magazine Summum.

    COMMENTAIRES DU MIS-EN-CAUSE

      Commentaires de Me René Dion, avocat représentant les intérêts du
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                                   magazine
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    12. Le représentant du mis-en-cause explique que Mme Bussières prétendait
        que certains faits rapportés dans l'article étaient faux, sans
        toutefois indiquer en quoi ils l'étaient, à l'exception de la
        question de la propriété de la société Clonaid. Il répond ensuite aux
        griefs quant à l'angle de traitement de l'article et au choix des
        illustrations utilisées.
    13. Me Dion précise, d'abord, que selon lui, l'article dont il est
        question n'est pas issu d'un média d'information mais bien d'un
        magazine de divertissement pour hommes où les sujets sont traités
        avec humour et sans prétention. Il explique que le pigiste qui a
        réalisé le dossier a donné la parole à plusieurs spécialistes et a
        rapporté peu de faits qu'il ait lui-même découvert, ce que lui
        reproche la plaignante. Pour Me Dion, les spécialistes auxquels le
        magazine a donné la parole sont crédibles. Les citations qui leur
        sont attribuées constituent leur opinion ou le résultat de leurs
        recherches et de leurs expériences.
    14. Compte tenu de la nature du magazine, de l'angle de traitement de
        l'article, de la crédibilité des auteurs et du fait que certaines
        sections sont purement humoristiques et sarcastiques, le représentant
        du mis-en-cause conclut que la plainte de Mme Bussières, avec égard à
        son opinion, doit toutefois être rejetée.
    15. Me Dion attire l'attention du Conseil sur la lettre simulant une
        entrevue que la plaignante aurait souhaité voir publiée dans le
        magazine. Il qualifie cette dernière de "document de propagande". Le
        représentant du mis-en-cause fait ensuite référence à un jugement
        rendu dans une cause opposant M. Vorilhon à un chroniqueur et où ce
        dernier et le juge y seraient allés d'une critique plus sévère que
        n'a pu le faire le magazine Summum. Me Dion soulève le fait que le
        mouvement raelien attaque ceux qui ont une opinion ne leur étant pas
        favorable, comme en témoigne une manifestation à Québec durant la
        campagne électorale provinciale. Enfin, il invoque que le Conseil de
        presse a, par le passé, rappelé la liberté des chroniqueurs dans une
        décision opposant un chroniqueur au mouvement raelien et conclut
        qu'un magazine de divertissement, tel que Summum, jouit d'une
        latitude encore plus grande que celle d'un chroniqueur.
    16. Me Dion termine en expliquant que le seul fait qu'il a pu relever
        comme étant faux, concerne la propriété de la société Clonaid. Selon
        lui, cette erreur n'a, dans les faits, aucune incidence sur
        l'article. Les illustrations relèvent, quant à elles, du
        divertissement.

    REPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    17. Pour Mme Bussières, les concepts de divertissement et de chronique
        donnent aux journalistes le droit aux opinions ainsi qu'à l'humour,
        mais ne leur donnent toutefois pas celui de diffamer, de mépriser ou
        de déguiser la vérité. Elle précise que la lettre-entrevue qui a été
        expédiée à la direction du magazine Summum n'avait pour but que de
        rétablir les faits avec lesquels ce même magazine a, selon elle, pris
        des libertés.
    18. De son avis, la direction a préféré ne présenter aux lecteurs qu'un
        seul côté de la médaille et créer une mise en page qui laissait place
        aux préjugés, en contribuant à entretenir le mépris à l'égard des
        raeliens.
    19. Pour la plaignante, le jugement auquel fait référence le représentant
        du mis-en-cause n'a rien de pertinent. Son opinion ne justifie pas
        que les journalistes puissent prendre des libertés avec la vérité et
        discriminer un mouvement religieux. Elle explique que le mouvement
        raelien souhaite que les médias rapportent avec exactitude et sans
        mépris la philosophie raelienne.
    20. Mme Bussières rappelle que le cardinal Ouellet n'était pas la
        personne idéale à laquelle devait être demandée une opinion sur le
        mouvement raelien, puisque ce dernier appartient à une religion
        concurrente. Elle ajoute que le magazine allait, par ailleurs, à
        l'encontre des recommandations du Conseil de presse en utilisant de
        manière abusive le terme "secte".
    21. Concernant le témoignage de Mme McCann dans l'article, la plaignante
        réitère que le magazine n'a rapporté qu'une série d'impressions, de
        suppositions et de malaises personnels de cette dernière en
        présentant ceux-ci comme des faits. Le seul véritable fait
        concernerait une manifestation au Salon du livre de Montréal où
        Mme McCann se serait retrouvée encerclée par des raeliens. La
        plaignante juge cette information inexacte puisqu'il n'y aurait
        jamais eu de contact physique.
    22. Au début de l'article, trois Eglises sont nommées : les raeliens, les
        scientologues et les témoins de Jéhovah. Pour la plaignante, cette
        énumération avait pour but d'attirer l'attention des lecteurs et
        d'associer ces Eglises avec les illustrations qui se trouvaient sur
        la même page, représentant le suicide collectif de Jonestown. Pour
        elle, il était impossible que le lecteur ne fasse pas un lien entre
        les Eglises susmentionnées et la violence émanant de cette
        illustration.
    23. A la page 42 de l'article, elle juge que l'accent a été mis sur la
        peur, la déstabilisation mentale et la perte d'argent, en plus d'être
        illustré par une photographie de moutons. On y souligne, également,
        les crimes de plusieurs leaders d'opinions. La dernière page,
        consacrée au mouvement raelien, commence par une erreur concernant la
        propriété de la société Clonaid. L'article comporte, selon
        Mme Bussières, à d'autres endroits, deux erreurs relevant de la
        diffamation qui constituent des accusations non fondées. Il s'agit de
        l'assertion "il a des esclaves sexuels, des comptes de banque bien
        garnis" où les points de suspension laissent supposer qu'il serait
        possible de faire une liste d'autres faits de ce type. Le journaliste
        utilise cette déclaration en prétendant que l'argent du mouvement
        raelien appartient personnellement à M. Vorilhon, ce qui serait
        inexact puisqu'il serait placé au nom de l'Eglise raelienne. La
        plaignante précise que ce dernier vit de ses droits d'auteur ainsi
        que de dons personnels. Pour elle, l'accusation la plus grave
        survient lorsque la journaliste accuse M. Vorilhon d'avoir des
        esclaves sexuels. Or, ce dernier n'a jamais été reconnu coupable de
        quelconque crime. Il s'agissait, par conséquent, d'une accusation non
        fondée qui ne s'excusait pas par le fait qu'il s'agisse d'un article
        au caractère divertissant.

    DECISION

    24. Mme Marie-Louise Bussières, responsable des affaires relatives à
        l'éthique pour l'Eglise raelienne, porte plainte contre un article
        intitulé "Les sectes", publié dans l'édition de novembre 2007 du
        magazine de divertissement masculin Summum. Bien que le représentant
        des mis-en-cause ait, dans ses commentaires, invoqué le fait qu'il ne
        s'agisse pas d'un média d'information mais de divertissement, le
        Conseil précise que, dans le cadre de l'article dont il est question,
        et qui s'apparente à du journalisme d'information, la déontologie
        journalistique s'applique pleinement et au même titre que pour
        n'importe quel produit d'information.

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                       Grief 1 : informations inexactes
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    25. La plaignante mentionne la présence de trois inexactitudes dans
        l'article. Deux de celles-ci sont attribuées à une journaliste,
        Mme McCann, dont les propos ont été rapportés dans l'article. Elles
        porteraient sur l'encerclement, par des membres du mouvement raelien,
        dont cette dernière dit avoir été victime au Salon du livre de
        Montréal en 2004, ainsi que la propriété de la société Clonaid.
        L'analyse a permis au Conseil de constater, tout d'abord, que
        Mme Bussières ne nie pas tant que Mme McCann fut victime
        d'encerclement, mais qu'elle ait été physiquement encerclée lors de
        cet événement. De plus, l'analyse a permis de démontrer que la
        société Clonaid n'appartient pas au mouvement raelien, mais que sa
        directrice en est néanmoins membre. La dernière inexactitude que
        relève Mme Bussières a trait aux propos rapportés de M. Vaillancourt,
        sociologue et spécialiste des sectes, qui laisseraient entendre que
        l'argent du mouvement raelien appartient en propre à M. Vorilhon dit
        "Rael". Après analyse, le Conseil constate que ce postulat n'a tout
        simplement pas été émis par M. Vaillancourt, du moins dans ce qui a
        été rapporté aux lecteurs.
    26. Conformément au principe énoncé par le guide des Droits et
        responsabilités de la presse, le Conseil mentionne clairement que
        "les professionnels de l'information doivent faire preuve d'une
        rigueur synonyme d'exactitude, de précision et de respect des faits
        et des évènements". DERP, p. 21
    27. Le grief est retenu sur la base de l'inexactitude concernant la
        propriété de la société Clonaid. Il s'agit néanmoins d'une
        inexactitude d'ordre mineur, aucun blâme ne lui sera donc assorti.

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          Grief 2 : manque ou absence de vérification de l'information
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    28. La plaignante relève également la présence de trois informations
        faisant l'objet d'un manque de vérification. Selon elle,
        l'inexactitude relative à la propriété de la société Clonaid aurait
        pu être évitée, si l'information avait été au préalable vérifiée. La
        plaignante insiste également sur le fait que l'accusation
        d'endoctrinement, formulée par Mme McCann, n'aurait pas été vérifiée
        auprès de spécialistes du mouvement raelien. Enfin, Mme Bussières
        évoque la déclaration de M. Vaillancourt à l'effet que M. Vorilhon a
        des esclaves sexuelles, information qui n'aurait été vérifiée auprès
        d'aucune autorité.
    29. Or, il est un principe que "Les médias sont responsables de tout ce
        qu'ils publient ou diffusent" DERP, p. 22, et que, par ailleurs, "ils
        doivent prendre tous les moyens à leur disposition pour s'assurer de
        la fiabilité de leurs sources et pour vérifier, auprès d'autres
        sources indépendantes, l'authenticité des informations qu'ils en
        obtiennent". DERP, p. 32.
    30. Le Conseil conclut que, puisque M. Vaillancourt possède un statut
        d'expert sur la question des sectes, il est une source fiable
        d'informations qui pouvait justifier que ces dernières ne soient pas
        soumises à une contre-vérification avant publication. Pour ce qui
        relève de l'accusation d'endoctrinement formulée par Mme McCann, le
        Conseil constate qu'il s'agit d'une opinion de la journaliste qui
        découle de son expérience au sein du mouvement et que, par
        conséquent, cette déclaration ne nécessitait pas de vérification.
        Enfin, et bien que le Conseil est d'avis que de plus amples
        vérifications auraient pu permettre d'éviter que soit publiée
        l'erreur qui portait sur la propriété de la société Clonaid, le
        caractère mineur de cette erreur conduit à ne pas retenir le grief
        pour manque de vérification.

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    Grief 3 : manipulation de l'information visant à induire chez le lecteur
                             une fausse impression
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    31. Mme Bussières insiste, par ailleurs, sur le fait que l'article
        cherchait à induire chez le lecteur une vision négative du mouvement
        raelien en associant ce dernier à des groupes criminels, en
        présentant aux lecteurs des photos au caractère dramatique, ainsi
        qu'en utilisant, sans la réserve nécessaire, le terme "secte" tout au
        long de l'article.
    32. Le Conseil a procédé à une analyse sur la base du principe que "les
        médias doivent veiller à ne pas induire le public en erreur quant à
        la valeur et à la portée réelle des informations qui lui sont
        transmises" DERP, p. 22. Il constate, ce faisant, que l'entrée en
        matière de l'article fait référence aux écueils tragiques qu'ont
        connu certains mouvements sectaires, en plus de proposer aux lecteurs
        une photographie d'une de ces tragédies. Un paragraphe propose
        ensuite une mise en contexte qui rappelle aux lecteurs que toutes les
        sectes ne se présentent pas sous le même jour et n'ont pas toutes une
        issue tragique. Le Conseil remarque, par ailleurs, que le terme secte
        est utilisé tout au long de l'article et vient, de fait, qualifier le
        mouvement raelien. Bien qu'il soit difficile de s'entendre sur une
        définition unanime de ce vocable, le Conseil remarque que l'article
        formulait un certain nombre de critères permettant aux lecteurs de se
        faire une idée de ce qu'est et ce que n'est pas une secte. Le grief
        est rejeté.

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             Grief 4 : impressions présentées comme étant des faits
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    33. Mme Bussières formule également dans sa plainte un reproche relatif
        au fait que les propos rapportés de Mme McCann auraient été présentés
        comme des faits aux lecteurs alors qu'ils ne constituaient que des
        opinions personnelles.
    34. Après analyse, le Conseil conclut que la journaliste livre aux
        lecteurs un témoignage issu de son expérience au sein du mouvement
        raelien et que ce dernier fait appel à la fois à des éléments
        factuels, mais également à ses impressions. Ainsi, le lecteur informé
        du contexte dans lequel s'inscrit ce témoignage peut, sans mal, faire
        la distinction entre ce qui est du ressort du factuel et ce qui
        relève du ressenti. Le grief est rejeté.

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                 Grief 5 : partialité/absence de contrepoids
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    35. Pour la plaignante, aucun contrepoids n'a, de plus, été présenté à
        l'idée que les sectes sont dangereuses et que les individus qui en
        font partie sont des gens faibles. De son avis, les personnes dont on
        retrouve les témoignages dans l'article ont été sollicitées en raison
        de leur opposition au phénomène. Aucun spécialiste ni adepte du
        mouvement raelien n'a par ailleurs été interrogé dans le cadre de ce
        dossier.
    36. Le guide de déontologie du Conseil nous apprend que "Les organes de
        presse et les journalistes ont le devoir de livrer au public une
        information complète, rigoureuse et conforme aux faits et aux
        événements." DERP, p. 21. Constatant que des experts,
        MM. Vaillancourt et Kropveld, respectivement sociologue spécialiste
        des sectes et directeur d'Info-Sectes, ont été sollicités dans le
        cadre de l'article, de même qu'une journaliste qui a vécu
        l'expérience raelienne depuis l'intérieur, le Conseil considère que
        l'information dont disposait le lecteur était suffisamment complète
        pour qu'il ne soit pas nécessaire de faire appel à un adepte du
        mouvement raelien. Le grief est rejeté. Cependant, le Conseil a
        relevé qu'à aucun moment les fonctions de M. Kropveld n'ont été
        présentées aux lecteurs, ce qui constitue un oubli de la rédaction.

    -------------------------------------------------------------------------
                    Grief 6 : refus d'un droit de réponse
    -------------------------------------------------------------------------

    37. Constatant les nombreux manquements à la déontologie dont l'article
        aurait fait preuve, la plaignante explique qu'elle déplore que la
        direction de Summum n'ait pas donné suite à sa demande de droit de
        réponse. Le mis-en-cause réplique que rien ne venait toutefois
        justifier que soit accordé un tel droit au mouvement raelien.
    38. Or, compte tenu du fait que l'analyse n'a permis au Conseil que de
        relever deux manquements mineurs à la déontologie relatifs à
        l'exactitude ainsi qu'à la vérification de l'information, il conclut
        que la rédaction du magazine n'était pas dans l'obligation de
        s'ouvrir à la demande du mouvement raelien. Le grief est rejeté.

    -------------------------------------------------------------------------
                  Grief 7 : atteinte au respect d'un groupe
    -------------------------------------------------------------------------

    39. La conclusion de Mme Bussières porte sur le fait que le magazine a
        fait preuve de discrimination à l'endroit du mouvement raelien en
        publiant l'article dont il est question. Elle ajoute que celui-ci
        entretenait les préjugés en plus d'heurter la dignité des membres du
        mouvement et des minorités religieuses. Elle mentionne que certaines
        remarques qui ont été publiées étaient, de plus, diffamatoires.
        Considérant que la diffamation relève exclusivement des tribunaux, le
        Conseil ne se prononcera toutefois pas sur cet aspect.
    40. "Les médias et les professionnels de l'information doivent éviter de
        cultiver ou d'entretenir les préjugés. Ils doivent impérativement
        éviter d'utiliser, à l'endroit des personnes ou des groupes, des
        représentations ou des termes qui tendent à soulever la haine et le
        mépris, à encourager la violence ou encore à heurter la dignité d'une
        personne ou d'une catégorie de personnes en raison d'un motif
        discriminatoire. Toute personne, qu'elle soit de notoriété publique
        ou non, a le droit fondamental à la vie privée, à l'intimité, à la
        dignité et au respect de la réputation." DERP, pp. 41-42
    41. En ce qui a trait à la discrimination, à l'atteinte à l'image et à
        l'entretien des préjugés, on constate que la plaignante ne précise
        pas de quelles fautes déontologiques découleraient ces manquements.
        Puisque l'analyse n'a, par ailleurs, permis de relever qu'une
        inexactitude mineure parmi les griefs qui lui étaient soumis, on
        conclut qu'il ne pouvait en découler discrimination, atteinte à
        l'image ou entretien de préjugés. Le grief est donc rejeté.

    42. Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse rejette la plainte de
        Mme Marie-Louise Bussières, responsable des affaires relatives à
        l'éthique journalistique pour l'Eglise raelienne, contre le magazine
        Summum.
    

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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