Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-08-009



    
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    Numéro de dossier : D2007-08-009

    Plaignant           M. Benoît Piché

    et

    Mis-en-cause        Mme Isabelle Dorais, journaliste
                        M. Michel Gagnon, directeur de l'information
                        La station de télévision TVA-Sherbrooke
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    MONTREAL, le 4 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Benoît Piché porte plainte contre la journaliste Isabelle Dorais et la
station de télévision TVA-Sherbrooke pour avoir utilisé sans consentement des
images et des propos de sa fille de 16 ans, sous des prétextes trompeurs. Le
reportage visé par la plainte a été diffusé à l'émission "TVA 18 heures
Estrie", le 18 juillet 2007.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M Benoît Piché porte plainte contre la journaliste Isabelle Dorais et la
station TVA-Sherbrooke en indiquant comme motifs de plainte : "Protection des
personnes mineures" et "Choix et contributions du public".
    Le plaignant raconte les faits. Le 18 juillet 2007, et en reprise le
lendemain, un reportage au "TVA 18 heures Estrie" mettait en garde les parents
et les adolescentes contre l'usage que celles-ci peuvent faire d'Internet, en
particulier des sites de rencontre et de "clavardage". Ce reportage relatait
les méthodes de recrutement des gangs de rue de la région de Magog et
l'exploitation des jeunes filles, mettant en relief les activités de ces
groupes criminels dans le monde de la prostitution et des danseuses nues.
    Selon le plaignant, à cette occasion et pour illustrer son sujet, la
journaliste aurait utilisé sans son consentement des images de sa fille de
16 ans, obtenues sous des prétextes trompeurs et pour une cause qui lui est
totalement étrangère. M. Piché explique que "même si elle est vue de dos, ma
fille demeure parfaitement identifiable par les personnes qui la côtoient et
son association avec le contenu très subjectif du reportage ne peut que lui
être préjudiciable". Le plaignant ajoute : "En réponse à une question sur un
sujet connexe, mais qui n'était pas exposée dans le reportage, on l'entend
répondre : "Moi, je l'ai déjà fait (...) j'étais naive, puis je l'ai fait"",
commentaires suivis de peu par des images plutôt explicites d'une jeune femme
qui offre ses charmes à un "client".
    Le plaignant se dit profondément choqué de l'utilisation qui a été faite
de ce matériel. Il affirme que sa fille a accepté de parler à la journaliste
en toute innocence. A son avis, ces images ne servent ni le propos, ni
l'intérêt du public, mais n'ont été diffusées qu'à des fins sensationnalistes.
Selon le plaignant, depuis ce temps, sa fille est l'objet de questions et de
sarcasmes de la part de son entourage "et nul ne peut présager des
conséquences à venir sur sa réputation et ses relations futures".
    M. Piché termine en indiquant qu'il a demandé à TVA-Sherbrooke de diffuser
une correction qui fasse en sorte de dissocier clairement son enfant des
activités liées à ces groupes criminels.
    Le plaignant annexe à sa plainte la réponse qu'il a reçue du directeur de
l'information de TVA- Sherbrooke, M. Michel Gagnon, à la suite d'une première
plainte adressée à la station de télévision le 25 juillet 2007.
    Le contenu de sa réponse est essentiellement le même que celui qu'il a
fait parvenir au Conseil de presse en guise de "commentaires".

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Véronique Dubois, conseillère juridique principale
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    La porte-parole de TVA-Sherbrooke répond que la plainte de M. Piché est
mal fondée, et elle en expose les motifs. Elle rappelle que le reportage fait
suite à une alerte émise par la police de Magog à propos de l'utilisation de
sites Internet par des gangs de rue pour attirer les jeunes filles.
    Selon Me Dubois, dans un premier temps, la journaliste a "réalisé une
entrevue avec le capitaine Yves Denis de la Régie de la Police. Celui-ci a
alors confirmé à la journaliste que des jeunes filles avaient accepté de
rencontrer des inconnus qui se sont révélés être des membres de gangs de rues.
Dans le contexte de cette entrevue, le nom des plaignantes, leur âge, ni aucun
détail permettant de les identifier, n'ont été divulgués".
    La conseillère juridique continue : "Par la suite, notre journaliste a,
par hasard, rencontré la fille du plaignant, alors âgée de seize ans, qui se
promenait avec une de ses amies. La journaliste Isabelle Dorais a alors
clairement expliqué à la fille du plaignant l'objet du reportage, c'est-à-dire
une alerte émise par la police de Magog mettant en garde des jeunes filles à
propos de l'utilisation de l'Internet et de sites de clavardage par des gangs
de rues afin de recruter des jeunes filles. La fille du plaignant a alors
volontairement, en toute connaissance de cause et de façon éclairée, voulu
témoigner à la caméra sur de expérience sur le clavardage où elle dit avoir
accepté de rencontrer un individu qu'elle ne connaissait pas." Ainsi, la jeune
fille n'aurait jamais témoigné sous des prétextes trompeurs et pour une cause
qui lui était totalement étrangère.
    Rappelant que le plaignant reproche également au témoignage de sa fille de
lui être préjudiciable, Me Dubois tient à préciser que "ce témoignage ne lui a
aucunement été dicté ou suggéré par la journaliste Isabelle Dorais".
    En ce qui a trait à l'idée de M. Piché que le sujet sur lequel sa fille
témoigne est "connexe", sans être "exposé dans le reportage", son
interprétation serait mal fondée, puisque sa fille tient les propos suivants :
"Moi, je l'ai déjà fait. C'est jamais arrivé des affaires dangereuses. Je
savais à peu près à qui j'avais affaire. C'est sûr que si on est naif, moi
j'étais naive, je l'ai fait." Pour la porte-parole des mis-en-cause, la jeune
fille "répond ainsi directement à la question soulevée par le reportage à
savoir qu'elle a déjà clavardé sur Internet avec des inconnus mais,
qu'heureusement elle n'a jamais été victime "d'affaires dangereuses"".
    En ce qui a trait au reproche voulant "que sa fille soit parfaitement
identifiable par les personnes qui la côtoient", Me Dubois répond que
"d'entrée de jeu, la jeune fille, avec toute sa capacité de discernement,
voulait témoigner face à la caméra sur ce sujet. Par mesure de précaution,
notre journaliste a expressément demandé à la fille du plaignant de témoigner
dos à la caméra".
    Pour la conseillère juridique, "l'anonymat de la jeune fille a donc en
tout temps été préservé car elle n'a jamais été nommée, les traits de son
visage n'ont jamais été montrés à la caméra et elle est vêtue d'une façon
standard pour une jeune fille de son âge. Ce faisant, TVA a donc respecté les
normes relatives à la protection des personnes mineures, contenues dans le
guide des droits et responsabilités de la presse, s'assurant de respecter les
principes de base de l'anonymat et du consentement libre et éclairé".
    Au reproche de n'avoir diffusé des images qu'à des fins sensationnalistes,
Me Dubois répond que ce reportage "se voulait alarmiste et pour cause",
puisqu'il faisait justement suite à une alerte émise par la police de Magog.
Selon elle, il s'agissait d'un sujet "d'un grand intérêt public, qui constitue
une situation où la protection de mineures était en jeu, lequel n'a aucunement
été traité de façon sensationnaliste".

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Dans un premier temps, le plaignant indique qu'il ne remet aucunement en
question le bien-fondé de l'alerte émise par la police de Magog et de
l'objectif du reportage qui en a découlé.
    M. Piché poursuit en ces termes les clarifications qu'il veut apporter :
"Pendant l'entrevue, suite à l'exposé des faits, lorsque ma fille mentionne à
la caméra : "Moi, je l'ai déjà fait", elle répond à une question posée hors
d'ondes, laquelle n'a jamais été diffusée. Le téléspectateur ne peut alors que
présumer ce qu'elle a voulu dire, à la lueur du reportage qui laisse
délibérément planer le doute. On peut remarquer par exemple, dans le
reportage, un site Internet de rencontres où on peut lire une offre libellée
comme suit: "ouverte à toute proposition (...) cocotte557, Femme de
19 ans...""
    Le plaignant insiste pour rappeler que sa fille ne s'est pas offerte sur
Internet, qu'elle n'a jamais été "recrutée" par un gang de rue, qu'elle n'a
jamais travaillé dans un club de danseuses ou une agence d'escorte et qu'elle
est toujours mineure. Il considère donc qu'il n'était pas nécessaire de
présenter, quelques secondes après le témoignage de sa fille, des images
hautement suggestives pour illustrer le propos du reportage. C'est en ce sens
qu'il se plaint du sensationnalisme.

    DECISION

    Le plaignant reprochait à la journaliste visée par la plainte d'avoir
utilisé des images de sa fille de 16 ans sans son consentement et sous des
prétextes trompeurs.
    Le guide déontologique du Conseil de presse indique, à ce sujet, que la
presse devrait s'abstenir de donner suffisamment de détails susceptibles de
permettre l'identification de jeunes stigmatisés, que ce soit comme victimes,
tiers innocents ou parce qu'ils vivent des difficultés personnelles graves; et
que la presse ne peut se retrancher derrière sa liberté pour éviter de
répondre aux devoirs que lui impose sa présence dans la vie privée de jeunes
personnes vulnérables.
    Le plaignant expliquait que sa fille a été la cible de sarcasmes provenant
de personnes qui l'avaient reconnue à l'occasion du reportage. Or, le
visionnement du reportage montre que les mis-en-cause ont pris des précautions
pour respecter la règle de l'anonymat : le tournage se fait de dos; les
visages ne sont jamais visibles; le reportage utilise plusieurs images
d'autres jeunes filles pour diversifier les plans; les extraits sonores des
deux jeunes filles sont brefs et ne contiennent pas d'information personnelle.
Le grief n'a donc pas été retenu. Le Conseil estime toutefois qu'il aurait été
souhaitable que les mis-en-cause aillent encore plus loin dans ces
précautions, notamment en transformant les voix des jeunes filles mineures
interrogées, compte tenu du sujet du reportage.
    En ce qui a trait au grief pour l'utilisation d'un témoignage sans
consentement ou sous des prétextes trompeurs, il n'a pas été retenu par le
Conseil. Ce dernier a estimé qu'au-delà de formuler ces accusations, le
plaignant n'a ni contredit ni réfuté la réponse des mis-en-cause voulant que
ce soit la jeune fille qui ait donné librement et volontairement son
témoignage, en étant consciente du sujet et du contexte dans lequel il était
traité.
    Le plaignant déplorait également que le reportage ait juxtaposé erronément
des séquences créant une image préjudiciable à sa jeune fille, et
particulièrement d'avoir fait suivre les commentaires de sa fille par des
images plutôt explicites d'une jeune femme qui offre ses charmes à un
"client".
    Après examen, le Conseil a observé que les informations de la journaliste
manquaient de précision dans la séquence précédant celle où la jeune fille
utilise les mots "Moi j'étais naive, puis je l'ai fait.". Bien que la jeune
fille précise qu'il n'est "jamais arrivé d'affaires dangereuses", une mise en
contexte plus précise permettant de distancer la jeune fille de tout acte
légalement ou moralement questionnable aurait été utile. Malgré cette réserve
le grief n'a pas été retenu sur cet aspect, compte tenu de ce dernier
commentaire émis par la jeune fille et rapporté dans le reportage.
    Enfin, en ce qui a trait au grief pour sensationnalisme adressé aux
mis-en-cause, le Conseil n'a pas souscrit à cette opinion du plaignant,
estimant que ni les images, ni les propos de la jeune fille n'ont été
juxtaposés immédiatement aux images de comportement répréhensible comme celles
de la danseuse nue. De plus, ni le ton, ni le contenu du reportage ne
donnaient à penser que la journaliste était mue par une recherche de
sensationnalisme. Le grief n'a donc pas été retenu
    Pour ces motifs, le Conseil de presse rejette la plainte de M. Benoît
Piché contre la journaliste Isabelle Dorais et la station de télévision
TVA-Sherbrooke mais déplore une déficience dans la mise en contexte et
l'absence de modification de la voix de la fille du plaignant.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, infoconseildepresse.qc.ca

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