Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-06-097



    
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    Numéro de dossier : D2007-06-097

    Plaignant           M. Giovanni (Wolfmann) Bruno

    et

    Mis-en-cause        M. Serge Chapleau, caricaturiste
                        M. André Pratte, éditorialiste en chef
                        M. Eric Trottier, directeur de l'information
                        Le quotidien La Presse
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    MONTREAL, le 4 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Giovanni (Wolfmann) Bruno porte plainte contre M. Serge Chapleau pour
manquements déontologiques en regard de comportements discriminatoires ou
racistes dont l'antisémitisme, en regard d'un sujet d'actualité, soit la
rencontre de M. Mario Dumont avec des représentants de la communauté juive,
dans une caricature publiée le 18 juin 2007, sous le titre "Mario Dumont
courtisé par la communauté juive". De plus, le plaignant accuse M. André
Pratte d'énoncer des "faussetés et des demi-vérités" dans sa réponse au
communiqué émis par le B'nai Brith Canada.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Giovanni (Wolfmann) Bruno dénonce la caricature de M. Serge Chapleau,
pour manquements déontologiques et comportements discriminatoires ou racistes
dont l'antisémitisme, dans une caricature parue dans l'édition du 18 juin
2007, représentant M. Mario Dumont dépeint en un juif hassidique. Ainsi, le
caricaturiste associerait la communauté juive à un juif hassidique représenté
avec "des traits défavorables, négatifs, ridicules".
    De plus, le plaignant accuse M. André Pratte d'énoncer des "faussetés et
des demi-vérités" dans sa réponse au communiqué émis par le B'nai Brith
Canada, à la suite de la publication de la caricature. M. Bruno rejette
l'argument de M. Pratte à l'effet que la caricature ne viserait pas la
communauté juive mais Mario Dumont. Or, de son point de vue, M. Dumont et la
communauté juive seraient visés par la caricature.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Philippe-Denis Richard, vice-président,
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    Affaires juridiques, Gesca
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    Me Philippe-Denis Richard rejette l'allégation du plaignant selon
laquelle M. Serge Chapleau, par sa caricature, aurait agi de façon
discriminatoire et antisémite à l'égard de la communauté juive et de la
communauté hassidim.
    Le représentant des mis-en-cause rappelle que le Conseil de presse a
reconnu dans de nombreuses décisions que "la caricature est un genre
journalistique qui confère à ses auteurs une grande latitude" et qu'elle
"constitue un véhicule d'opinions au même titre que l'éditorial", et que la
fonction d'un caricaturiste "est d'illustrer ou de présenter de façon
satirique ou humoristique, un trait, un personnage, un fait ou un événement.
Elle s'inscrit dans un contexte d'actualités qui s'harmonisent avec les
événements".
    En vertu de ces principes, Me Richard conclut que le caricaturiste était
en droit d'utiliser la satire pour décrire l'action de M. Mario Dumont qui
rendait visite à la communauté juive de Montréal et qu'il faut traiter cette
caricature en tenant compte des valeurs culturelles québécoises et canadiennes
et du seuil de tolérance propre à la société nord-américaine. Il estime donc
que M. Chapleau n'a pas manqué de respect face à la communauté juive ou à la
communauté hassidim, ni n'a entretenu de préjugés à leur égard. D'ailleurs
souligne-t-il, rien ne démontre le contraire dans la plainte de M. Bruno. En
somme, selon Me Richard la caricature laissait entendre que M. Dumont était
prêt à se prêter à toute rencontre pour arriver à ses fins.
    Selon lui, un comportement discriminatoire dérogerait aux rapports
civilisés entre individus. Il attaquerait la dignité d'une personne ou d'un
groupe : il s'accompagnerait d'une exclusion et d'une blessure dans sa
dignité. Dans le présent cas, il rappelle que la caricature portait sur un
événement d'intérêt public, soit la rencontre de M. Dumont et de la communauté
juive, dans un but de rechercher des appuis; exprimait la perception que
M. Chapleau tire de ses observations sur un sujet d'actualité; ciblait
M. Dumont comme personnage central avec le caveat que sa prochaine rencontre
serait avec les cyclistes nus du Plateau; ne comportait aucun élément
dérogeant aux rapports civilisés entre individus, n'était pas irrévérencieuse,
ni ne soulevait des sentiments défavorables et de ce fait ne portait atteinte
ni à la dignité, ni à l'honneur de la communauté juive ou hassidique, mais
traduisait en image un choix politique de M. Dumont, à un moment où le
gouvernement en poste présentait son budget à l'Assemblée nationale.
    En outre, M. André Pratte, en répliquant au communiqué émis par le B'nai
Brith Canada qui dénonçait la publication de la caricature, aurait réagi comme
il était en droit de le faire. Selon Me Richard, rien dans la réplique
n'enfreint les règles déontologiques, d'autant que l'opinion de M. Pratte
était d'intérêt public.
    Enfin, le représentant des mis-en-cause souligne qu'il convient d'éviter
le standard de ses propres goûts pour bâillonner tout commentateur puisque ce
serait là marquer la fin de la critique honnête dans notre société.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    De l'avis de M. Giovanni Bruno, cette caricature découlerait d'une
manchette que La Presse a publiée le 14 juin 2007. Il mentionne que l'article
rapportait les rencontres de M. Dumont avec diverses communautés, alors se
demande-t-il, pourquoi M. Chapleau n'a pas choisi de caricaturer un autre
groupe. Il en vient à la conclusion, qu'il était plus facile de prendre la
communauté juive comme cible.
    Le plaignant reconnaît le talent de M. Chapleau, mais soutient qu'il n'en
est pas moins soumis aux règles déontologiques du Conseil de presse. Il ajoute
que l'histoire passée ou récente démontre que les gens hostiles aux juifs ou à
des groupes de juifs ont souvent utilisé des caricatures pour propager leur
antisémitisme. Il est d'avis que la caricature est une arme ou un outil qui
doit être utilisée sans discrimination, sans mépris, sans haine mais aussi
sans préjugés.
    M. Bruno précise que sa plainte dénonçait aussi l'utilisation globale du
terme de la "communauté juive" représentée ici par la "communauté hassidique"
qui, dit-il, ne représente pas tous les juifs, mais plutôt un groupe
minoritaire.
    En terminant, le plaignant dit douter de la sincérité de M. Pratte qui
dans son discours nierait l'antisémitisme. Car, La Presse publierait des
lettres antisémites ou à connotation antisémite, dans le "courrier des
lecteurs". Il conclut en déplorant l'attitude d'un des collaborateurs du
journal, M. Pierre Foglia qui invitait les lecteurs à porter plainte contre le
B'nai Brith pour incitation à l'imbécillité.

    DECISION

    Le Conseil tient tout d'abord à rappeler que la caricature est un mode
d'expression très particulier qui exige une grande économie de traits et de
mots et présente un personnage ou un événement de façon satirique ou
humoristique. Elle demande généralement une lecture qui ne s'arrête pas au
premier niveau.
    M. Giovanni Bruno reprochait à M. Serge Chapleau un comportement
discriminatoire et raciste, dont l'antisémitisme, en regard d'une caricature
publiée le 18 juin 2007. Le plaignant y dénonçait l'association de la
communauté juive à la communauté hassidique, qu'il a représenté par M. Dumont
avec des "traits défavorables, négatifs et ridicules". De plus, selon le
plaignant les hassidiques ne représentent pas toute la communauté mais
constitue un groupe minoritaire. De l'avis des mis-en-cause, la caricature
présentait M. Mario Dumont comme personnage central. Ils affirment que cette
caricature ne portait pas atteinte à la dignité, ni à l'honneur de la
communauté juive ou hassidique, mais traduisait plutôt en image un choix
politique de M. Dumont.
    Bien que la caricature ait pu choquer le plaignant, celle-ci ne
contrevenait pas pour autant à la déontologie et M. Bruno n'a pas démontré en
quoi cette caricature serait antisémite. Au regard de ces principes
déontologiques, M. Chapleau pouvait donc exprimer son opinion sur un sujet
d'intérêt public par le biais d'une caricature satirique. De plus, la
caricature de La Presse n'était pas hors contexte, compte tenu des événements
qui se déroulaient alors en politique québécoise. Le grief est rejeté.
    Au deuxième reproche, le plaignant déplorait que M. Chapleau n'ait pas
ciblé un autre groupe de citoyens, alors que l'article auquel la caricature
référait ne ciblait pas que la communauté juive. Il expose que malheureusement
l'histoire passée et récente démontre que les gens hostiles aux juifs ont
souvent utilisé des caricatures pour propager leur antisémitisme. Le Conseil
ne saurait trop répéter que le choix de traiter d'un sujet et le genre
journalistique choisi pour le faire, relève de la discrétion du média et nul
ne peut dicter à la presse le contenu de l'information sans s'exposer à faire
de la censure ou à orienter l'information. Le grief est rejeté.
    Au troisième reproche, M. Bruno dénonçait l'argument avancé dans la
réponse de M. André Pratte au communiqué émis par le B'nai Brith Canada, à
l'effet que la caricature ne viserait pas la communauté juive mais bien Mario
Dumont. Le plaignant estime que ce sont à la fois M. Dumont et la communauté
juive qui sont visés par la caricature.
    Le B'nai Brith a eu l'occasion de s'exprimer dans les pages de La Presse
à la suite de la publication de la caricature de M. Chapleau et, tel que
reconnu par le guide déontologique du Conseil, M. Pratte pouvait répliquer à
cette lettre. De plus, le Conseil n'a constaté aucune entorse déontologique
dans le contenu de cette réplique. Le grief est rejeté.
    Pour l'ensemble de ces raisons, le Conseil de presse rejette la plainte
de M. Giovanni (Wolfmann) Bruno à l'encontre du caricaturiste M. Serge
Chapleau, de l'éditorialiste en chef, M. André Pratte et du quotidien La
Presse.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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