Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-06-094



    
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    Numéro de dossier : D2007-06-094


    Plaignant           M. Joel Vallières

    et

    Mis-en-cause        M. Félix Tremblay, journaliste
                        M. Pierre Sirois, directeur de l'information
                        L'émission "Le TVA 18 heures"
                        La station CFCM-TVA Québec
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    MONTREAL, le 4 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Joel Vallières porte plainte à l'encontre du journaliste Félix
Tremblay, en regard d'un reportage diffusé sur CFCM-TVA Québec, dans le cadre
de l'émission "Le TVA 18 heures", le 23 mars 2007. Il reproche au journaliste
d'avoir présenté, à 48 heures des élections québécoises, un reportage dont la
chute était partiale et manquait de rigueur.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Joel Vallières porte plainte à l'encontre du journaliste M. Félix
Tremblay pour un reportage, diffusé sur CFCM-TVA Québec, dans le cadre du
bulletin de nouvelles du "TVA 18 heures", le 23 mars 2007, qui, selon lui, "se
serait terminé sur une note fort curieuse". Ce reportage portait sur une
déclaration du Directeur général des élections au Québec (DGEQ), concernant la
possibilité d'aller voter sans dévoiler son visage. M. Vallières reproche au
journaliste d'avoir présenté un reportage avec un cadrage valorisant une
pancarte d'un candidat de l'Action Démocratique du Québec (ADQ), alors que le
reportage n'avait pour objet ni ledit parti, ni ledit candidat.
    Le plaignant soutient que le sujet principal du reportage n'avait aucun
lien avec la campagne électorale en cours. M. Vallières explique avoir discuté
avec un journaliste de TVA, qui lui aurait souligné que l'ensemble des
reportages, diffusés durant une campagne électorale, doivent être considérés
lorsqu'il est question de partialité. N'étant pas satisfait de cette réponse,
M. Vallières prend contact avec le directeur de l'information, M. Pierre
Sirois. Ce dernier lui aurait dit qu'il examinerait le sérieux de la plainte
et agirait en conséquence. Il aurait finalement conclu qu'aucune erreur
n'avait été relevée dans le reportage.

    M. Vallières explique les motifs de sa plainte :

    
    1. Le reportage de M. Félix Tremblay concernait la décision du DGEQ et
       non un parti particulier, soit l'ADQ, en l'occurrence.

    2. Les propos tenus par le journaliste au moment du cadrage de l'affiche
       de l'ADQ sont les suivants : "(...) La modification du DGE à la Loi
       électorale est comme les affiches partisanes, elle n'est bonne que
       pour une seule élection, ce qui signifie (...)". Or, selon le
       plaignant, compte tenu du propos général véhiculé dans ce reportage,
       cette comparaison introduite à cet endroit était maladroite. D'une
       part, elle ne cadrait en rien avec le reportage et semblait donc être
       un prétexte à l'image qui l'appui. D'autre part, le DGE étant un
       organisme non partisan, il était plutôt incorrect de l'associer d'une
       manière ou d'une autre à un parti politique.

    3. Selon M. Vallières, la présentation de l'affiche électorale aurait été
       volontaire puisque le déplacement de quelques centimètres aurait fait
       en sorte qu'elle n'aurait pas été cadrée.

    4. L'image cadrée serait, par ailleurs, techniquement mise en valeur
       puisqu'elle résulterait d'un zoom avant, lequel engageait le
       téléspectateur à fixer davantage son attention sur les éléments
       visuels à l'écran.

    5. Compte tenu du point 3, la présence du journaliste aux côtés de la
       pancarte accréditait ou rehaussait la valeur de cet élément visuel.

    6. Le fait que la scène se déroulait devant les bureaux de la station
       aurait permis, selon M. Vallières, de contrôler les éléments fixes
       présentés à l'écran, et donc aussi le champ visuel.

    7. En tenant compte des éléments ci-haut mentionnés, le plaignant estime
       fondamental de considérer le moment de la diffusion du reportage en
       question, soit au dernier bulletin de nouvelles, 48 heures avant le
       jour de l'élection. Selon lui, l'élection prochaine aurait dû
       rehausser le niveau de rigueur du travail de couverture électorale des
       médias de toute sorte puisque leur impact peut être très grand. Bien
       qu'il dit comprendre qu'une couverture de campagne électorale ne se
       résume pas aux seuls derniers jours, et dit ne pas prétendre un
       travail biaisé par ledit journaliste ou tout autre, il serait
       cependant faux de prétendre que les informations diffusées dans les
       derniers jours aient le même impact que celles diffusées aux premiers
       jours d'une campagne électorale.

    8. Finalement, selon M. Vallières, les paroles du journaliste avec
       l'image à l'appui et en considérant le moment où le reportage a été
       diffusé et les lieux de ce dernier, il y aurait, selon lui, une
       invitation tacite, ne serait-ce que pour une seule élection, à voter
       pour l'ADQ.

    M. Vallières termine en insistant sur l'importance de rehausser le niveau
de rigueur dans le traitement des informations télédiffusées, particulièrement
en campagne électorale. Il souligne s'attendre à un niveau élevé de qualité de
l'information de la part d'un réseau qui diffuse le débat des chefs. Il
souhaite que la pensée éditoriale ne soit pas mise de l'avant au moment de la
diffusion des informations.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Véronique Dubois, conseillère juridique principale,
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    Groupe TVA
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    Par l'entremise de Me Véronique Dubois, les mis-en-cause sont d'avis que
la plainte est non fondée et ce, pour les motifs suivants. Le reportage en
question portait sur la décision du DGE de modifier la Loi électorale afin
d'interdire aux électeurs d'aller voter sans dévoiler leur visage.
    Premièrement, Me Dubois dit noter que lorsque M. Vallières a visionné à
nouveau le reportage, ses impressions étaient "beaucoup moins vives". Comme le
souligne le plaignant, le reportage ne traitait aucunement de l'ADQ, ni
d'ailleurs de quelque parti que ce soit, mais bien uniquement de la décision
du DGE. D'ailleurs, mentionne-t-elle, le journaliste se référait en tout temps
durant le reportage, de façon générale, soit aux "chefs des partis politiques"
ou aux "chefs des grands partis", sans en nommer un en particulier. Le
reportage diffusait aussi des extraits de points de presse de deux candidats,
MM. Mario Dumont et André Boisclair, en réaction à la décision du DGE. Ce
faisant, le journaliste a respecté les principes d'équité et d'impartialité,
souligne Me Dubois.
    La représentante des mis-en-cause mentionne que lorsque le journaliste
conclut son reportage par les mots suivants : "La modification du DGE à la Loi
électorale est comme les affiches partisanes, elle n'est bonne que pour une
seule élection", il est alors devant une affiche de l'ADQ, laquelle illustrait
simplement ses propos sur le caractère éphémère de la décision du DGE, et par
analogie, celle des pancartes électorales. Ainsi, souligne-t-elle, il
s'agissait d'une affiche électorale, rien de plus et il n'y avait aucune
invitation tacite, implicite, subliminale, quelle qu'elle soit visant à
inviter les téléspectateurs à appuyer l'ADQ. Elle ajoute que dans le cadre
d'une campagne électorale, il est très fréquent que des prises de vue, avec en
arrière-plan une affiche électorale, soient mises en ondes.
    Elle termine en rappelant que le reportage de M. Félix Tremblay était
intègre et qu'il n'était aucunement déséquilibré ou partisan. Elle conclut
qu'il serait futile de tenter d'isoler l'image d'une seule pancarte, dans un
reportage donné, pour en tirer des conclusions mal fondées.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Vallières ne partage pas l'analyse de Me Dubois de l'image de la
pancarte qui ne serait selon elle : "(...) qu'une affiche électorale, rien de
plus". Selon M. Vallières, Me Dubois aurait omis dans ses commentaires de
répondre aux aspects techniques de mise en valeur des éléments télévisuels. De
plus, la représentante des mis-en-cause aurait négligé la portée éthique des
éléments de sa plainte - manque de rigueur en campagne électorale, relation
douteuse de l'image (pancarte électorale) avec le sujet traité (DEGQ,
organisme légal non partisan). Selon M. Vallières, en ne prenant pas en compte
les éléments ci-haut décrits, Me Dubois atténue la "curieuse impression" qu'il
avait ressenti à l'écoute du reportage qu'il avait perçu "comme une invitation
tacite" à voter pour l'ADQ.
    Le plaignant estime que Me Dubois se fourvoie quant à l'appréciation de sa
plainte, lorsqu'elle atténue les impressions qu'il aurait eu à la première
écoute du reportage. Il précise que la vigueur d'une émotion ou son intensité
s'altère avec le temps, et c'est pourquoi il mentionnait qu'après avoir
visionné à plusieurs reprises le reportage, "(...) les impressions que j'ai
eues alors sont nettement moins vives". Cependant, le fait de revoir le
reportage lui a permis de comprendre pourquoi il avait été initialement si
remué et d'intellectualiser les éléments du reportage à l'origine de ces
impressions premières.
    Bien que Me Dubois rappelle le contenu du reportage, elle ne fait pas
mention de la comparaison introduite par le journaliste à la fin du reportage
et les images qui l'accompagnent alors, dont la pancarte du candidat de l'ADQ.
M. Vallières précise que le reste du reportage n'est pas l'objet de sa
plainte, bien au contraire. C'est précisément le relâchement de cette rigueur
journalistique, à l'endroit précis où est introduite la comparaison de la
décision du DGEQ avec les affiches et images servant à appuyer cette phrase,
qui l'a interpellé.
    Enfin, souligne-t-il, Me Dubois esquive la teneur de sa plainte par des
propos généraux, lesquels, rappelle-t-il, ne sont pas en cause dans la
présente plainte. Il répète que n'eut été de la comparaison et de l'image qui
l'appuie, le reportage de Félix Tremblay était de bonne qualité, mais tient à
préciser qu'un reportage est un tout.


    DECISION

    Le grief invoqué par M. Joel Vallières concerne un reportage diffusé sur
CFCM-TVA Québec, le 23 mars 2007. Ce dernier portait sur la décision du
Directeur général des élections (DGE) d'interdire aux électeurs d'aller voter
sans dévoiler leur visage. Selon le plaignant, la chute de ce reportage
s'avérait partiale et manquait de rigueur, ce qui aurait pu influencer
indûment le résultat du vote aux élections québécoises du 26 mars 2007.
    Quel que soit l'angle de traitement retenu pour une nouvelle ou un
reportage, les médias et les journalistes doivent transmettre une information
qui reflète l'ensemble d'une situation et le faire avec honnêteté, exactitude
et impartialité. Ils doivent aussi faire preuve de circonspection afin de ne
pas juxtaposer illustrations et événements qui n'ont pas de lien direct entre
eux et qui risqueraient ainsi de créer de la confusion sur le véritable sens
de l'information transmise.
    Le Conseil s'est penché sur le contexte entourant le reportage en cause,
pour déterminer s'il pouvait relever une tentative de manipulation de
l'information de la part du média. Après analyse des éléments soumis à son
attention, le Conseil conclut que l'information rapportée était d'intérêt
public et qu'elle était bien située dans le contexte électoral et que ce
serait faire un procès d'intention à la station que des les accuser de
manipulation. Le Conseil ne souscrit pas au jugement du plaignant selon lequel
les images choisies et leur traitement auraient favorisé un vote pour l'ADQ et
le visionnement du reportage n'a pas confirmé cette affirmation. Le grief est
par conséquent rejeté.
    Au regard des éléments ci-haut mentionnés, le Conseil de presse rejette la
plainte de M. Joel Vallières à l'encontre du journaliste, M. Félix Tremblay et
de la station CFCM-TVA Québec.

       Nathalie Verge, secrétaire générale
       Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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