Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-05-086



    MONTREAL, le 6 fév. /CNW Telbec/ -

    
    Numéro de dossier : D2007-05-086

    Plaignant

                    M. Bernard Desgagné


    et

    Mis-en-cause

                    Mme Julie Miville-Dechêne, journaliste
                    Mme Geneviève Guay, directrice, traitement des plaintes
                    et affaires
                    générales, services français
                    L'émission "Le Téléjournal"
                    La Société Radio-Canada
    

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Bernard Desgagné porte plainte contre un reportage de Mme Julie
Miville-Dechêne diffusé lors de l'édition de 22 heures du "Téléjournal" le
8 mars 2007. Le plaignant reproche à la journaliste d'avoir participé à une
opération orchestrée par la Société Radio-Canada et le quotidien La Presse
visant à ternir la réputation de M. Robin Philpot, celle du Parti Québécois et
des militants indépendantistes, en véhiculant erreurs et insinuations au sein
du reportage.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Bernard Desgagné affirme que le reportage diffusé par la Société
Radio-Canada était une opération montée par cette dernière et le quotidien La
Presse dans le but de discréditer M. Robin Philpot et de nuire au mouvement
indépendantiste québécois.
    Selon le plaignant, le lancement du reportage, fait par Bernard Derome,
présenterait M. Robin Philpot comme l'alter ego péquiste de M. Jean-François
Plante. Pour M. Bernard Desgagné, l'écrivain y est associé à un personnage
grotesque. Cette impression serait renforcée par l'assertion de Bernard Derome
selon laquelle "depuis le début de la campagne, le Parti Québécois avait été
épargné par ce genre de controverse, et bien plus maintenant". Pour le
plaignant, MM. Robin Philpot et Jean-François Plante ne pouvaient être
comparés. Il ajoute qu'au fil des années, le réseau aurait habitué le public,
sous prétexte d'équilibre de sa couverture, à des comparaisons sommaires ou
les torts des uns valent ceux des autres.
    Le plaignant considère que l'entrée en matière du reportage de Mme
Miville-Dechêne était destinée à semer le doute sur la crédibilité de M. Robin
Philpot dans l'esprit du public. Il explique que quand la journaliste rapporte
que ce dernier cherche la controverse, elle affirmerait que ses enquêtes,
analyses et livres n'auraient été faits que dans le but d'entretenir des
points de vue contradictoires et nourrir les antagonismes et non afin de faire
ressortir la vérité.
    M. Desgagné ajoute que, selon Mme Julie Miville-Dechêne, les
indépendantistes se délecteraient d'un des précédents ouvrages de M. Robin
Philpot intitulé "Les Secrets d'Option Canada". De son avis, le public en
conclurait que c'est un ouvrage biaisé. La journaliste émettrait un jugement
selon lequel "Ca ne s'est pas passé comme ça à Kigali", l'ouvrage dont il est
question dans le reportage, serait encore plus controversé. Pour le plaignant,
la journaliste a émis des jugements de valeur et non des observations
objectives. Selon lui, si Mme Julie Miville-Dechêne avait voulu faire une
présentation objective de l'auteur, elle aurait donné une description sommaire
du contenu de ce premier ouvrage.
    Le plaignant se demande si il était légitime que la Société Radio-Canada
aborde le sujet d'un ouvrage paru il y a quatre ans en pleine campagne
électorale et dans quelle mesure il ne s'agissait pas, par ce biais, de nuire
à M. Robin Philpot ainsi qu'au Parti Québécois. Il se demande également si le
fait d'évoquer la question du génocide rwandais, en période électorale,
pouvait se justifier autrement que par une volonté de salir la réputation d'un
candidat.
    M. Desgagné ajoute qu'il s'élève avec vigueur contre la participation de
la Société Radio-Canada à ce qu'il pense être une campagne de désinformation
menée par le quotidien La Presse. De son avis, la Société Radio-Canada est un
organisme public et elle ne peut, de par son statut, s'associer à ce qu'il
qualifie comme étant de la propagande.
    Le plaignant explique que, dans son reportage, Mme Julie Miville-Dechêne
reprend le titre du quotidien La Presse, "Un candidat du PQ nie le génocide
rwandais" et que le public peut voir celui-ci à l'écran. De son avis, un
article provenant d'autres sources, destiné à faire scandale et portant sur un
sujet déjà abondamment débattu, serait injustement devenu une nouvelle en soi.
De plus, le plaignant estime que la suite du reportage vise à accréditer la
thèse selon laquelle M. Robin Philpot serait un menteur.
    Dans le reportage ainsi que dans la présentation de M. Bernard Derome, M.
Philpot serait présenté comme une personne qui se défend d'avoir nié le
génocide rwandais. Or, et ce faisant, ce dernier serait assimilé à un
négationniste, ce que M. Desgagné conteste. De son avis, le livre de M.
Philpot présente à la fois une réponse à la question de savoir pourquoi les
deux ethnies que sont les Tutsis et les Hutus se livraient une guerre ethnique
depuis de si nombreuses années ainsi qu'une explication concernant ce qui
s'est déroulé entre les années 1990 et 1994, ce qui prouverait que l'auteur ne
soutient nullement la thèse négationniste. Pour le plaignant, ce qui est
dénoncé par l'ouvrage est l'usage du terme "génocide" afin de camoufler les
causes véritables du massacre.
    Le plaignant ajoute que la journaliste n'a pas mentionné que le Président
actuel du Rwanda, M. Paul Kagamé, était l'un des chefs du Front patriotique
rwandais et qu'il vivait actuellement dans l'impunité, alors qu'il est
probablement l'auteur de plusieurs attentats.
    De l'avis de M. Desgagné, la journaliste s'est gardée de présenter des
opinions divergentes au sens où, après avoir interrogé M. Philpot, elle s'est
tournée exclusivement vers des personnes appartenant à l'ethnie des Tutsis.
    Le plaignant lui reproche également d'avoir passé sous silence
l'intégralité, ou presque, des arguments contenus dans le livre en question.
Pour lui et dans l'hypothèse où elle avait vraiment lu l'ouvrage, elle a
sciemment trompé le public en détournant le sens de celui-ci.
    M. Desgagné reproche finalement à Mme Julie Miville-Dechêne de s'être
servie du témoignage d'une femme victime de viols. Cette dernière serait
présentée de façon caricaturale. Le reportage laisserait voir son visage
attristé disant qu'elle "trouvait ça écoeurant" et donnant l'impression que M.
Robin Philpot niait les actes dont elle a pu être victime, ce que le plaignant
conteste.
    Pour lui, la dimension la plus dommageable du reportage mené par la
Société Radio-Canada serait l'opération qui consiste à répéter les thèses
officielles pour faire oublier les causes profondes d'un drame.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE


    Commentaires de Mme Geneviève Guay, directrice, traitement des plaintes
    et affaires générales, services français
    -----------------------------------------------------------------------

    Mme Geneviève Guay nie que la Société Radio-Canada ait, comme l'affirmait
le plaignant, répandu des faussetés concernant M. Robin Philpot. Pour
celle-ci, le coeur du reportage portait sur les thèses de ce dernier au sujet
du génocide du Rwanda. Pour ce qui est de l'article publié par le quotidien La
Presse le même jour, Mme Geneviève Guay affirme qu'il s'agissait d'un sujet
d'intérêt public incontournable durant la campagne électorale. Après
publication de cet article et par voie de communiqué, M. Philpot a fait
entendre son point de vue à l'écran, affirmant qu'il n'avait jamais nié
l'existence d'un génocide au Rwanda et que celui-ci figurait parmi les plus
grandes tragédies du 20ème siècle.
    De l'avis de Mme Guay, ces déclarations politiques ont été relatées dans
un premier reportage, précédant celui de Mme Julie Miville-Dechêne. Le mandat
de cette dernière était celui de l'épreuve de faits, c'est-à-dire qu'elle
devait faire la comparaison entre les déclarations présentes et passées des
candidats. La journaliste a donc lu les chapitres pertinents du livre de
M. Robin Philpot, paru en 2004, pour tenter d'établir si les récentes
déclarations du candidat étaient en accord avec ses écrits passés, avant qu'il
fasse le saut en politique. Après investigation, Mme Miville-Dechêne serait
arrivée à la conclusion que l'auteur avait changé de discours.
    Pour la représentante des mis-en-cause, M. Philpot n'écrit jamais avoir
nié le génocide mais elle se demande toutefois si il y a une grande différence
entre nier le génocide et rejeter l'utilisation du terme "génocide". En
juxtaposant les écrits passés et les propos du jour de l'écrivain, la
journaliste aurait démontré que le discours s'est modifié entre 2003 et 2007
au sens où le candidat n'utilise plus les formules chocs de son livre. De son
avis, il aurait adouci son message pour finalement reconnaître qu'il y aurait
peut-être eu actes génocidaires.
    En ce qui à trait au reproche du plaignant concernant le fait que Mme
Miville-Dechêne aurait ignoré les questions intéressantes posées par l'ouvrage
de M. Philpot sur les événements entourant le génocide, Mme Guay reconnaît que
le contexte historique est effectivement important pour mieux comprendre les
événements mais que celui-ci ne pouvait être rapporté dans un reportage d'une
durée de 2 minutes 30.
    Le plaignant reprochait également à la journaliste de n'avoir fait
entendre que des témoignages d'individus appartenant à la tribu tutsie et ce,
sans présenter de contrepartie hutue. De l'avis de la représentante de la
mise-en-cause, si ce point de vue n'est pas rapporté, c'est parce que M. Robin
Philpot, interrogé à trois reprises, a un point de vue essentiellement
semblable à celui des Hutus, à savoir que la notion de génocide des Tutsis est
contestable.
    Sur la question des viols, Mme Guay explique qu'en réponse à la thèse
exprimée par M. Robin Philpot et selon laquelle certains hauts dignitaires
accusés de viols seraient en réalité innocents, la Société Radio-Canada a
choisi de présenter le témoignage d'une réfugiée. Pour la représentante de la
mise-en-cause, le fait que le plaignant ait qualifié ce témoignage de
caricatural revient à nier que celui-ci soit crédible.
    Lors de l'introduction, M. Bernard Derome évoquait deux incidents
différents dans la présentation des reportages sur la campagne électorale. Le
lien entre les deux candidats ne portait que sur le fait que ce jour-là, deux
chefs de partis ont eu à prendre position sur des déclarations d'un de leurs
candidats et ne comportait, à son avis, aucun sous-entendu.
    Concernant le reproche de M. Desgagné selon lequel l'entrée en matière du
reportage donne l'impression que M. Robin Philpot cherche à entretenir la
polémique par ses écrits et non à faire ressortir la vérité, Mme Geneviève
Guay soutient que ce dernier aime le choc des idées, en précisant toutefois
qu'il ne s'agit nullement d'une notion péjorative.
    Dans le cadre du reportage, on peut entendre que ""Les Secrets
d'Option-Canada" avait fait le bonheur des indépendantistes". Pour la
représentante des plaignants, cette affirmation ne signifiait nullement que
cet ouvrage était suspect ou biaisé. Celle-ci n'avait pour but que de situer
M. Robin Philpot comme un indépendantiste de longue date, reconnu des
militants ce qui, en fonction des auditeurs, augmentera ou réduira sa
crédibilité.
    Mme Geneviève Guay affirme qu'en aucun cas les raisons qui ont amené la
Société Radio-Canada à traiter de ce sujet ne sont en rapport avec une
quelconque entente avec le quotidien La Presse. Selon elle, lorsqu'un média
concurrent, quel qu'il soit, publie une information importante, il est normal
de la reprendre.
    Concernant l'affirmation du plaignant selon laquelle la Société
Radio-Canada chercherait à détruire systématiquement la crédibilité du Parti
Québécois, Mme Guay rappelle que les politiciens indépendantistes s'expriment
régulièrement et ouvertement sur les ondes de son réseau et que nombreux sont
les observateurs à penser que celui-ci fait la promotion de l'indépendance
québécoise comme le contraire.
    Mme Geneviève Guay conclut que le reportage de Mme Miville-Dechêne ne
peut être évalué selon les mêmes critères qu'une enquête approfondie sur le
Rwanda puisqu'il s'agissait d'un court reportage destiné à mettre en
perspective les opinions d'un candidat sur le sujet du génocide. Elle ajoute
que la journaliste n'a émis aucun jugement de valeur, qu'elle a seulement
opposé les écrits passés et le discours actuel de M. Robin Philpot en montrant
que les thèses de ce dernier suscitaient la controverse auprès de la
population réfugiée tutsie.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Bernard Desgagné observe que Mme Julie Miville-Dechêne n'avait pas lu
intégralement le livre de M. Robin Philpot avant de réaliser son reportage. De
son avis, la Société Radio-Canada aurait dû faire appel à un journaliste qui
avait pris connaissance du dossier et aurait dû veiller à ne pas faire croire
au public que la journaliste avait lu le livre.
    Le plaignant s'oppose à l'avis mentionné dans le reportage selon lequel
M. Robin Philpot est une personne qui aime la controverse et dont les livres
font le bonheur des indépendantistes. De son avis, l'objectif premier de
l'écrivain est la quête de vérité. Il ajoute que lorsque l'on affirme qu'une
personne "aime la controverse", l'auditeur comprend que cette personne a
l'esprit de contradiction et que lorsque l'on dit que des livres "font le
bonheur des indépendantistes", cela sous-entend qu'ils sont biaisés.
    De l'avis de M. Desgagné, Mme Miville-Dechêne a insinué que M. Philpot
avait changé de position en devenant candidat pour la Parti Québécois alors
que ce ne serait pas le cas. Pour lui, la journaliste a tenté de lui faire
dire autre chose que ce qu'il avait déclaré au quotidien La Presse et ce, afin
de ternir sa réputation. Le plaignant ajoute que la télévision se prête
particulièrement bien aux manipulations puisque les reportages, généralement
brefs, ne permettent pas d'entrer dans les détails. En retenant seulement un
court extrait de l'entrevue, "j'appelle ça un génocide, le titre de La Presse
est mensonger", la journaliste a fait dire à M. Robin Philpot autre chose que
ce qu'il pensait véritablement.
    Il ajoute que Mme Geneviève Guay a reconnu que le reportage de Mme Julie
Miville-Dechêne avait associé M. Robin Philpot au courant négationniste. Il
s'étonne que de tels propos, au ton nettement éditorial, aient pu être émis
dans le cadre d'un reportage et a fortiori d'une épreuve des faits.
    M. Bernard Desgagné remarque que la journaliste a abordé le problème des
viols dans son reportage mais qu'elle a passé sous silence la violation des
règles de droit par le Tribunal pénal international rwandais et par le
gouvernement de Paul Kagamé. Il ajoute que si la journaliste avait
véritablement voulu faire l'épreuve des faits, elle se serait aperçue que
Jean-Paul Akayesi n'a jamais été condamné pour viol, ni même été accusé de ce
crime.
    Le plaignant précise qu'il n'a pas voulu dire que la victime était une
caricature mais bien que le reportage en avait fait une présentation
caricaturale. De son avis, dire qu'une femme a été violée cinq cents fois sans
donner aucune explication ne peut que soulever des interrogations chez toute
personne raisonnable. Compte tenu du peu de temps dont la journaliste
disposait pour le reportage, M. Bernard Desgagné pense qu'il aurait été
préférable que la journaliste dise que la femme avait été victime à de
multiples reprises de viols collectifs.
    Il ajoute qu'en plus de ne pas avoir lu l'intégralité du livre de M.
Robin Philpot, la journaliste n'a pas retenu d'autres points de vue que celui
du principal intéressé et de ses opposants. Ce faisant, elle aurait adopté une
attitude biaisée. Le plaignant pense qu'elle aurait agi ainsi en toute
connaissance de cause afin de tromper le public.
    En ce qui a trait à l'objectivité de la Société Radio-Canada, M. Bernard
Desgagné conclut que le fait que le réseau reçoive des plaintes de
fédéralistes ne prouve en rien qu'elle est objective dans son traitement de
l'information.

    COMPLEMENT D'INFORMATION


    N.B. : Les informations suivantes visent à compléter le dossier. Aucun
    nouveau grief ne pourra y être soulevé, il s'agit d'informations
    nouvelles et nécessaires à la bonne compréhension de la décision rendue
    par le Conseil.
    -----------------------------------------------------------------------

    A l'affirmation selon laquelle Mme Julie Miville-Dechêne n'aurait pas lu
le livre de M. Robin Philpot, celle-ci rétorque qu'elle a lu une centaine de
pages, soit la moitié du livre, et qu'elle a survolé le reste. Elle précise
que le reportage ne visait pas à faire le compte rendu complet du livre ou
expliquer l'histoire récente du Rwanda mais que son objectif était bien de
vérifier si M. Philpot avait changé de discours sur le génocide rwandais
depuis l'annonce de sa candidature.
    Elle affirme que ce dernier a changé de discours entre 2004 et 2007
puisqu'il disait auparavant rejeter l'utilisation du terme "génocide" pour
décrire les tueries au Rwanda et qu'il reconnaît maintenant qu'il y a
peut-être eu un génocide ou des actes génocidaires. Elle rejette également
l'idée selon laquelle elle se serait appuyée sur des opinions pour affirmer
que M. Philpot avait changé de discours et dit ne s'être basée que sur ses
écrits pour ce faire. Pour le plaignant, l'auteur n'a jamais nié le génocide,
tout au plus a-t-il dénoncé l'utilisation qui a été faite de ces termes.
    La journaliste rejette la possibilité qu'il y ait eu concertation entre
elle et le journaliste du quotidien La Presse auteur de l'article. Elle
précise ne jamais l'avoir rencontré et avoir fait ses propres vérifications
ainsi qu'entrevues sur le sujet. M. Bernard Desgagné estime qu'il n'est pas
nécessaire que les deux journalistes se soient rencontrés, il suffit que leurs
supérieurs respectifs se soient servis d'eux dans ce but.
    Pour Mme Miville-Dechêne, l'information selon laquelle M. Jean-Paul
Akayesu s'est contenté de ne pas empêcher des viols est inexacte. Elle cite
une partie du jugement du Tribunal pénal international du Rwanda afin d'étayer
l'idée que ce dernier a ordonné, incité et encouragé des viols. Pour le
plaignant, cet extrait n'a pas autorité étant donné que les règles
élémentaires du droit n'ont pas été respectées dans le cadre du procès.
    Contrairement à l'affirmation du plaignant selon laquelle le reportage
serait biaisé, la journaliste explique avoir donné davantage de temps
d'antenne à M. Robin Philpot qu'à ses adversaires. Ce dernier s'exprimerait à
quatre reprises pour un total de 30 secondes tandis que le président de
l'Association tutsi parlerait quinze secondes et la victime de viol huit
secondes. Elle précise que dans le reportage qui précède le sien, c'est le
même point de vue qui prédomine puisque M. André Boisclair prend la défense de
son candidat lors de deux interventions de huit et quinze secondes chacune.
Toutefois et pour le plaignant, cela ne justifie en rien le fait que la
journaliste aurait dû faire appel au point de vue d'un tiers.


    DECISION

    M. Bernard Desgagné porte plainte contre la Société Radio-Canada pour
avoir diffusé, lors du téléjournal de 22 heures le 8 mars 2007, un reportage
sur le candidat du Parti Québécois et auteur M. Robin Philpot. Il reproche à
Mme Julie Miville-Dechêne, journaliste, d'avoir voulu y discréditer celui-ci,
son parti ainsi que les indépendantistes québécois en véhiculant des
conclusions erronées tirées de son ouvrage publié en 2004 et intitulé "Ca ne
s'est pas passé comme ça à Kigali".
    Les organes de presse et les journalistes ont le devoir de livrer au
public une information complète, rigoureuse et conforme aux faits et aux
événements. La rigueur intellectuelle et professionnelle dont ils doivent
faire preuve représente la garantie d'une information de qualité. Elle ne
signifie aucunement sévérité ou austérité, restriction, censure, conformisme
ou absence d'imagination. Elle est plutôt synonyme d'exactitude, de précision,
d'intégrité, de respect des personnes et des groupes, des faits et des
événements.
    Le plaignant soutenait que M. Philpot n'avait jamais, et bien que le
quotidien La Presse ait publié un article affirmant le contraire, nié le
génocide rwandais dans son ouvrage paru en 2004. Sa position n'aurait donc pas
évolué entre cette date et aujourd'hui. Son point de vue aurait ainsi été
manipulé dans le reportage et ce, afin de le faire passer pour un
négationniste. Pour M. Desgagné, Mme Miville-Dechêne n'aurait de plus pas dû
être affectée à la couverture de ce sujet puisqu'elle n'avait pas lu
l'intégralité de l'ouvrage en question et qu'elle n'avait que peu de
connaissances sur la question du génocide rwandais.
    Après avoir fait lecture des chapitres correspondants, on constate que,
si M. Philpot préfère parler de "catastrophe" ou de "tragédie" dans son
ouvrage plutôt que de "génocide", c'est parce qu'il doute que les thèses
officielles reflètent parfaitement la réalité et non parce qu'il nie les
crimes commis. A ce titre, le Conseil n'a pu isoler aucune inexactitude dans
le reportage de Mme Miville-Dechêne.
    Le choix d'affecter Mme Miville-Dechêne à la couverture de cette
information relevait de la direction de la salle de rédaction de la Société
Radio-Canada. De plus, puisque celle-ci était officiellement en charge de la
réalisation de vérification de faits durant la campagne électorale, il était
légitime qu'elle soit affectée à la couverture de cette information.
    M. Desgagné mentionnait également que, lors de la présentation des
reportages de Mmes Josée Thibeault et Julie Miville-Dechêne, M. Bernard Derome
aurait présenté M. Philpot comme l'alter ego péquiste d'un candidat
démisionnaire de l'ADQ, ce qui aurait eu pour résultat d'assimiler celui-ci à
un personnage qu'il qualifie de grotesque.
    Après analyse, le Conseil conclut que, si l'on se réfère aux propos de
Bernard Derome, tout au plus peut-on comprendre que certaines positions du
candidat du Parti Québécois et de ceux des partis opposés, sans toutefois
qu'il ne soit fait mention du candidat de l'ADQ en particulier, avaient
récemment suscité la controverse. Ainsi et bien que l'on ne puisse écarter la
possibilité que l'auditeur ait pu se remémorer les événements qui ont entouré
la campagne du candidat de l'ADQ, les propos de Bernard Derome n'assimilaient
pas M. Philpot à un "personnage grotesque".
    Le plaignant reprochait aussi à Mme Miville-Dechêne d'avoir fait mention
de son opinion et occulté le témoignage des sympathisants de M. Philpot, ainsi
que d'avoir passé sous silence bon nombre des informations et arguments qu'il
présentait dans son ouvrage.
    Une analyse minutieuse de ces différents griefs n'a pas permis au Conseil
de constater, sur ces aspects, un manque de rigueur dans le travail de la
journaliste. A cet égard, seul le format d'un court reportage d'épreuve des
faits choisi par la rédaction pouvait peut-être donner au plaignant
l'impression que le travail journalistique n'était pas complet ou suffisant.
    Les médias et les professionnels de l'information doivent traiter
l'information recueillie sans déformer la réalité. En effet, l'exagération
ainsi que l'interprétation abusive des faits et des événements pourraient
risquer d'induire le public en erreur quant à la valeur et à la portée réelles
des informations qui lui sont transmises.
    Selon le plaignant, Mme Miville-Dechêne aurait instrumentalisé le
témoignage d'une victime de viols en présentant, sans mise en contexte, le
nombre d'agressions dont elle témoigne, ce qui aurait laissé à l'auditeur
l'impression que M. Philpot, qui conteste dans son ouvrage la véracité de
certains de ces crimes, nierait que la victime ait effectivement vécu de tels
sévices.
    Le Conseil de presse est d'avis que la mise en contexte était suffisante
pour que l'auditeur comprenne que M. Philpot ne niait pas les crimes
personnellement subis par cette victime de viol.
    De l'avis de M. Desgagné, le quotidien La Presse et la Société
Radio-Canada auraient orchestré une opération de "salissage" afin de nuire à
M. Philpot ainsi qu'au Parti Québécois.
    L'analyse a permis au Conseil de conclure que l'affirmation du plaignant
est erronée. En effet, une partie non négligeable du reportage est consacrée à
la présentation des arguments de M. Philpot et il est par ailleurs indéniable
que cette information était d'intérêt public.
    Au vu de tout ce qui précède, le Conseil de presse rejette la plainte de
M. Bernard Desgagné contre la journaliste Mme Julie Miville-Dechêne et la
Société Radio-Canada.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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