Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-05-085



    
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    Numéro de dossier : D2007-05-085

    Plaignante          Mme Valérie Dufour

                        et

    Mis-en-cause        M. Gilles Lévesque, journaliste et rédacteur en chef
                        M. Renel Bouchard, directeur général
                        L'hebdomadaire Le Canada Français
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    MONTREAL, le 6 fév. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Valérie Dufour, journaliste au quotidien Le Journal de Montréal,
dépose une plainte contre le journaliste et rédacteur en chef de
l'hebdomadaire Le Canada Français de Saint-Jean-sur-Richelieu, M. Gilles
Lévesque. Elle reproche au mis-en-cause d'avoir diffusé des informations
inexactes et incomplètes ainsi que d'avoir fait preuve de partialité dans son
article intitulé "Saint-Jean veut aussi séduire les jeunes médecins", paru
dans l'édition du 14 février 2007.

    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    Dans un article du journal Le Canada Français paru dans l'édition du
14 février 2007, M. Gilles Lévesque informe le public d'un projet entrepris
par la Corporation Fort Saint-Jean, un organisme sans but lucratif gérant le
campus de l'ancien Collège militaire royal de Saint-Jean. Cette corporation
avait récemment décidé de fournir gratuitement des maisons du campus à des
médecins afin de les inciter à venir pratiquer dans la région. La plaignante,
Mme Dufour, avait rédigé un article sur le sujet quelques jours auparavant, le
4 février 2007, dans Le Journal de Montréal. Dans son article, elle indiquait
les coûts des travaux effectués dans les logements en question, et donnait la
parole à des personnes contestant l'initiative de la Corporation.
    La plaignante, Mme Dufour, considère que le journaliste M. Gilles
Lévesque a rédigé un article comportant des informations inexactes et
incomplètes. Il aurait également fait preuve de partialité. Elle indique
notamment en ce qui a trait à l'inexactitude et au manque d'exhaustivité de
l'information que M. Lévesque "a choisi de ne pas résumer" la nature des
prestations (gratuité du logement et de charges telles que le chauffage,
l'électricité, le téléphone, la connexion Internet...) généreusement fournies
aux médecins dans le cadre de l'action de la Corporation du Fort Saint-Jean.
La plaignante reproche encore au journaliste de ne pas avoir mentionné qu'il
n'y avait pas dans la région de pénurie de praticiens dans les spécialités
qu'exercent ceux logeant actuellement sur le site géré par la Corporation.
    L'autre volet de la plainte concerne les accusations de partialité dans
l'article rédigé par M. Lévesque. Le début de l'article évoque celui écrit
quelques jours plus tôt par la plaignante, et publié dans Le Journal de
Montréal. A ce sujet, il rapporte les propos du président du conseil
d'administration de la Corporation Fort Saint-Jean qui laisse entendre que le
point de vue adopté par la journaliste dans son article fait suite au refus de
la Corporation de la laisser visiter les logements mis à la disposition des
médecins. La plaignante reproche en particulier à M. Lévesque de ne pas avoir
vérifié cette information avant publication et de s'être adressé à cette
unique source qui apporte une information biaisée.
    La plaignante souligne enfin qu'elle a envoyé un courriel à l'éditeur et
au journaliste de l'hebdomadaire Le Canada français pour leur faire part de
ses récriminations. Ce courriel est resté sans réponse.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Renel Bouchard, directeur général
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    M. Bouchard critique l'article de Mme Dufour, qu'il juge court et
sensationnaliste. D'après lui, c'est avant tout le fait d'avoir vu sa
réputation mise à mal dans l'article de M. Lévesque, bien plus que la défense
du droit du public à une information exacte dont elle se réclame, qui aurait
guidé Mme Dufour dans le dépôt de sa plainte contre Le Canada français.
    Dans la suite de son commentaire, le mis-en-cause analyse les divergences
des deux journalistes sur le fond de l'article publié dans Le Canada français.
Mme Dufour reprochait à M. Lévesque d'avoir adopté un point de vue vantant
l'initiative de la Corporation, alors que selon elle, il n'y avait pas de
raison valable pour loger gratuitement les trois médecins demeurant
actuellement sur le campus, puisqu'il n'y aurait pas de pénurie dans la région
pour les spécialités dans lesquelles ils exercent. M. Bouchard répond à ce
reproche en affirmant que la pénurie de praticiens dans certaines spécialités
ne fut pas le critère au fondement du projet de la Corporation. Il ajoute que
l'action de la Corporation n'est pas uniquement destinée aux trois médecins
hébergés actuellement sur le campus, mais que les logements sont à la
disposition de divers professionnels de la santé dont les spécialités de
certains font cruellement défaut dans la région.
    Une autre divergence de points de vue entre les deux journalistes
concerne le statut de la Corporation Fort Saint-Jean et, en conséquence, sa
compétence pour engager ou non ce type de projet. Dans son article rédigé pour
Le Journal de Montréal, Mme Dufour expliquait que la Corporation Fort
Saint-Jean gère le site de l'ancien Collège militaire royal au nom du
ministère de la Défense nationale et perçoit donc ses subventions du
gouvernement fédéral. Ainsi, selon elle, la vocation de la Corporation étant
de servir les militaires, celle-ci apparaît difficilement compatible avec
l'organisation d'un projet destiné à loger gratuitement des médecins. A
contrario, les mis-en-cause estiment que la Corporation, créée lors de la
fermeture du Collège militaire royal, est un organisme entièrement civil
destiné à trouver de nouvelles vocations au site pour atténuer les effets
négatifs de cette fermeture sur le dynamisme socio-économique de la région.
Selon eux, l'action actuelle de la Corporation s'inscrirait donc parfaitement
dans cette voie et mériterait d'être soulignée de façon méliorative.
    M. Bouchard fait globalement ressortir les divergences de conceptions des
deux journalistes quant au traitement de l'information régionale. Il achève
d'ailleurs son commentaire par ce point, indiquant que Mme Dufour n'a selon
lui pas su appréhender les effets positifs de l'initiative de la Corporation
Fort Saint-Jean sur les activités de la région et que de ce point de vue,
l'article de la journaliste lui apparaît nettement partiel en comparaison de
celui rédigé par M. Lévesque pour Le Canada français.

    REPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    La plaignante précise également en préambule de sa réplique que ce n'est
pas son article qui est en cause mais bien l'article rédigé par M. Lévesque
pour Le Canada français.
    Concernant les motifs centraux de sa plainte et les divergences de points
de vue entre elle et M. Lévesque, Mme Dufour rappelle que la Corporation Fort
Saint-Jean est gérée par le ministère de la Défense nationale et subventionné
par le gouvernement fédéral. Ainsi, il était tout à fait justifié d'après elle
de s'interroger sur l'initiative de la Corporation de loger gratuitement des
médecins sur le campus du Fort en utilisant les fonds versés par ce ministère
fédéral.
    La plaignante réitère par ailleurs ses accusations de partialité à
l'encontre des mis-en-cause.  Selon elle, dans l'article publié dans Le Canada
français, ces derniers visent plus à favoriser le développement économique de
la région qu'à livrer une information exacte et objective. D'après elle, il
aurait été judicieux de la part de M. Lévesque de faire état de plusieurs
sources dans son article, comme elle l'a fait elle-même dans le sien. Car,
cette initiative de la Corporation n'est pas saluée de manière unanime par les
habitants de la région, précise-t-elle. L'utilisation des fonds de la
Corporation pour ce projet soulève divers mécontentements, qu'elle a cru bon
de relever dans son article, mais qui sont absents de celui publié dans Le
Canada français.

    DECISION

    La plaignante, Mme Valérie Dufour, journaliste au quotidien Le Journal de
Montréal, accusait le journaliste et rédacteur en chef du quotidien Le Canada
français, M. Gilles Lévesque, d'avoir livré une information inexacte et
incomplète au sujet d'une décision de la Corporation Fort Saint-Jean, soit de
mettre gratuitement à la disposition de médecins des logements situés sur le
campus de l'ancien Collège militaire royal Saint-Jean. Ces défauts
d'informations et d'inexactitudes sont renforcés, selon la plaignante, par
l'utilisation de la part du journaliste d'une unique source d'information, qui
ne permet pas le respect de l'équilibre dans le traitement du sujet.
    Le Conseil de presse tient d'abord à rappeler les principes inscrits dans
son guide déontologique ayant trait à la discrétion rédactionnelle des
journalistes. Ainsi, l'information livrée au public fait nécessairement
l'objet de choix. La façon de présenter et d'illustrer l'information, relève
du jugement rédactionnel et demeure une prérogative des médias et des
professionnels de l'information. Il est également stipulé dans le guide
déontologique du Conseil que nul ne peut dicter à la presse le contenu de
l'information.
    Dans le cas présent, le Conseil de presse estime que le journaliste
pouvait choisir d'axer son article sur l'impact positif de l'initiative de la
Corporation Fort Saint-Jean d'héberger gratuitement des médecins sur son
campus afin de les inciter à pratiquer leur activité dans la région. Les
divergences de points de vue des deux journalistes quant à l'initiative de la
Corporation prouvent bien que chaque journaliste est en droit de traiter
l'information selon son propre jugement rédactionnel. En outre, le journaliste
du quotidien Le Canada français s'est informé auprès d'une source crédible, à
savoir le président du conseil d'administration de la Corporation, M. Alain
Beauchamp. Il ne peut donc lui être reproché d'avoir commis des entorses à
l'éthique journalistique dans sa collecte et son traitement de l'information.
    Le Conseil rejette donc les griefs ayant trait aux manquements en regard
de l'exactitude, de l'équilibre et de l'exhaustivité de l'information.
    La plaignante reprochait également au mis-en-cause d'avoir fait preuve de
partialité et de manque de rigueur en rapportant dans son article certains
propos de M. Beauchamp à son endroit. Ces propos, du président du conseil
d'administration de la Corporation Fort Saint-Jean, constituent une répartie à
l'article rédigé par la plaignante au sujet de la Corporation et le
journaliste a choisi de laisser s'exprimer M. Beauchamp à ce sujet. Ce choix
rédactionnel ne peut lui être reproché. En outre, de la même façon, la
plaignante avait choisi de ne pas publier le point de vue de M. Beauchamp dans
son propre article. Le grief est rejeté.
    Le guide déontologique du Conseil de presse préconise que les
journalistes prennent tous les moyens nécessaires pour vérifier l'authenticité
des informations qu'ils obtiennent de leurs sources. Ainsi, le Conseil estime
qu'il aurait été avisé de la part du journaliste de contacter l'intéressée,
Mme Dufour, afin de vérifier auprès d'elle que les informations contenues dans
le commentaire de M. Beauchamp à son sujet étaient exactes. De connaître la
version des faits de cette dernière aurait permis de respecter plus
scrupuleusement le principe d'impartialité auquel doivent souscrire les
journalistes dans la collecte et le traitement de l'information.
    Pour l'ensemble des raisons exposées et sous réserve de ce dernier
commentaire, le Conseil rejette la plainte de Mme Valérie Dufour à l'encontre
de M. Gilles Lévesque et de l'hebdomadaire Le Canada français.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818

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Conseil de presse du Québec

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