Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-04-082



    
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    Numéro de dossier : D2007-04-082

    Plaignant           Télé Inter-Rives Ltée
                        M. Pierre Harvey, directeur de CKRT-TV

    et

    Mis-en-cause        M. Martin Pelletier, animateur et journaliste
                        M. Daniel St-Pierre, directeur de l'information
                        L'émission "Bonjour Grand Portage"
                        La station radiophonique Ciel-FM

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    MONTREAL, le 6 fév. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Télé Inter-Rives Ltée dépose une plainte contre la station Ciel-FM de
Rivière-du-Loup concernant des propos tenus en ondes par le journaliste et
animateur M. Martin Pelletier les 8 et 9 mars 2006, lors des bulletins de
nouvelles et de l'émission "Bonjour Grand Portage". Le plaignant considère que
les remarques du journaliste, accusant un reportage présenté le 7 mars sur les
ondes de CKRT-TV d'être litigieux, dans le contexte des élections
provinciales, étaient inexactes, trompeuses, relevaient d'un manque de rigueur
dans la collecte de l'information et attaquaient la réputation des stations
CIMT-TV et CKRT-TV.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    Télé Inter-Rives Ltée, titulaire des stations de télévision CIMT-TV et
CKRT-TV, représentée par le directeur de la chaîne CKRT-TV, M. Pierre Harvey,
porte plainte contre la station radiophonique Ciel-FM de Rivière-du-Loup et
l'animateur et journaliste, M. Martin Pelletier, concernant des propos tenus
en ondes les 8 et 9 mars 2006, lors de l'émission "Bonjour Grand Portage" et
des bulletins de nouvelles. Le plaignant estime que certains des propos
exprimés en ondes étaient inexacts et trompeurs, ce qui contreviendrait au
guide déontologique du Conseil de presse, aux chapitres de l'exactitude, de la
rigueur et de la cueillette de l'information.
    Le plaignant soumet une lettre qu'il a transmise au Conseil de la
radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), dans laquelle il
détaille les motifs de sa plainte.
    Le reportage diffusé par les plaignants le 7 et le 8 mars 2007 portait
sur l'efficacité d'un réseau de santé public-privé et comportait une entrevue
avec un individu ayant été soigné en France. M. Harvey affirme qu'il n'a pas
été question de la campagne électorale québécoise qui était en cours à ce
moment, comme le laisseraient entendre les mis-en-cause lors des extraits
radiophoniques où ils reviennent sur ledit reportage. De plus, pour le
plaignant, le sujet des services de santé est pertinent et d'intérêt public,
même en contexte électoral.
    Le directeur de CKRT-TV conteste également l'exactitude de plusieurs des
déclarations diffusées sur les ondes de Ciel-FM les 8 et 9 mars 2007, en
regard des questions soulevées par le reportage et de la position du Directeur
général des élections (DGE).
    A ce propos, Télé Inter-Rives Ltée aurait vérifié les déclarations des
mis-en-cause auprès du directeur de scrutin du comté de Rivière-du-Loup. Ce
dernier aurait indiqué ne pas avoir pris connaissance du reportage de CIMT-TV,
mais aurait confirmé avoir parlé avec M. Pelletier, journaliste et animateur
de Ciel-FM, et l'avoir référé au DGE.
    Une représentante de Télé Inter-Rives Ltée, Mme Christine Lepage, chef de
pupitre, aurait alors communiqué avec le bureau du DGE et discuté avec un
agent d'information, qui lui aurait affirmé n'avoir eu aucune discussion avec
M. Pelletier concernant le reportage diffusé par les chaînes du réseau Télé
Inter-Rives Ltée et ne pas avoir eu connaissance de ce reportage. Mme Lepage
aurait ensuite communiqué directement avec le journaliste mis en cause et lui
aurait demandé d'identifier la personne au bureau du DGE qui lui aurait
confirmé que le reportage transgressait certains aspects de la Loi électorale.
Le journaliste aurait alors répondu ne pas se souvenir de son nom. L'agent
d'information du bureau du DGE aurait, par la suite, informé Mme Lepage
qu'aucune des personnes affectées à ce bureau n'aurait eu de communication
avec M. Pelletier, pas plus qu'elles n'auraient indiqué que le reportage
présenté sur les ondes de CIMT-TV et de CKRT-TV suscitait des questions en
regard de la Loi électorale. Il aurait ensuite indiqué que cette loi garantie
la liberté d'expression des médias.
    M. Pelletier aurait ensuite recontacté la chef de pupitre de CIMT-TV et
de CKRT-TV pour l'informer qu'il avait discuté avec Mme Karine Lacoste au
bureau du DGE. Cependant, il soutenait que ce ne serait pas cette dernière qui
avait indiqué que le reportage était litigieux, mais plutôt le contentieux,
sans fournir un nom en particulier. Mme Lepage aurait ensuite recontacté
l'agent d'information qui lui aurait confirmé que Mme Lacoste venait tout
juste de parler avec M. Pelletier et lui avait fait parvenir la Loi électorale
qui confirmerait qu'au Québec les médias jouissent d'une liberté d'expression,
mais qu'il était impossible que le journaliste ait communiqué directement avec
le contentieux.
    M. Harvey relate enfin que c'est lors du bulletin de nouvelles diffusé à
14 h 15 le 9 mars 2007, sur les ondes de Ciel-FM, que le journaliste Martin
Pelletier mentionnait que le reportage respectait finalement "le cadre
législatif de la Loi électorale", malgré les interrogations qu'il soulevait.
Il indiquait également qu'il avait fallu que le DGE contre-vérifie les
exceptions à la Loi électorale pour émettre cette opinion.
    Les plaignants ajoutent qu'ils sont bien au fait des exigences
règlementaires concernant les obligations pour tout reportage de nature
électorale et soutiennent avoir respecté entièrement leurs obligations en ce
sens, à l'intérieur du reportage traitant de la médecine privée et publique en
France. Ils ajoutent que le statut adéquiste de l'invité n'a jamais été
soulevé, ni les propositions de son parti concernant les services de santé.
    M. Harvey conclut qu'en véhiculant ces informations inexactes et
erronées, Ciel-FM cherchait à attaquer la bonne réputation des stations
CIMT-TV et CKRT-TV.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Daniel St-Pierre, directeur de l'information
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    M. Daniel St-Pierre explique que la présence d'un membre connu et
militant engagé sous la bannière de l'ADQ pour décrire son expérience des
soins de santé privés en France lors d'un voyage leur a semblé questionnable.
Le directeur de l'information rappelle également qu'une des priorités de
l'ADQ, lors de cette campagne électorale, était de privatiser une partie des
soins de santé québécois, ce qui soulevait davantage de questions sur les
intérêts de ce témoin qui pouvait alors vanter l'efficacité du système privé,
conformément à la plateforme électorale de l'ADQ.
    Pour les mis-en-cause, le questionnement concernant ce reportage reposait
sur le fait qu'il ne présentait aucune information permettant de savoir que le
témoin était un membre engagé de l'ADQ, ce qui risquait d'induire le public en
erreur quant à la nature et à la portée des informations sur ce sujet très
sensible et ce, au coeur même de la campagne électorale.
    Le directeur de l'information de Ciel-FM précise qu'il a commenté ledit
reportage en ondes avant de demander au journaliste Martin Pelletier de
vérifier s'il respectait les règles électorales.
    Ce dernier aurait d'abord rejoint le directeur du scrutin à
Rivière-du-Loup, M. Paul Beaulieu, afin de savoir s'il avait vu le reportage
et si des partis politiques s'en étaient plaints. Ce dernier aurait référé le
journaliste au DGE. Le mis-en-cause aurait alors téléphoné au bureau du DGE
sans s'identifier. Un homme lui aurait alors répondu que le reportage de Télé
Inter-Rives Ltée semblait litigieux et aurait alors souhaité le mettre en
relation avec une autre personne. Après cinq minutes d'attente, le journaliste
a dû quitter la ligne pour présenter ses nouvelles en direct. Il aurait alors
mentionné en ondes que le reportage semblait litigieux pour le DGE.
    A la suite de la diffusion de ce bulletin d'information, M. Pelletier
aurait rappelé le DGE et parlé à Mme Karine Lacoste avec qui il aurait discuté
du reportage de CIMT-TV et de CKRT-TV. Mme Lacoste lui aurait alors fait part
d'exceptions concernant les médias dans la Loi électorale et aurait effectué
plusieurs vérifications, avant de pouvoir fournir des données précises sur
certaines parties de la loi, indiquant que les mis-en-cause ou le DGE ne
pouvaient conclure que le reportage était litigieux.
    Afin de corriger les informations diffusées précédemment, les
mis-en-cause ont ensuite lu en ondes, dans les bulletins subséquents, un
rectificatif stipulant que le reportage en question ne contrevenait pas à la
Loi électorale. Pour les mis-en-cause, leur travail a donc été fait suivant
les règles déontologiques. M. St-Pierre rappelle également que le reportage
diffusé par les plaignants a engendré un grand questionnement dans la
communauté louperivoise. De ce fait, il affirme qu'il était du devoir de la
radio de faire état de ces observations et de les vérifier auprès du DGE.
Puisque le milieu est petit et que tout le monde connaît les implications
politiques de chacun, le représentant des mis-en-cause soutient qu'ils ne
pouvaient faire autrement que de se questionner et de faire certaines
recherches, ce qui ne relèverait aucunement d'un complot contre un
compétiteur.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant déplore d'abord que les commentaires de M. St-Pierre
contiennent principalement des explications non vérifiables et très peu
crédibles à son avis. Il ajoute qu'une station radiophonique qui se serait
conformée à l'éthique journalistique aurait vérifié davantage ses informations
avant de livrer ses commentaires en ondes et mentionné ses sources
d'information.
    M. Harvey réitère que le journaliste et animateur Martin Pelletier a
manqué de rigueur et de professionnalisme dans ses recherches et ajoute que
les contacts effectués auprès du bureau du DGE auraient pu être plus
transparents.
    Le directeur de CKRT-TV soutient enfin que le ton employé par le
représentant des mis-en-cause dans ses commentaires démontre bien son manque
d'objectivité lorsqu'il traite de sujets touchant les stations affiliées à
Télé Inter-Rives Ltée.

    DECISION

    Télé Inter-Rives Ltée, représentée par le directeur de CKRT-TV, M. Pierre
Harvey, déposait une plainte contre l'émission "Bonjour Grand Portage" et des
bulletins d'information diffusés les 8 et 9 mars 2007, sur les ondes de
Ciel-FM, mettant en cause le journaliste et animateur, M. Martin Pelletier et
le directeur de l'information, M. Daniel St-Pierre. Le plaignant dénonçait
certaines informations erronées diffusées sur les ondes en regard d'un
reportage de CKRT-TV sur le système de santé privé. Pour le plaignant, ces
allégations relevaient d'un manque de rigueur et portaient atteinte à la
réputation de Télé Inter-Rives Ltée et de ses stations affiliées.
    Le plaignant affirmait d'abord que le journaliste Martin Pelletier aurait
manqué de rigueur au niveau de la cueillette de l'information et qu'il aurait
diffusé des nouvelles non confirmées préalablement par le bureau du Directeur
général des élections du Québec (DGE).
    Le guide déontologique du Conseil prévoit que les organes de presse et
les journalistes ont le devoir de livrer au public une information complète,
rigoureuse et conforme aux faits et aux événements. La rigueur intellectuelle
et professionnelle dont ils doivent faire preuve représente la garantie d'une
information de qualité.
    Dans le présent dossier, les versions des faits diffèrent entre le
plaignant et les mis-en-cause en ce qui concerne la collecte de données et les
informations recueillies au bureau du DGE.
    Dans ce contexte, le Conseil ne peut prendre position, puisque cela
reviendrait à livrer un procès d'intention aux parties. Néanmoins, le Conseil
tient à rappeler aux mis-en-cause que les médias doivent s'assurer de la
rigueur et de la véracité des informations qu'ils diffusent et ne doivent en
aucun temps se soustraire aux standards professionnels de l'activité
journalistique sous prétexte de contraintes de temps. Le Conseil met donc en
garde les responsables de Ciel-FM, considérant que l'information ne semblait
pas avoir été validée officiellement. De plus, il aurait été plus convenable
que le journaliste parle du litige au conditionnel, l'information n'étant pas
entièrement validée. Outre cette mise en garde, le grief est rejeté.
    Le deuxième grief évoqué par le représentant de Télé Inter-Rives Ltée
concernait des informations erronées diffusées sur les ondes de Ciel-FM, au
sujet du reportage présenté à l'antenne de CIMT-TV et CKRT-TV. Le plaignant
soutenait que le reportage sur les soins de santé privés ne contrevenait pas à
la Loi électorale et avait été réalisé sans intention malicieuse. Il déplorait
également les interventions répétées, sur les ondes de Ciel-FM, contestant le
bien-fondé de ce reportage.
    Après avoir pris connaissance des extraits radiophoniques présentés par
le plaignant, le Conseil a constaté que quatre de ceux-ci étaient présentés
dans le cadre de l'émission "Bonjour Grand Portage" et deux l'étaient dans le
cadre des bulletins d'information.
    Il appert clairement que les extraits diffusés lors de l'émission
répondent au genre du journalisme d'opinion. C'est dans ce contexte que
l'animateur exprimait son désaccord avec le reportage. Or, ce genre
journalistique accorde aux professionnels de l'information une grande latitude
dans l'expression de leurs points de vue, ainsi que dans le choix du ton et du
style qu'ils adoptent. En conséquence, le Conseil estime que l'animateur a
livré son point de vue tout en demeurant respectueux envers la chaîne CKRT-TV
et ses artisans, conformément à la latitude permise par la déontologie
journalistique. Le grief est donc rejeté.
    Les deux derniers extraits déposés en preuve par les plaignants
concernent des bulletins d'information présentés par le journaliste
M. Pelletier. Après analyse de ces extraits, le Conseil conclut que ce dernier
y livre d'abord une information erronée en affirmant que le reportage diffusé
à la télévision CKRT et CIMT, est déclaré litigieux par le DGE. Toutefois,
lors du dernier extrait soumis par le plaignant, le journaliste mentionne que
ce même reportage respecte en fait le cadre législatif de la Loi électorale.
Le second bulletin de nouvelles constituait donc un rectificatif au premier.
    Le Conseil estime que, dans son correctif, le journaliste aurait dû
revenir sur l'ensemble du dossier. Si la précision rétablissait le fait que le
reportage du plaignant ne contrevenait pas à la Loi électorale, elle ne
contenait aucune référence au fait que jamais le DGE n'a fait d'enquête sur ce
dossier. Le correctif, bien que fait avec célérité par les mis-en-cause, était
donc incomplet.
    Au terme de ces observations, le Conseil de presse retient partiellement
la plainte de Télé Inter-Rives Ltée contre l'animateur et journaliste
M. Martin Pelletier et la station radiophonique Ciel-FM.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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