Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-03-072



    
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    Numéro de dossier :  D2007-03-072

    Plaignants           M. Michel Poulin
                         M. René Doyon

    et

    Mis-en-cause         M. Pierre Sirois, directeur de l'information
                         L'émission "Le TVA 18 heures"
                         Le Groupe TVA inc.
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    MONTREAL, le 22 nov. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    MM. Michel Poulin et René Doyon portent plainte contre le Groupe TVA inc.
pour avoir diffusé, lors de l'émission "Le TVA 18 heures" du 19 février 2007,
ainsi que le lendemain matin, un reportage portant mention du nom ainsi que de
la photographie de leur parente, retrouvée décédée dans la rue alors qu'elle
résidait dans un établissement de soins pour personnes âgées. Les plaignants
reprochent également au réseau de ne pas avoir respecté leur deuil lors de la
collecte de matériel journalistique et ce, en interrogeant des membres de la
famille de la défunte à la sortie des funérailles.

    GRIEFS DES PLAIGNANTS

    MM. Michel Poulin et René Doyon précisent que leur plainte vise à dénoncer
une situation qu'ils qualifient de déplorable et dont a été victime leur
famille à la suite du décès d'une de leur parente. Cet événement aurait été
exploité avec exagération, à des seules fins de sensationnalisme et sans
respect du deuil que vivait leur famille. Selon eux, la couverture
journalistique de l'événement a été d'autant plus irrespectueuse, exagérée et
inappropriée qu'elle ne pouvait nullement se réclamer du droit du public à
l'information.
    A cet égard, les plaignants expliquent que leur parente, âgée de 77 ans,
demeurait avant son décès dans une résidence pour personnes âgées dites
autonomes. Elle fut retrouvée morte, en février 2007, à l'extérieur de cet
établissement. Les plaignants mentionnent que celle-ci souffrait de démence
légère et qu'à la suite d'une enquête effectuée par le coroner, l'hypothermie
a été identifiée comme cause du décès.
    Lors des funérailles, MM. Poulin et Doyon rapportent que, à leur sortie de
l'église, deux membres de leur famille ont été abordés par un journaliste du
réseau TVA qui souhaitait recueillir leur sentiment sur "la façon de faire au
centre d'hébergement" où vivait leur défunte parente. De l'avis des
plaignants, le journaliste aurait souhaité obtenir des informations afin de
réaliser un reportage sur le centre d'hébergement et ce, en dépit de l'état de
deuil que la famille vivait à ce moment.
    Les plaignants ajoutent qu'en plus de cette intervention, qu'ils
qualifient d'inopportune et d'inappropriée, ils furent surpris du reportage
diffusé lors de l'émission "Le TVA 18 heures". En effet, celui-ci était
accompagné d'une photographie de leur défunte parente, dont le nom était
mentionné.
    MM. Poulin et Doyon disent avoir été affectés par ce traitement public
d'un drame d'ordre privé. Pour eux, rien ne justifiait que le décès de leur
parente soit publiquement exploité, ni même que le nom de celle-ci fasse la
manchette. Ils affirment que le télédiffuseur aurait récupéré l'événement à la
seule fin de hausser ses côtes d'écoute.
    Les plaignants précisent qu'à la suite de la diffusion du reportage, ils
ont communiqué avec le journaliste afin de savoir qui lui avait fourni la
photographie de leur défunte parente ainsi que l'autorisation de publication
de celle-ci. Ce dernier aurait répondu qu'elle lui avait été transmise par le
biais d'un courrier électronique et aurait assuré les plaignants que
l'identité de ce correspondant leur serait révélée. Les plaignants affirment
que cet engagement n'a jamais été rempli par le journaliste puisque celui-ci
n'aurait en vérité disposé d'aucune autorisation pour publier ladite
photographie.
    Lorsque MM. Poulin et Doyon ont tenté de communiquer de nouveau avec le
journaliste, ce dernier les aurait référé à M. Pierre Sirois, directeur de
l'information de TVA qui aurait expliqué que le réseau s'était procuré le nom
ainsi que la photographie de la défunte sur le site Internet du salon
funéraire. Selon eux, cette photographie était dès lors publique, ce qui les
autorisait ainsi à la publier. Lors de cette discussion avec M. Sirois, les
plaignants auraient exprimé leur souhait que le nom ainsi que la photographie
de leur parente soient retirés des ondes. Or, lors de la rediffusion du
reportage le matin du 20 février 2007, le reportage était identique à celui de
la veille.
    Les plaignants expliquent qu'ils ont fait valoir auprès du directeur de
l'information qu'il y aurait eu intérêt public si un manque évident de
sécurité au centre d'hébergement où résidait leur parente avait été démontré
et que son identité, en tant que telle, relevait de la sphère privée.
    Les plaignants concluent qu'ils ont été victimes d'un abus du droit du
public à l'information. De leur avis, le journaliste aurait plus agi par excès
de sensationnalisme que par simple droit du public à l'information. MM. Poulin
et Doyon estiment donc que les mis-en-cause ont manqué à leurs obligations en
ayant exploité d'une façon qu'ils qualifient d'abusive, le nom et l'image de
leur défunte parente ainsi que de leur famille.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

                     Commentaires de Me Emilie Whiteside,
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                service des Affaires juridiques du Groupe TVA
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    Me Emilie Whiteside soutient toutefois que le télédiffuseur ainsi que son
journaliste ont respecté les règles éthiques usuelles. Elle explique que les
circonstances particulières qui ont entouré ce décès constituaient bien un
événement d'intérêt public. Pour elle, les conséquences du niveau de soins et
de sécurité des résidences pour personnes âgées sont d'intérêt public étant
donné le nombre grandissant de personnes âgées qui sont prises en charge par
celles-ci. Me Whiteside ajoute que le système de santé occupe par ailleurs une
place importante dans l'actualité. A cet égard, elle estime que devant les
nombreux débats et controverses soulevés par le thème des soins de santé et de
sécurité au Québec, il était tout à fait pertinent de renseigner les
téléspectateurs sur les différents faits qui révèlent les bénéfices et/ou les
lacunes de ce système. Celle-ci soutient donc que le public avait non
seulement le droit de connaître l'existence de ces événements mais qu'il
devait également pouvoir saisir les conséquences aussi bien douloureuses que
désastreuses qui en résultent.
    La représentante du Groupe TVA inc. précise que c'est bien dans cette
perspective que le journaliste fut soucieux d'informer les téléspectateurs sur
les circonstances entourant le décès de la parente des plaignants. Elle
rappelle que celui-ci a eu lieu dans le cadre d'un endroit communément
considéré comme réglementé, sécuritaire et fiable. Elle ajoute que la démarche
journalistique auprès de la famille de la défunte avait pour but de comprendre
la situation tout comme de saisir "le désarroi, la douleur ainsi que le
désespoir" que ceux-ci ont pu ressentir. Bien que le réseau ne prenne pas
position sur la question, elle envisage la possibilité que ce décès ait
suscité des réactions dans le public et qu'à cet égard, il était tout à fait
pertinent de vérifier auprès des proches de la défunte quelle était leur
opinion quant à la responsabilité potentielle de la résidence ainsi que des
fournisseurs de soins dans cet événement.
    En l'espèce, Me Whiteside conclut que la démarche journalistique a été
effectuée dans le respect et la dignité puisque les personnes abordées par le
journaliste étaient libres de livrer ou non leurs opinions ainsi que leurs
réactions. Elle ajoute que les médias n'étaient pas présents à l'intérieur de
l'église lors des funérailles et que le neveu de la défunte ainsi qu'un ami de
la famille ont librement consenti à répondre au journaliste. Pour cette
dernière, TVA a donc parfaitement respecté la famille endeuillée. Elle
soutient que les reportages ont donc été réalisés avec tout le respect qui
convenait.
    En ce qui à trait à la diffusion de la photographie de la défunte lors des
bulletins d'information, Me Whiteside réitère que celle-ci a été obtenue sur
le site Internet du salon funéraire dont les coordonnées ont par ailleurs été
envoyées à la rédaction par un membre de la famille de la défunte.

    REPLIQUE DES PLAIGNANTS

    MM. Poulin et Doyon précisent que leur plainte n'a pas pour objet de
mettre en doute le droit du télédiffuseur qui souhaitait faire la lumière sur
un événement s'étant déroulé dans une résidence pour personnes âgées et ils
saluent par ailleurs le souci qu'a eu le réseau de vouloir informer le public
sur la qualité des soins ainsi que la sécurité accordée à ces personnes dans
ces établissements.
    Ils rappellent que leur plainte visait à dénoncer le moment choisi par le
journaliste pour s'entretenir avec certaines personnes, soit à la sortie de
l'église. Selon eux, les membres de la famille auraient dû être contactés à un
autre moment. Pour eux, l'argument de TVA selon lequel les membres de la
famille ont accepté de répondre au journaliste ne justifierait en rien qu'il y
ait eu manquement au respect de la vie privée.
    Dans un second temps, les plaignants expliquent que la réponse du
mis-en-cause sur la diffusion de la photographie identifiée de la défunte ne
leur apparaît pas acceptable. Ils rappellent que, si le site Internet du salon
funéraire fournissait une information, il n'est toutefois pas concevable que
ce moyen de communication ait pu donner à TVA un quelconque droit de diffusion
sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation à cet effet.

    DECISION

    MM. Michel Poulin et René Doyon portent plainte contre le Groupe TVA inc.
pour avoir diffusé, lors de l'émission "Le TVA 18 heures" du 19 février 2007,
un reportage traitant du décès d'une de leur parente qui résidait dans un
établissement pour personnes âgées. En premier lieu, ils reprochent au
télédiffuseur d'avoir traité publiquement d'un sujet d'ordre privé ainsi que
de lui avoir accordé un traitement sensationnaliste.
    Les drames humains et faits divers qui relèvent de la vie privée sont des
sujets délicats à traiter et ce, en raison de leur caractère pénible pour
leurs proches et le public. Toutefois, la liberté de la presse serait
compromise si les médias n'en informaient pas la population. En effet, ces
affaires traduisent des réalités ainsi que des enjeux sociaux importants. Les
médias et les journalistes doivent pour autant éviter tout sensationnalisme
dans le traitement de ces événements et veiller à ne pas leur accorder un
caractère amplifié par rapport à leur degré d'intérêt public.
    En vertu de ces principes, le Conseil de presse estime que TVA pouvait
légitimement choisir d'accorder une couverture journalistique au décès de la
parente des plaignants. De plus, et après analyse, il constate que le public
n'a pas, au moyen de trop nombreux détails, été induit en erreur sur le
message que souhaitait faire passer le télédiffuseur. A cet égard, il rejette
également l'éventualité soulevée par les plaignants selon laquelle le
reportage avait pour unique ambition de hausser les cotes d'écoute du réseau.
    MM. Michel Poulin et René Doyon reprochent par ailleurs au journaliste
d'avoir, lors de sa collecte de données, omis de considérer que la famille de
la victime vivait un moment difficile et qu'il était inopportun de réaliser
des entrevues des membres de celle-ci à leur sortie de la messe de
funérailles.
    En ce qui a trait au respect de la vie privée, le guide déontologique du
Conseil mentionne que les médias ainsi que les journalistes doivent faire
preuve de circonspection, que ce soit lors de la collecte, du traitement ou de
la diffusion de l'information. En ce sens, il est impératif qu'ils fassent les
distinctions qui s'imposent entre ce qui est d'intérêt public et ce qui relève
de la seule curiosité publique.
    Au regard de ces principes, le fait de réaliser deux entrevues avec des
proches de la défunte pouvait-il se justifier? Comme l'expliquent les
mis-en-cause, l'objectif du reportage était de sensibiliser le public sur les
questions de gestion de la sécurité et des soins dans les résidences pour
personnes âgées. Or, les deux entrevues diffusées lors du reportage
recueillent bien le sentiment des individus sur cette même question; entrevues
auxquelles ils se sont par ailleurs librement soumis. Après analyse, le
Conseil conclut donc qu'il n'y a pas eu entorse à la déontologie
journalistique sur cet aspect.
    En dernier lieu, les plaignants formulent un grief concernant la
divulgation de l'identité ainsi que de la photographie de leur défunte
parente. En effet et lors du lancement du reportage, on peut entendre
l'animateur dévoiler le nom de celle-ci tandis que, sur l'écran qui se trouve
derrière lui, on perçoit distinctement la photographie de cette dernière.
    A cet effet, le Conseil de presse tient à rappeler le principe selon
lequel la publication d'informations permettant l'identification des victimes
dans le cadre de drames humains doit avant tout être basée sur leur caractère
d'intérêt public.
    Le Conseil comprend le deuil difficile vécu par la famille de la défunte.
Après analyse, le Conseil de presse conclut toutefois que l'utilisation de la
photographie ainsi que le dévoilement de l'identité de la victime dans le
reportage étaient d'intérêt public. En effet, le décès de la victime faisait
l'objet d'une enquête du coroner et des forces policières. Nous étions donc en
présence d'un drame humain à portée sociale. Le grief est donc rejeté.
    Le Conseil tient cependant à inviter les médias à la prudence dans des
dossiers aussi sensibles et à faire preuve, le plus possible, de compassion
envers les familles de victimes et de discernement dans l'utilisation des
photographies des personnes décédées. Il est toujours préférable d'expliquer à
la famille des victimes les raisons de leur publication et, le cas échéant,
éviter de présenter les photographies dans des reportages subséquents
lorsqu'une demande en ce sens est formulée par les proches.
    Après examen, le Conseil de presse rejette la plainte de MM. Michel Poulin
et René Doyon à l'encontre du Groupe TVA inc.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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