Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-03-071



    
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    Numéro de dossier : D2007-03-071

    Plaignant           M. Bernard Desgagné

    et

    Mis-en-cause        M. Claude Brunet, journaliste
                        Mme Geneviève Guay, directrice, traitement des
                        plaintes et affaires générales, Information/Services
                        français
                        La Société Radio-Canada
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    MONTREAL, le 22 nov. /CNW Telbec/ -

    
    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Bernard Desgagné porte plainte contre le journaliste Claude Brunet de
la Société Radio-Canada (SRC) pour avoir utilisé à l'endroit du chef du Parti
québécois, André Boisclair, le mot "flatterie", un terme nettement péjoratif,
et d'avoir fait un commentaire dans un reportage alors qu'il n'était censé que
rapporter les faits. Les actions reprochées se seraient produites lors du
"Radiojournal de 17 h", le mercredi 28 février 2007.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Bernard Desgagné amorce sa plainte en indiquant que le journaliste
Claude Brunet "a décidé de s'en prendre à André Boisclair, l'accusant sans
détour d'user de "flatteries" pour séduire les électeurs de la région de
Québec".
    Le plaignant précise que "dans un reportage diffusé entre autres à la
radio de Radio-Canada vers 17 h le mercredi 28 février (2007), M. Brunet
parlait des difficultés du PQ dans la région de Québec. Avant de faire
entendre un extrait des propos de M. Boisclair, M. Brunet a dit qu'André
Boisclair cherchait "à séduire (les gens de Québec) par des flatteries"". Pour
le plaignant, le mot "flatteries" est nettement péjoratif et il cite des
définitions de dictionnaires pour démontrer son affirmation. Il en conclut
donc que le journaliste a fait un procès d'intention à M. Boisclair.
    Le plaignant conteste également la fin du reportage de M. Brunet qui
aurait alors laissé tomber "avec dépit" : "Aujourd'hui, le chef du PQ n'a rien
proposé pour la région de Québec. Ses remarques et ses promesses n'ont porté
que sur les garderies." Selon M. Desgagné, le journaliste "peut être
personnellement d'avis que les garderies ne sont pas pour les gens de Québec,
mais quand il le dit dans un reportage, il fait de la politique, et non du
journalisme". Pour le plaignant, le journaliste est censé rapporter les faits
mais, dans ce cas il a plutôt fait de l'éditorial.
    Le plaignant rappelle alors des "prises de bec avec Bernard Landry, qu'il
talonnait avec une arrogance consommée". Selon lui, "manifestement, M. Brunet
a décidé de récidiver, et Radio-Canada n'a pas tiré les leçons de la campagne
de 2003".

    INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

    Près de quinze jours après le dépôt de sa plainte, M. Desgagné fait
parvenir au Conseil la réponse reçue de la directrice du traitement des
plaintes et affaires générales Information/Services français de la SRC,
Mme Geneviève Guay; il avait préalablement adressé sa plainte à la SRC. Dans
sa lettre de présentation, il indique que cette réponse ne le satisfait pas du
tout et, après avoir ajouté le nom d'une autre journaliste de la SRC, il
affirme : "Ces journalistes et les responsables qui les envoient sur le
terrain ont manifestement pour principal objectif de nuire au Parti québécois
et au mouvement indépendantiste en général."

    Il conteste ensuite les éléments de réponse fournis par Mme Guay :

    - L'utilisation du mot "flatterie" : si pour Mme Guay, "il s'agit d'un
      choix de mot malheureux, c'est-à-dire d'une erreur mineure", pour le
      plaignant, M. Brunet n'a pas droit au bénéfice du doute, compte tenu de
      ses antécédents dans la campagne de 2003. Connaissant le sens des mots,
      le journaliste aurait employé à dessein le mot "flatterie".

    - Au sujet de l'accusation de Mme Guay selon laquelle le plaignant ferait
      un procès d'intention à M. Brunet, M. Desgagné demande combien de fois
      il faudra que ce journaliste (ou sa consoeur déjà nommée) "se livrent à
      leurs basses oeuvres avant que la direction de Radio-Canada finisse par
      reconnaître que leur biais est évident". Il ajoute : "si ça continue,
      je vais commencer à croire que c'est la direction de Radio-Canada elle-
      même qui souhaite que le PQ fasse l'objet d'une campagne de
      dénigrement".

    - En matière d'interprétation, Mme Guay aurait répondu au plaignant qu'il
      avait tort "de voir des propos adéquistes ou conservateurs dans le
      reportage de M. Brunet"; pourtant, dans un autre cas mettant en cause
      une journaliste de la SRC, Mme Guay aurait répondu être d'accord avec
      certains groupes de femmes qui ont vu de la violence conjugale dans un
      film publicitaire du PQ.

    - Au sujet de l'affirmation du journaliste selon laquelle "M. Boisclair
      n'a rien à proposer pour Québec", le plaignant considère la réponse de
      Mme Guay comme une demande d'interpréter ce que M. Brunet veut dire,
      alors que ce dernier n'aurait pas parlé de "mesures particulières" et
      qu'il n'aurait pas nuancé ses paroles en utilisant ce mot
      "particulières".

    Le plaignant termine en indiquant qu'à titre de contribuable et de 
citoyen engagé, il a les journalistes de Radio-Canada à l'oeil et que le
dossier qu'il monte est déjà imposant. M. Desgagné donne alors une série
d'exemples qu'il fait suivre par la mention : "Toutes ces malheureuses
initiatives du service de l'information de Radio-Canada visaient manifestement
à désinformer le public sur des sujets qui touchent directement le mouvement
indépendantiste québécois."
    Aux informations complémentaires du plaignant est annexée la réponse reçue
de Mme Guay.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Mme Geneviève Guay, directrice du traitement des plaintes
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    et affaires générales Information/Services français
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    Mme Guay amorce sa réponse par un historique du cas où elle relève les
échanges entre le plaignant et la SRC, et notamment la réponse de l'ombudsman
de Radio-Canada à sa plainte. Elle rappelle ensuite que la SRC a déjà reconnu,
par la voix de la représentante de la direction de l'information et par celle
de l'Ombudsman, que le reportage contenait un mot mal choisi.
    En ce qui concerne l'importance de la faute reprochée, Mme Guay rappelle
un extrait de sa réponse antérieure adressée à M. Desgagné où elle reconnaît
"deux maladresses" dans le reportage. Elle y indique notamment : "nous ne
croyons pas que l'affaire nécessite une mise au point de notre part. Le public
n'a pas été induit en erreur sur aucun fait. Il était facile de bien
comprendre la fin du reportage pour quelqu'un qui ne prêtait pas d'avance de
mauvaises intentions au journaliste. Quant au mot flatterie, il relevait de
l'interprétation et ne constituait pas en soi l'expression d'une opinion
politique".
    Mme Guay ajoute : "Ce mot flatterie, même s'il implique un certain
jugement négatif de la part de celui qui le prononce, n'est quand même pas une
accusation grave et ne constitue d'aucune façon une atteinte à la réputation
du chef du Parti québécois. En entendant la déclaration d'André Boisclair,
chaque auditeur était à même de juger par lui-même, selon ses propres
sympathies, si M. Boisclair avait simplement fait preuve d'habileté politique
ou si au contraire, il avait exagéré un peu ses compliments à l'endroit des
gens de Québec." Tout en reconnaissant "le mauvais choix de mot", Mme Guay
insiste sur le fait "que la faute n'est pas majeure".
    Par ailleurs, au moment de la plainte, la décision de l'ombudsman était
publiée depuis 15 jours sur le site de Radio-Canada et Mme Guay considère que
le plaignant a déjà largement atteint son but. Le plaignant aurait aussi été
informé que la direction de la SRC a déjà discuté du sujet avec le
journaliste.
    En ce qui a trait aux allégations de "désinformation" qu'aurait formulé le
plaignant, Mme Guay affirme qu'à sa connaissance une seule autre plainte a été
déposée au Conseil. "Quant aux deux autres sujets mentionnés par le plaignant
dans sa lettre, à savoir des reportages sur le bilinguisme et sur
l'enseignement de l'anglais, nous n'avons jamais eu connaissance que le
plaignant ait saisi le Conseil de ces dossiers", indique-t-elle à la fin de
ses commentaires.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant amorce sa réplique en affirmant que l'ombudsman de
Radio-Canada, M. Renaud Gilbert, lui donne raison sur toute la ligne et que
Mme Guay dit "dans cette affaire", qu'il aurait "largement atteint son
objectif". Le plaignant en déduit que "la direction de Radio-Canada refuse
d'appliquer d'autres mesures que de rendre le jugement public".
    Le plaignant rétorque que le travail de M. Brunet "a déjà été vertement
dénoncé aux élections québécoises de 2003, à la suite de la diffusion du
documentaire "A hauteur d'homme"", et que "l'ombudsman reconnaît que ce
journaliste a récidivé, en s'attaquant encore une fois au chef du Parti
québécois, mais (que) Radio-Canada ne compte aucunement retirer ce journaliste
des campagnes électorales à venir". Le plaignant estime que dans les
circonstances, le Conseil de presse doit également prononcer un jugement
sévère contre le journaliste et la SRC.
    Il reproche ensuite à Mme Guay de rejeter ses allégations de
désinformation "sous prétexte que le Conseil de presse n'a reçu que deux
plaintes" de sa part, l'accusant de feindre d'ignorer les autres plaintes qui
lui ont été adressées. Il précise : "En tout, j'ai adressé cinq plaintes à
Radio-Canada depuis le début de février."

    DECISION

    Les organes de presse et les journalistes ont le devoir de livrer au
public une information complète, rigoureuse et conforme aux faits et aux
événements. La rigueur intellectuelle et professionnelle dont doivent faire
preuve les médias et les journalistes représente la garantie d'une information
de qualité. En conséquence, les médias et les professionnels de l'information
doivent traiter l'information recueillie sans déformer la réalité.
    La porte-parole des mis-en-cause a reconnu dans ses commentaires que
l'utilisation du mot "flatterie" constituait une maladresse. Bien que le
Conseil appelle les journalistes à la prudence sur l'utilisation de mots qui
risquent d'être interprétés comme du commentaire, il n'a pas constaté, dans le
présent dossier, de manquement à la déontologie ayant eu pour effet de biaiser
la réalité. Ce grief est rejeté.
    Le second grief visait les propos de M. Boisclair sur les garderies et un
lien que le journaliste aurait fait avec le programme de l'ADQ. En ce qui a
trait au ton ou à l'attitude du journaliste, que le plaignant qualifiait de
"dépit", le Conseil estime qu'il est difficile, voire impossible, d'arriver à
la même conclusion que le plaignant. Selon le Conseil, il s'agit d'une opinion
personnelle de M. Desgagné qui, toute légitime qu'elle soit, n'est ni
évidente, ni démontrée.
    En ce qui concerne le reproche fait à M. Brunet de faire de la politique
et non du journalisme, le Conseil a estimé qu'il s'agit d'une interprétation
de M. Desgagné, une affirmation qui n'est pas démontrée.
    Au terme de cet examen et pour l'ensemble des motifs expliqués plus haut,
le Conseil de presse rejette la plainte contre le journaliste Claude Brunet et
la Société Radio-Canada.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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