Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-02-067



    MONTREAL, le 19 oct. /CNW Telbec/ -

    
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    Numéro de dossier : D2007-02-067

    Plaignant           M. Ahmed Bensaada

    et

    Mis-en-cause        M. André Pratte, éditorialiste en chef
                        Le quotidien La Presse
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    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Ahmed Bensaada reproche au quotidien La Presse d'être partial dans son
choix de lettres publiées dans le courrier des lecteurs dans le dossier des
accommodements raisonnables.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Ahmed Bensaada explique que le but de sa plainte n'était pas de faire
publier ses lettres, mais de faire ressortir que les choix de La Presse en
cette matière lui apparaissent partiaux.
    M. Bensaada relate son histoire menant à cette plainte. Il a tout d'abord
fait parvenir une première lettre au quotidien qui exposait son idée sur "un
ex-immigrant arabo-musluman qui vit au Québec depuis plus de 18 ans". Dans sa
lettre, il "attirait l'attention sur le fait que la majorité des immigrants
sont des personnes qui contribuent à l'essor du Québec à divers niveaux et que
la tournure médiatique du débat (des accommodements raisonnables) n'avait pour
effet que d'exacerber l'intolérance ethnique".
    N'ayant reçu aucune réponse, il contacta le quotidien qui, par
l'entremise de Mme Christiane Clermont, adjointe à l'éditorialiste en chef,
lui annonça que sa lettre ne serait pas publiée. A ce moment, il décida de
vérifier le système de publication du journal en envoyant une seconde lettre
qui exprimait des idées contraires à la première. Il inventa un "être fictif,
une femme arabo-musulmane qui aurait été traumatisée dans son pays par les
islamistes, ayant une profonde aversion pour toute barbe ou voile et étant en
accord avec les règles édictées par la municipalité d'Hérouxville". A la suite
de l'envoi de cette deuxième lettre, Mme Clermont lui annonçait que sa lettre
serait publiée le lendemain.
    En conclusion, M. Bensaada se demande si La Presse a un parti pris? Ou si
elle favorise les opinions anti-minorités ethniques? Et si elle manquerait à
son devoir de partialité dans l'information?

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Philippe-Denis Richard, vice-président, Affaires
    -------------------------------------------------------------------
    juridiques
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    Selon Me Richard, La Presse est impartiale dans ses choix de publication,
ces derniers sont guidés par des critères de publication qui respectent
l'éthique et l'expression d'opinions diverses dans une société libre et
ouverte.
    Selon Me Richard, cette plainte devrait être rejetée. Il explique les
motifs soutenant sa position.

    
    1. Les pages Forum de La Presse s'ouvrent aux échanges, débats,
       réflexions, opinions des lecteurs ainsi qu'aux répliques. Elles
       s'ouvrent également, au fil des événements, aux opinions de divers
       collaborateurs reconnus pour leur autorité intellectuelle dans leur
       domaine d'expertise.

    2. Les critères suivants guident notamment le choix de la publication
       d'opinions des lecteurs : l'intérêt du sujet proposé et son harmonie
       avec l'actualité; la qualité et la valeur ajoutée du contenu;
       l'absence de propos outranciers, insultants ou discriminatoires et
       l'obligation pour l'auteur de signer le texte et de s'identifier afin
       de permettre les vérifications d'usage.

    3. En 2006, La Presse a reçue 37 716 textes et en a publié 2 800 sur
       différents sujets. Il ajoute que sur le thème des accommodements
       raisonnables, sur un total de 819 textes reçus, 39 d'entre eux ont été
       publiés, couvrant différents points de vue.

    4. Le premier texte de M. Bensaada comprenait des propos intéressants,
       mais qui avaient déjà été traités dans des textes déjà publiés. Selon
       lui, ces propos n'apportaient rien de nouveau au débat.

    5. Le deuxième texte proposé par M. Bensaada paraissait intéressant
       puisqu'il apportait au débat un point de vue distinct, telle était sa
       valeur ajoutée, souligne-t-il. Pour ce motif, La Presse avait
       l'intention de le publier, mais les vérifications d'usage ont freiné
       cette intention alors que s'est révélée la fausse identité de son
       auteur, dont on doit présumer que le véritable point de vue était
       celui exprimé dans le premier texte.

    6. Le mis-en-cause expose les principes reconnus en matière de
       publication de lettres des lecteurs. Il explique que la politique de
       publication des lettres des lecteurs relève de la prérogative et de la
       responsabilité de l'éditeur; et que dès lors, nul n'aurait accès de
       plein droit aux pages d'un journal. De plus, il ajoute que le journal
       a le devoir de favoriser l'accès par ses lecteurs aux pages qui leur
       sont consacrées. A ce titre, les jugements d'appréciation en matière
       de publication de lettres ouvertes doivent demeurer conformes à la
       responsabilité d'informateur public soucieux de renseigner
       adéquatement et honnêtement ses lecteurs et, dans une société qui se
       veut ouverte et progressiste, faire preuve de la largeur de vue
       nécessaire pour bien informer le public lecteur et aussi favoriser
       l'expression des libertés individuelles et collectives.

    7. Me Richard souligne que les politiques d'édition du courrier des
       lecteurs apparaissant dans les pages "Forum" de La Presse, respectent
       ces règles et que La Presse favorise l'expression d'autant de points
       de vue possibles. Cependant, conclut-t-il, ces points de vue doivent
       apporter au débat, tout en respectant les règles fondamentales en
       matière d'équité et tout en tenant compte du choix et de l'importance
       du sujet, de même que de la façon de le traiter et des contraintes de
       temps, d'espaces et d'intérêt des lecteurs qui affectent l'accès à la
       tribune des lecteurs.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Ahmed Bensaada répond à l'argumentaire du mis-en-cause.

    1. Selon lui, les points 1, 2, 6 et 7 seraient des généralités qui ne
       prouveraient pas l'impartialité du journal. Au contraire, soutient-il,
       certains points plaideraient en faveur de la publication de son
       premier texte. Il cite en exemple "les jugements d'appréciation (ceux
       du journal La Presse) en matière de publication de lettres ouvertes
       doivent demeurer conformes à la responsabilité d'informateur public
       soucieux de renseigner adéquatement et honnêtement ses lecteurs et,
       dans une société qui se veut ouverte et progressiste, faire preuve de
       la largeur de vue nécessaire pour bien informer le public lecteur et
       aussi favoriser l'expression des libertés individuelles et
       collectives".

    2. Au point 3, le journal indiquait qu'il avait reçu 819 textes sur le
       thème des accommodements raisonnables et que 39, d'entre eux, avaient
       été publiés. Il estime que cette phrase est très vague. Il ne nie pas
       que La Presse ait publié des textes sur ce sujet, mais émet un doute
       sur l'opinion véhiculée dans ces textes. Selon lui, le journal aurait
       dû mentionner le nombre de lettres reçues "valorisant le rôle positif
       des immigrants au Québec".

       Il dit avoir vérifier, via le site Internet de La Presse, le nombre de
       textes reliés au sujet des accommodements raisonnables et dit en avoir
       répertorié 2 390, qu'il a lu dans sa quasi- totalité et affirme n'en
       avoir trouvé aucun qui donnait "clairement" du crédit à l'engagement
       des immigrants dans la construction de la société québécoise moderne.
       La plupart des textes, fait-il remarquer, allait dans la direction de
       son second texte qui dénonçait l'immigration négative, rétrograde et
       qui n'avait d'autre rôle que d'imposer ses "tares socioculturelles".

    3. Au motif du point 4, selon lequel son premier texte "n'apportait rien
       de nouveau au débat", le plaignant souligne qu'il n'a lu aucun texte
       mettant en évidence l'apport positif des immigrants dans l'édification
       d'une société québécoise moderne et ouverte. Il souligne que son texte
       se voulait d'apaisement, de rassemblement et de tolérance. Ainsi, il
       ne croit pas que "le tout s'est réalisé dans un esprit d'équité et de
       justice et avec discernement" comme l'affirme le mis-en-cause. Il
       demande à La Presse de lui présenter des textes en accord avec les
       idées véhiculées dans sa première lettre.

    4. Selon lui, son deuxième texte aurait eu l'aval de la direction pour
       publication car le journal serait en accord avec la thèse de
       l'invasion immigrante qui ne cherche qu'à avoir de plus en plus de
       droits et aucun devoir. Il souligne que les idées utilisées pour ce
       second texte, il les a puisées des journaux et des émissions de télé.
       Il affirme que son second texte, "n'apportait rien de nouveau au
       débat".

       Il cite en exemple des textes qu'il a relevés sur le site Internet du
       journal qui "n'hésitent pas à enfoncer le clou dans les accommodements
       raisonnables et, en même temps, dans la respectabilité des
       immigrants".
    

    En ce qui a trait à la fausse identité utilisée, elle était, selon lui,
nécessaire pour savoir si le journal avait un parti pris dans le débat des
accommodements et souligne qu'il a réussi à le démontrer dans ce dossier.
    Il conclut en soulignant que les propos évoqués par La Presse en regard
de sa plainte, sont fallacieux, évasifs et vagues et que les principes
généraux, en argumentaire, démontrent une vertu factice, derrière lesquels
veut s'abriter le journal. Il souhaite que La Presse soit sanctionnée pour
qu'il y ait une réelle liberté de la presse et la diversité des opinions.

    DECISION

    M. Ahmed Bensaada reprochait au quotidien La Presse d'être partial dans
son choix de lettres publiées dans le courrier des lecteurs, sur le dossier
des accommodements raisonnables.
    A ce reproche, le représentant du journal rétorquait que les médias
bénéficient de toute la latitude possible dans la publication des lettres de
lecteurs. Il ajoute que les propos du plaignant sur les accommodements
raisonnables avaient déjà été traités dans d'autres textes déjà publiés et que
ceux-ci n'auraient donc rien apporté de nouveau au débat.
    Le Conseil tient à souligner que pour lui permettre de rendre une
décision, il est important de préciser le (ou les) texte fautif, en spécifiant
la date et les motifs qui justifient la plainte, afin de fournir une base
concrète à l'analyse. Dans le présent cas, le plaignant soumettait une liste
de textes sans donner les informations requises pour fins d'analyse. Il est à
noter qu'il n'est pas dans le rôle du Conseil de faire cette démarche. A cet
égard, le Conseil de presse ne pourrait donc, sans faire un procès d'intention
au journal, l'accuser de partialité dans son choix de lettres à être publiée
dans la rubrique réservée à cette fin. Ce grief est rejeté.
    Le Conseil tient de plus à souligner qu'il s'est à maintes fois prononcé
sur les règles encadrant la section du "Courrier des lecteurs". Bien que la
presse ait le devoir d'en favoriser l'accès à ses lecteurs, elle reste libre
de choisir les lettres qui y seront publiées.
    Pour ces motifs, le Conseil de presse rejette la plainte de M. Ahmed
Bensaada contre La Presse.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du Comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

Profil de l'entreprise

Conseil de presse du Québec

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