Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-01-059



    
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    Numéro de dossier : D2007-01-059

    Plaignant       M. Christian Bolduc

    et

    Mis-en-cause    M. Patrick Lagacé, journaliste et animateur, émission
                    "Les Francs-Tireurs"
                    Me Denis Bélisle, directeur général des affaires
                    juridiques
                    La télévision publique Télé-Québec
                    Me Julie Lachance, conseillère juridique, Zone3
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    MONTREAL, le 19 oct. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Christian Bolduc porte plainte contre le journaliste et animateur
M. Patrick Lagacé et la chaîne de télévision publique Télé-Québec, concernant
deux épisodes de l'émission "Les Francs-tireurs", soit l'épisode 216 diffusé
le 8 novembre 2006, à l'intérieur duquel le plaignant conteste un reportage
intitulé "Les théories du complot", et l'épisode 222 où M. Lagacé s'entretient
avec l'animateur et journaliste M. Gilles Proulx. Le plaignant dénonce
particulièrement le manque d'objectivité et d'équilibre du premier reportage
ainsi que l'attitude du journaliste qui serait méprisant et non objectif à
l'endroit de ses invités.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Christian Bolduc dépose une plainte visant le journaliste et animateur
Patrick Lagacé et l'émission "Les Francs-tireurs" diffusée sur les ondes de
Télé-Québec. Ses doléances visent d'abord le reportage intitulé "Les théories
du complot" diffusé le 8 novembre 2006, lors du 216e épisode. Il soutient que
les informations qui y étaient alors présentées étaient inexactes et que le
journaliste aurait présenté celles-ci avec malhonnêteté, mauvaise foi et qu'il
ne disposait pas des compétences nécessaires pour traiter des complots et pour
livrer son opinion sur le sujet. Il ajoute que M. Lagacé et ses recherchistes
auraient dû s'informer davantage sur les ouvrages crédibles à propos des
théories du complot, afin de maîtriser adéquatement ce sujet. Pour le
plaignant, le journaliste a manqué à son devoir de mettre les faits en
contexte et de permettre au public de se faire une idée globale de la
situation.
    Le plaignant ajoute que ce reportage était biaisé et manquait
d'équilibre. Il déplore aussi que l'angle privilégié par le journaliste, soit
le discrédit complet des théories "conspirationnistes", sans les expliquer, en
invitant un intervenant méconnu et non qualifié, ne visait qu'à ridiculiser
une thèse pourtant fort bien documentée par de nombreux spécialistes et ne
permettait pas au public de se faire un éclairage multidimensionnel de la
problématique des complots politiques aux Etats-Unis et dans le monde.
M. Bolduc soutient également que les intervenants rencontrés par M. Lagacé
manquaient de crédibilité et que le journaliste avait, par conséquent, manqué
à son devoir d'interroger des gens crédibles sur la question.
    Le plaignant dénonce également le style journalistique axé sur la
controverse et la confrontation, de même que les méthodes journalistiques
pratiquées par M. Lagacé. Il critique le "manque de classe et de respect" du
journaliste, envers ses invités, qualifiant notamment son attitude de
grossière, d'impolie, d'impertinente et son langage et vocabulaire indignes de
ses fonctions invoquant, à ce propos, les deux émissions mises en cause.
Ainsi, au sujet de l'épisode 222, au cours duquel M. Lagacé rencontrait
l'animateur et journaliste M. Gilles Proulx, le plaignant dénonçait
principalement le traitement superficiel de l'information et le comportement
"grossier et impoli" de l'animateur des "Francs-tireurs", qui abuserait de
familiarité avec M. Proulx. Il dénonce en outre la fin de ce second reportage,
où l'on voit M. Lagacé frapper familièrement son invité à l'épaule après
l'avoir traité de façon cavalière tout au long de la journée, ce qui
démontrerait un comportement non professionnel.
    Pour conclure, le plaignant demande à Télé-Québec de démettre M. Lagacé
de ses fonctions.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Denis Bélisle, directeur général affaires
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    juridiques, ressources humaines et services techniques, Télé-Québec
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    En premier lieu, Me Bélisle rappelle que la série "Les Francs-tireurs"
est délibérément provocatrice et ne constitue pas une série d'affaires
publiques, mais plutôt un magazine qui provoque et suscite la controverse.
Selon le représentant des mis-en-cause, le public de cette série sait à quoi
s'attendre et il regrette que le plaignant puisse espérer autre chose après
les nombreuses années de diffusion de cette émission. Il ajoute que M. Lagacé,
dans ce cadre, n'est pas un journaliste d'enquête.
    Le directeur général des affaires juridiques revient ensuite sur
l'épisode 216, portant sur les "conspirationnistes". Il évoque d'abord le
cadre dans lequel s'est déroulé ce reportage, alors que l'animateur et
journaliste, M. Lagacé, s'est présenté à Sherbrooke pour assister à une
assemblée convoquée par M. Nenki, lequel adhère aux théories du complot,
soutenant notamment la thèse selon laquelle le gouvernement états-unien est
responsable du complot entourant les attentats du 11 septembre 2001.
    Malgré cela, le mis-en-cause affirme que M. Lagacé n'est jamais impoli ou
grossier envers M. Nenki ou avec les participants à cette assemblée et que
c'est plutôt le plaignant lui-même qui dénigre les compétences intellectuelles
de M. Nenki dans sa plainte. Il indique également que le journaliste et
animateur donne la parole à qui veut la prendre lors des pauses de l'assemblée
et ne dénigre aucun des participants. Ainsi, pour Me Bélisle, rien dans ce
reportage ne déroge aux principes déontologiques devant guider les
journalistes et, bien que M. Bolduc puisse ne pas aimer M. Lagacé et être
irrité du fait que ce dernier ne croit pas à la théorie du complot et qu'il
l'ait indiqué aux participants, cela n'enfreindrait aucune règle éthique. Il
ajoute que le reportage ne cherchait pas à prouver qu'il n'y avait pas de
complots ou de conspirations, mais cherchait plutôt à écouter la preuve
soutenant ces théories et tentait de comprendre les arguments de ceux qui
adhèrent à celles-ci.
    Quant à l'épisode 222, lors duquel M. Lagacé passe une journée avec
M. Gilles Proulx, le représentant de Télé-Québec raconte qu'en 2005, alors
qu'il était à l'emploi du Journal de Montréal, M. Lagacé a rédigé une
chronique qui attaquait vigoureusement les propos tenus par M. Proulx  à
l'endroit d'une jeune fille de 14 ans, violée et laissée pour morte, qu'il
avait affublée de plusieurs qualificatifs disgracieux. Ainsi, en 2006, comme
la poussière était retombée depuis ces événements, M. Proulx avait accepté de
passer une journée avec son détracteur qui souhaitait connaître l'homme
derrière l'image et les propos controversés.
    En regard de ce second épisode, tout comme le précédent, Me Bélisle
soutient que la plainte est non fondée, alléguant que M. Lagacé n'est ni
grossier, ni impoli envers M. Proulx. Il soutient que l'on ressent même une
forme d'admiration et d'empathie de la part de l'animateur et journaliste
envers son invité et que tous les deux semblaient s'entendre parfaitement par
moments. Le mis-en-cause croit également que M. Proulx a bien vécu cette
journée et que son opinion est positive à l'endroit du journaliste et du
reportage puisque, si ce dernier avait eu une opinion contraire, il l'aurait
déjà exprimée publiquement.
    Enfin, Me Bélisle conclut que l'analyse faite par M. Bolduc des émissions
en cause est inexacte, injustifiée et teintée de mépris à l'endroit de
M. Lagacé.

    Commentaires de Me Julie Lachance, conseillère juridique, Zone3
    ---------------------------------------------------------------

    Me Lachance avance premièrement que la plainte est manifestement non
fondée, puisque la prémisse de base du plaignant à l'effet que l'émission "Les
Francs-tireurs" serait une émission d'affaires publiques serait inexacte. La
représentante de Zone3 soutient qu'il s'agit plutôt d'un magazine. A ce
propos, elle évoque les décisions antérieures du Conseil de presse, dont la
décision D2005-02-065, qui stipulaient que ce magazine de société relève du
genre journalistique de la chronique et du commentaire et donc du journalisme
d'opinion qui accorde une grande latitude dans le traitement d'un sujet
d'information et dans la façon des journalistes de l'aborder et de prendre
position. La conseillère juridique indique qu'en plus, Télé-Québec décrit
l'émission "Les Francs-tireurs", sur son site Internet, comme un "magazine
socioculturel engagé et singulièrement urbain" qui "scrute de façon critique
et ludique les phénomènes frappants ou inusités, les tendances aberrantes ou
drôlement établies. Deux journalistes qui raffolent de la controverse; un
esprit critique vitrioleur; un refus de l'unanimisme et de la langue de
bois...", afin d'éviter d'induire le public en erreur ou de ne pas le tromper
sur les prétentions de l'émission.
    En ce qui concerne les épisodes visés, Me Lachance soutient que M. Lagacé
y est respectueux envers les personnes interrogées et leurs opinions. Elle
souligne que le journaliste et animateur leur accorde toujours le temps
nécessaire afin qu'ils puissent exposer leurs pensées, et ce bien que la
chronique accorde en général une grande place à la personnalité des
journalistes.
    En regard du reportage sur "Les théories du complot" paru dans l'émission
216, la représentante de Zone3 affirme que l'angle choisi lors de cette
émission était d'exposer le point de vue de certaines personnes et non de
démontrer toutes les thèses appuyant ou contredisant ces théories, comme le
souhaitait le plaignant. Elle ajoute que l'intention de cette émission était
de ne pas hiérarchiser ou discréditer les opinions et les langages différents
ou en marge de la société, mais plutôt de laisser chacun exposer ses points de
vues et ses convictions. Ainsi, M. Lagacé interrogerait les divers
intervenants sans user de qualificatif péjoratif, sans les ridiculiser et
n'émettrait son opinion qu'au moment où on la lui demande, afin de favoriser
le dialogue et l'échange. Selon Me Lachance, une pluralité de personnes
présentes à la conférence ont émis leurs opinions. Le journaliste a plutôt
cherché à pousser leur réflexion et à ajouter à l'information par ses
interventions ainsi que par l'ajout de voix hors champ et d'incrustations.
    Pour ce qui est de l'intervention d'un psychologue qui élabore sur les
inclinaisons de certaines personnes à adhérer à ce type de théories à
l'intérieur de ce reportage, la conseillère juridique de Zone3 indique qu'il
s'agit d'un choix rédactionnel et discrétionnaire qu'elle juge justifié. Elle
explique que cette intervention ne cherche pas à infirmer ou confirmer les
théories présentées, mais à expliquer les mécanismes psychologiques et les
hypothèses cliniques entourant les croyances en ce type de théories. Ainsi,
Me Lachance persiste à croire qu'il s'agit d'un reportage qui correspond en
tous points aux règles d'éthique journalistique d'usage au Québec.
    Pour ce qui est de l'émission 222 où M. Lagacé tenterait de distinguer le
personnage public et l'homme derrière M. Gilles Proulx et essaierait de cerner
les raisons expliquant le caractère polémiste de l'homme, Me Lachance soutient
que le journaliste se surprend lui-même de la courtoisie du personnage public
et du caractère cordial de leurs échanges. Elle ajoute que l'émission permet
de déceler un respect mutuel entre les deux hommes, indépendamment du fait que
leurs opinions diffèrent. Selon elle, les réparties, et non les insultes,
fusent de toutes parts et elles s'accentuent lors de l'émission radiophonique
de M. Proulx, preuve de leur caractère professionnel. La représentante de
Zone3 considère que l'on discerne bien, dans le cadre de l'émission "Les
Francs-tireurs", que leur complicité ressurgie lors des pauses publicitaires
de l'émission radiophonique, de même que dans le langage non verbal des deux
intervenants. De plus, Me Lachance réplique que l'émission a donné la
possibilité à M. Proulx de revenir sur l'épisode de la jeune fille ayant été
violée et de mettre son opinion en contexte et même de s'excuser à nouveau.
    En terminant, Me Lachance rappelle que la télévision ne peut se permettre
de diffuser intégralement l'ensemble du matériel enregistré, comme le précise
le journaliste à une dame qu'il interroge lors de l'émission 216, et qu'il est
aussi impossible de produire des magazines qui présentent tous les angles
possibles.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Bolduc exprime d'abord son insatisfaction en regard de la réplique du
contentieux de Télé-Québec et de Zone3 et maintient sa position, selon
laquelle les émissions mises en cause contrevenaient à l'éthique
journalistique.
    Il réplique, dans un premier temps, aux commentaires de Me Bélisle,
déplorant que ce dernier n'ait pas répondu aux reproches et aux propos
contenus dans la plainte. M. Bolduc maintient que "Les Francs-tireurs" est une
émission d'information qui traite de problèmes politiques et sociaux. A ce
propos, il invoque les thèmes choisis qui témoigneraient de la mission
informative et non de divertissement des "Francs-tireurs". Le plaignant
réitère donc le grief de confusion des genres visant, selon lui, à attirer les
cotes d'écoute et les revenus publicitaires, ce qui serait contraire au rôle
de la télévision publique.
    En regard du reportage de l'épisode 216, le plaignant réaffirme qu'il
contrevient aux principes éthiques par son déséquilibre et le manque de
crédibilité des points de vue qui y sont énoncés et qu'il ne permet pas de
favoriser la compréhension du public sur la théorie des complots qui y est
présentée. Il soutient également que M. Lagacé ne disposait manifestement pas
des compétences politiques et historiques nécessaires au traitement d'un tel
sujet.
    M. Bolduc répond ensuite aux commentaires de Me Lachance représentante de
Zone3, la maison de production de l'émission "Les Francs-tireurs". Il juge que
les arguments de cette dernière, selon lesquels cette émission serait un
magazine et ne répondrait pas, par conséquent, aux critères éthiques d'une
émission d'affaires publiques ne tient pas la route puisque les thèmes qui y
sont traités, dont les théories du complot, sont d'intérêt public et donc
qu'il n'y a pas de raison pour que les deux animateurs se soustraient à leurs
obligations éthiques en la matière. Il rappelle à ce propos que l'animateur
mis en cause est d'abord un journaliste, qui devrait répondre aux exigences
professionnelles de ses fonctions. Le plaignant cite également plusieurs
définitions du terme "magazine" afin d'illustrer qu'elles ne s'appliquent pas,
selon lui, à la mission de l'émission "Les Francs-tireurs". Enfin, M. Bolduc
estime que ces épisodes constituent de la désinformation pure et simple et que
l'émission "Les Francs-tireurs" n'était pas soustraite de se conformer aux
responsabilités journalistiques.

    DECISION

    La plainte de M. Christian Bolduc vise le journaliste et animateur
M. Patrick Lagacé et les épisodes 216 et 222 de l'émission "Les
Francs-tireurs" présentée sur les ondes de Télé-Québec.
    Après étude de la plainte, le Conseil constate que les griefs évoqués par
le plaignant découlent principalement d'un désaccord entre les partis, en
regard du genre journalistique auquel répond l'émission; le plaignant
soutenant qu'il s'agit d'une émission d'information du type affaires publiques
et les mis-en-cause répliquant qu'elle répond plutôt au genre de la chronique
et du commentaire. Le Conseil se penchera premièrement sur ce point, également
soulevé par le plaignant au chapitre de la confusion des genres.
    La jurisprudence du Conseil est claire en regard du genre journalistique
auquel appartient l'émission mise en cause et des règles et libertés
auxquelles elle est soumise et, à l'écoute des épisodes impliqués dans la
plainte, il apparaît clairement au Conseil que "Les Francs-tireurs" répondent
toujours, par la forme et le traitement, au genre du journalisme d'opinion.
    "Or, selon le guide de principes déontologiques du Conseil, le
journalisme d'opinion auquel appartient le genre journalistique de l'émission
accorde aux professionnels de l'information une grande latitude dans
l'expression de leurs points de vue, commentaires, opinions, prises de
position, critiques, ainsi que dans le choix du ton et du style qu'ils
adoptent pour ce faire. Ce genre journalistique laisse donc une grande
latitude dans le traitement d'un sujet d'information et il permet même aux
journalistes qui le pratiquent d'adopter un ton polémiste pour prendre parti
et exprimer leurs critiques, dans le style qui leur est propre, même par le
biais de l'humour et de la satire." (D2005-02-056)
    Ainsi, tel qu'il l'a établi précédemment et qui se confirme dans les
émissions visées par la présente plainte, le Conseil estime que l'émission
"Les Francs-tireurs" est bien un magazine de société qui répond au genre du
journalisme d'opinion. Conséquemment, en regard de ce genre journalistique, le
journaliste et animateur Patrick Lagacé pouvait librement livrer son opinion
et présenter l'information de façon imagée, en fonction de la latitude
reconnue à ce genre journalistique, ce qui ne constitue pas une faute. Le
Conseil note également que, dans la présentation de l'émission sur le site
Internet de Télé-Québec, de même que dans les amorces des reportages, ce genre
journalistique est clairement annoncé au public, ce qui correspond aux
attentes du Conseil en la matière.
    M. Bolduc dénonçait ensuite le style journalistique axé sur la
controverse et la confrontation, de même que l'attitude et le comportement du
journaliste envers ses invités, soutenant que ce dernier n'agit pas de façon
professionnelle et empêche les intervenants de parler librement, en plus de
chercher à ridiculiser le thème des complots. Le plaignant soutient également
que M. Lagacé ne disposait pas des compétences nécessaires pour intervenir à
propos des complots, lors de la réalisation de l'épisode 216, alors qu'il y
livrait son opinion personnelle. Le plaignant conteste également l'angle de
traitement emprunté par le journaliste et l'équipe de l'émission, qu'il juge
partial.
    Sur ce point, le Conseil rappelle d'abord que, bien que les chroniqueurs
ne sauraient se soustraire aux exigences de rigueur et d'exactitude de
l'information, le genre journalistique de la chronique confère aux
journalistes qui le pratiquent une grande latitude dans le traitement d'un
sujet d'information. Ainsi, le journaliste pouvait, à sa convenance, adopter
le style qui lui est propre et confronter les personnes et les idées, tout en
respectant les règles d'éthique. Il pouvait également livrer son point de vue
personnel sur les théories du complot, d'autant plus que ce dernier lui a été
demandé.
    Après écoute des émissions en cause, le Conseil estime que le journaliste
cherchait à susciter la discussion en demandant à chaque participant à la
conférence sur les complots leur avis personnel et en osant les confronter par
l'expression d'un avis contraire, ou en répliquant à M. Proulx de la même
façon que ce dernier le fait en ondes, mais qu'à toutes ces occasions
M. Lagacé respecte les règles de politesse et de convenance, dans les limites
reconnues par son genre journalistique.
    Par ailleurs, rien ne permet au Conseil d'établir que le journaliste
aurait été malhonnête dans son traitement des émissions en cause et aurait agi
de mauvaise foi. De plus, dans l'épisode 216, visé par le grief, il appert
clairement au Conseil que le journaliste cherche à obtenir les réactions et
les opinions de divers intervenants et participants sur les sujets qu'il
choisit de traiter, ce qui est  conforme aux exigences éthiques en la matière.
    Pour ce qui est des compétences de M. Lagacé, le plaignant n'a pas été en
mesure de démontrer en quoi elles auraient été insuffisantes. De plus, le rôle
du journaliste n'est pas de connaître toutes les théories sur un sujet, mais
d'en comprendre suffisamment les enjeux pour poser les bonnes questions aux
intervenants et rapporter adéquatement leurs propos.
    Le Conseil rappelle également que la façon de présenter et d'illustrer
l'information relève du jugement rédactionnel et demeure une prérogative des
médias et des professionnels de l'information. Les médias et les
professionnels de l'information doivent être libres de relater les événements
et de les commenter sans entraves ni menaces ou représailles. Ainsi, les
responsables du média pouvaient choisir l'angle de traitement de leur choix,
en autant qu'ils respectaient l'éthique journalistique, notamment au niveau de
l'équilibre de l'information, ce qui est le cas. Pour l'ensemble de ces
considérations, le deuxième bloc de griefs exposés par le plaignant a été
rejeté.
    M. Bolduc soutenait ensuite que certaines informations et théories
présentées dans l'épisode 216 étaient inexactes ou incomplètes et que les
intervenants invités à s'exprimer au sujet des complots ne disposaient pas des
qualifications nécessaires pour ce faire.
    La déontologie du Conseil de presse indique que les professionnels de
l'information doivent identifier leurs sources d'information afin de permettre
au public d'évaluer la crédibilité et l'importance des informations que
celles-ci transmettent. Ils doivent également prendre tous les moyens à leur
disposition pour s'assurer de la fiabilité de ces sources et pour vérifier,
auprès d'autres sources indépendantes, l'authenticité des informations qu'ils
en obtiennent.
    Dans le cas à l'étude, la source contestée par le plaignant, M. Nenki,
est clairement identifiée dans le reportage. Bien que M. Bolduc, tout comme le
journaliste et animateur à certains moments au cours de l'émission, remettent
en question la crédibilité de cette source, ce dernier est une personnalité
publique qui donne des conférences et qui est respecté par une partie des
adeptes des théories du complot. Le public était à même de se faire sa propre
idée sur cet intervenant. Le Conseil note que le reportage présente également
les propos d'un psychologue et de plusieurs participants à la conférence qui
présentent d'autres informations. Enfin, le plaignant ne démontre pas quelles
seraient les informations inexactes qu'il déplore. Il évoque plusieurs auteurs
et théories qu'il aurait souhaité voir présentés dans le reportage, ce qui ne
démontre pas que les informations sélectionnées par le journaliste soient
inexactes. Ce troisième bloc de griefs a donc été rejeté.
    Le plaignant déplore que le contexte entourant les théories du complot,
leurs croyances et les "conspirationnistes" ne soit pas présenté. Il évoque
également un traitement superficiel de l'information découlant d'un manque de
recherche et de rigueur.
    Les journalistes doivent situer les nouvelles dans leur contexte pour
permettre au public de bien les comprendre et traiter des faits et des
situations de façon complète. Il appert au Conseil que le contexte autour
duquel le journaliste a décidé de traiter des théories du complot a été
largement décrit dans le reportage qui a également présenté certaines
statistiques sur le sujet. Ce dernier bloc de griefs a donc été rejeté.
    Pour l'ensemble de ces raisons, le Conseil de presse rejette la plainte
de M. Christian Bolduc à l'encontre de M. Patrick Lagacé, journaliste et
animateur de l'émission "Les Francs-tireurs" et la société Télé-Québec.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du Comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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