Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2007-01-055



    
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    Numéro de dossier : D2007-01-055

    Plaignant           M. David Longpré

    et

    Mis-en-cause        M. Pierre Bruneau, chef d'antenne
                        Mme Sophie Thibault, chef d'antenne
                        M. Serge Fortin, vice-président, Information
                        Les émissions "Le TVA 17 heures" et
                         "Le TVA 22 heures"
                        Le Groupe TVA
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    MONTREAL, le 19 oct. /CNW Telbec/ -

    
    RESUME DE LA PLAINTE

    M. David Longpré dénonce de la publicité déguisée en information qui
aurait été diffusée dans le bulletin de nouvelles du "TVA 17 heures", diffusé
le 17 janvier 2007, animé par M. Pierre Bruneau, chef d'antenne, ainsi que
celle diffusée dans le bulletin "Le TVA 22 heures", animé par Mme Sophie
Thibault diffusé le 25 janvier 2007. M. Longpré juge que cette publicité
déguisée en information pouvait amener le public à confondre information et
contenu publicitaire.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. David Longpré dénonçait la diffusion de publicité déguisée en
information dans les bulletins de nouvelles de 17 heures et de 22 heures,
animés respectivement par M. Pierre Bruneau, le 17 janvier 2007 et Mme Sophie
Thibault, le 25 janvier 2007. Le plaignant juge que cette publicité déguisée
en information pouvait amener le public à confondre l'information et le
contenu publicitaire.
    Le 17 janvier 2007, dans le cadre du bulletin de nouvelles du "TVA
17 heures", le chef d'antenne, M. Pierre Bruneau interviewait Mme Julie
Snyder, animatrice de la nouvelle émission-jeu "Le Banquier". Selon le
plaignant, l'entrevue n'aurait porté que sur la date du début de diffusion de
l'émission "Le Banquier", le contenu et la formule de l'émission qui, souligne
M. Longpré, est diffusée par TVA et produite par JPL, une filiale de TVA.
    Le plaignant rapporte que le 25 janvier 2007, en soirée, durant une pause
manchette de l'émission "Le Banquier", Mme Sophie Thibault annonçait, comme
une nouvelle, une entrevue avec Mme Cheila Borneau, participante à l'émission
"Le Banquier", comme si c'était une nouvelle d'intérêt public. Par la suite,
dans le cadre du bulletin de nouvelles du "TVA 22 heures", Mme Thibault
recevait cette participante, "comme si cette dernière avait quelque chose
d'important à dire en lien avec l'actualité politique, économique, culturelle
ou sportive, ce qui n'était pas le cas", affirme M. Longpré.
    Selon lui, il s'agirait d'une publicité déguisée en information. Il se dit
étonné que des chefs d'antenne d'expérience comme M. Bruneau et Mme Thibault
aient accepté cette façon de faire. Selon lui, le fait d'avoir présenté cette
candidate relevait d'une stratégie marketing et non de l'information. Il
souligne que cette diffusion n'était pas une nouvelle d'intérêt public; ce
n'était selon lui que de la publicité ayant les apparences d'une nouvelle. Il
ajoute que si cette nouvelle s'était avérée d'intérêt public, d'autres médias
en auraient assuré la couverture.
    M. Longpré estime que cela contrevient à l'esprit de l'article e)
l'information et la publicité, du guide Droits et responsabilités de la presse
du Conseil de presse qui stipule que "les préoccupations commerciales et
économiques qui peuvent présider au choix de la publicité publiée ou diffusée
ne doivent en aucun cas influencer la politique rédactionnelle des organes
d'informations. Les médias doivent identifier clairement les textes
publicitaires et éviter de faire de la publicité déguisée ou indirecte, ou
encore de présenter des publi-reportages comme des articles d'information".
    Il argumente d'un autre extrait du guide en regard des conflits d'intérêts
: "Les entreprises de presse ont aussi un responsabilité en cette matière. Et
elles doivent veiller, entre autres, à ce que, par leurs affectations, leurs
journalistes ne se retrouvent pas en situation de conflit d'intérêts." Il
ajoute qu'il n'y a pas de conflit d'intérêts plus évident que celui
d'annoncer, dans un bulletin de nouvelles, une émission produite et diffusée à
la même chaîne.
    Finalement, il complète son argumentaire en ajoutant l'article 5 d)
concernant "L'information et la publicité" en insistant sur "les
publireportages (qui) doivent être identifiés comme tels afin de ne pouvoir
être confondus, même par leur mise en pages, avec l'information". Il joint à
sa plainte une décision rendue par le Conseil de presse qui concernait le même
genre de griefs qu'il invoque.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

      Commentaires de Me Emilie Whiteside, représentant les intérêts du
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                                 Groupe TVA
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    Me Emilie Whiteside représentant le Groupe TVA, assure que les bulletins
de nouvelles ont pour vocation de fournir un compte rendu complet des
événements récents et à venir, et de fournir une multitude d'informations dans
un immense spectre de sujets, allant de la politique, à l'économie, à
l'environnement, aux événements et résultats sportifs, en passant par les
événements culturels et les faits divers, traitant parfois de choses insolites
et rares. Chaque réseau est libre de choisir les événements qu'ils traiteront,
leur importance et l'angle sous lequel ils les présenteront. C'est selon
Me Whiteside un droit fondamental protégé par les Chartes des droits et
libertés.
    Me Whiteside souligne que les choix éditoriaux de TVA, comme tout autre
média d'information, effectués par dizaines à chaque jour peuvent plaire et
intéresser certains et en même temps déplaire et être inintéressantes pour
d'autres. Cela relève des goûts et intérêts personnels de chacun et cela n'en
font pas pour autant des sujets qui ne sont pas d'intérêt public. Selon elle,
l'intérêt public est une notion large qui ne doit pas être monopolisée par le
politique ou l'économie, bien que ces sujets en constituent une proportion
importante.
    Il est indéniable, ajoute Me Whiteside, que le public désire être informé
des événements de nature culturelle. Elle souligne qu'au Québec cet intérêt
est encore plus fort pour des raisons démographiques, géographiques et
culturelles particulières, qui fait que les Québécois ont un lien très intime
et un intérêt marqué pour les événements télévisuels et leurs artistes.
    Selon la représentante des mis-en-cause, la plupart des bulletins de
nouvelles et journaux consacrent du temps et des pages pour discuter, à leur
manière et dans les proportions qu'ils jugent nécessaires, d'événements
culturels et les artistes y participant peuvent être appelés à raconter leur
expérience sur l'événement en question.
    Me Whiteside souligne que la première diffusion de l'émission-jeu "Le
Banquier" constituait un événement de la scène télévisuelle québécoise, au
même titre qu'un nouveau film ou livre ou site Internet. Cette émission,
ajoute-t-elle, a été un événement télévisuel majeur dans le monde, et fut
diffusé dans plus de 44 pays, et finalement produit au Québec par des artistes
d'ici qui permet à des concurrents triés sur le volet, de gagner jusqu'à un
demi million de dollars. Et souligne-t-elle le succès s'est confirmé avec des
cotes d'écoute moyenne de 2 millions de téléspectateurs.
    C'est dans cette perspective, conclut Me Whiteside, que TVA a diffusé une
entrevue avec l'animatrice et la première participante de cette émission. La
première a expliqué la provenance de cette émission alors que la seconde a
relaté son expérience et les conséquences de son apparition. Elle ajoute que
la performance de l'animatrice de même que l'expérience de la première
participante ont également été traitées et commentées dans différents
journaux. Alors, il était tout aussi légitime pour TVA d'en faire mention dans
le cadre de son bulletin d'information. Dès lors, conclut-t-elle il ne peut
être question de conflit d'intérêts ou de confusion des genres, TVA ayant
traité "Le Banquier" avec la même approche journalistique que les autres
médias.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. David Longpré, appuyé par trois autres personnes, précise que TVA a des
intérêts financiers et commerciaux dans cette affaire, tandis qu'il agit à
titre personnel et n'a donc aucun intérêt sauf celui d'assurer que le public
ait droit à une information de qualité et à une séparation claire entre
l'information, la publicité et le divertissement.
    Le plaignant précise que Me Whiteside, dans son argumentaire, défend
longuement la diffusion de contenu culturel dans les journaux et téléjournaux.
Or, la plainte ne concerne pas la diffusion de contenu culturel au détriment
des nouvelles économiques ou politiques. Sur ce point, chaque réseau est libre
de diffuser les nouvelles culturelles qu'il souhaite, en autant que cela soit
bien de l'information et non la promotion de ses propres intérêts commerciaux.
    Il réplique à l'utilisation des Chartes des droits et libertés, par
Me Whiteside, pour défendre la liberté de choisir les événements à traiter.
Selon lui, le respect des droits et libertés n'empêche pas le respect de
l'éthique journalistique et qui dit droits dit aussi responsabilités.
    Dans le cas présent, il souligne que les droits et libertés de diffuser
les nouvelles de leur choix ne dispensait pas TVA de ses responsabilités
d'organisme de presse responsable et rigoureux, c'est-à-dire, de faire passer
l'intérêt du public à une information objective avant ses intérêts
commerciaux, de séparer le genre information du genre publicitaire et du genre
divertissement et ainsi éviter tout conflit d'intérêts ou apparence de conflit
d'intérêts.
    Selon M. Longpré, si TVA semble nier le conflit d'intérêts elle ne peut
nier l'apparence de conflit d'intérêts. A trois reprises - le 17 heures avec
Pierre Bruneau, le 22 heures avec Sophie Thibault et lors d'une manchette - il
a été démontré qu'il s'agissait d'une stratégie promotionnelle orchestrée et
non d'une simple information choisie par une équipe de journalistes. De
permettre qu'une station monopolise du temps d'information pour parler d'un
événement qu'elle a créé de toute pièce, c'est, indirectement, empêcher la
diffusion de nouvelles culturelles autres que celles appartenant à cette
station, ce qui pourrait éventuellement empêcher le téléspectateur, dans le
contexte actuel de concentration de la presse, de bénéficier d'une vision
pluraliste de l'information, argue-t-il.
    La représentante de TVA cite en exemple une concurrente du Banquier qui
aurait triplé le chiffre d'affaires de son commerce à la suite de son passage
à l'émission. Selon le plaignant, cet argument démontrerait bien le pouvoir
des médias, ce qui d'ailleurs milite en faveur d'une presse responsable étant
donné cet impact. M. Longpré soutient que si en fin de bulletin de nouvelles,
il y était présenté de façon déclarative le fait qu'une participante aurait
bénéficié dans sa vie des avantages de sa participation à l'émission,
peut-être alors pourrait-on prétendre à de l'information. Ou si la
participante avait été la première de l'histoire de la télévision à gagner un
million de dollars, et que tous les autres médias en avaient parlé, peut-être
y aurait-il eu matière à nouvelle. Mais dans le cas présent, le bulletin de 22
heures présentait une participante qui n'avait pas eu un succès particulier à
l'émission "Le Banquier" et qui n'avait rien à dire d'intérêt public.
    En réponse à l'argument de Me Whiteside selon lequel "les Québécois ont un
lien très intime et un intérêt marqué pour les événements télévisuels et les
artistes de leur milieu", il souligne que l'entrevue ne mettait pas en cause
un artiste ou une personne "ordinaire" ayant vécu quelque chose
d'extraordinaire.
    En réplique à l'argument selon lequel "Le Banquier constituait un
événement de la scène télévisuelle québécoise digne de mention...". M. Longpré
remarque que si cela pouvait justifier la diffusion dans le bulletin de
nouvelles, alors pourquoi Radio-Canada ne fait pas de même avec ses émissions.
Au mieux, ajoute-t-il, si TVA croit à l'importance de diffuser des nouvelles
sur les phénomènes culturels dignes de mention, pourquoi n'y a-t-il pas
d'entrevues avec Guy. A. Lepage ou un participant de "Loft Story".
    Selon le plaignant, TVA aurait fabriqué cette nouvelle pour mousser la
diffusion de l'émission "Le Banquier".
    M. Longpré conclut en soulignant le phénomène grandissant d'autopromotion
dans l'information, et devant une convergence et une concentration
particulièrement importantes, il croit que le Conseil de presse doit lancer un
message clair : "la confusion des genres n'a pas sa place, un bulletin de
nouvelles n'est pas une infopublicité et le public a le droit d'être protégé à
cet égard".

    DECISION

    M. David Longpré dénonçait de la publicité déguisée en information dans
les bulletins de nouvelles de TVA. Le 17 janvier dans le bulletin de nouvelles
du "TVA 17 heures", le chef d'antenne M. Pierre Bruneau accordait une entrevue
à Julie Snyder, animatrice de la nouvelle émission-jeu "Le Banquier", au sujet
de cette nouvelle émission. Le 25 janvier, en soirée, durant une manchette,
Mme Sophie Thibault, chef d'antenne du bulletin de nouvelles du "TVA 22
heures", annonçait une entrevue avec une concurrente de l'émission "Le
Banquier", comme si c'était une nouvelle d'intérêt public. Le plaignant juge
que cette publicité déguisée en information pouvait amener le public à
confondre information et publicité, entraînant ainsi une confusion des genres
et un conflit d'intérêts.
    Le premier grief dénoncé par le plaignant concerne le manque
d'indépendance entre les secteurs de l'information et de la publicité, d'où la
présentation de publicité déguisée en information installant ainsi une
confusion des genres.
    Tel qu'exprimé dans le guide déontologique Droits et responsabilités de la
presse, les médias d'information bénéficient d'une grande liberté
rédactionnelle. A cet effet, ce même guide précise que la presse peut "choisir
ses propres sujets et décider de l'importance qu'elle entend y accorder". Le
Conseil doit donc tenir compte de la liberté rédactionnelle reconnue aux
médias. Il ne peut, ni ne doit déterminer la pertinence de la diffusion d'une
information et du temps d'antenne lui étant consacré. Cette liberté en matière
de choix rédactionnels entraîne toutefois en contrepartie certaines
obligations dont celle prévoyant que "les médias doivent s'interdire de faire
leur propre publicité ou la promotion de leur programmation sous la forme de
nouvelles ou de reportages".
    Cette distinction entre l'information et l'autopromotion ou la publicité
est d'autant plus importante dans le cas présent, considérant l'apparence de
conflit d'intérêts dans laquelle se retrouve TVA, diffuseur de l'émission "Le
Banquier". Le Conseil constate qu'un temps d'antenne est réservé aux nouvelles
culturelles dans les bulletins d'information. L'entrevue avec l'animatrice
aurait pu être diffusée dans ce cadre de façon à montrer une claire
démarcation entre d'une part le bulletin de nouvelles proprement dit, dans
lequel l'apparence de conflits d'intérêts doit être évitée à tout prix et,
d'autre part, les chroniques culturelles qui peuvent notamment faire état des
émissions de divertissement diffusées par la même chaîne. Dans ce contexte, le
Conseil émet de sérieuses réserves sur le traitement des entrevues avec
Mmes Julie Snyder et Cheila Borneau. Ainsi, le grief concernant le manque
d'indépendance entre les secteurs de l'information et de la publicité, est
retenu.
    Le Conseil recommande aux médias d'être particulièrement vigilants dans
leur traitement des événements à caractère promotionnel qu'ils produisent pour
éviter toute confusion entre leurs activités commerciales et le traitement
impartial de l'information. Il est impérieux de préserver la confiance du
public quant à l'indépendance et à l'intégrité de l'information qui lui est
livrée et envers les médias et les professionnels de l'information qui la
collectent, la traitent et la diffusent.
    En ce qui a trait au rôle des chefs d'antenne qui fait l'objet du deuxième
grief, le Conseil ne peut départager leur rôle de celui du diffuseur dans le
choix des contenus des bulletins de nouvelles en cause. En conséquence, le
deuxième grief qui vise personnellement les deux chefs d'antenne est rejeté.
    Compte tenu des éléments précédemment exposés, le Conseil de presse
retient la plainte de M. David Longpré uniquement contre le Groupe TVA.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du Comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@consei ldepresse.qc.ca

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Conseil de presse du Québec

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