Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2006-08-008



    MONTREAL, le 5 mars /CNW Telbec/ -

    
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    Numéro de dossier : D2006-08-008

    Plaignant                   M. Damien Girard

    et

    Mis-en-cause                Mme Claude-Sylvie Lemery, rédactrice en chef
                                Le quotidien Métro
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    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Damien Girard reproche au quotidien Métro d'avoir été complaisant et
complice des propos homophobes tenus dans une lettre d'opinion publiée le
8 août 2006.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Damien Girard reproche au quotidien Métro d'avoir publié une lettre
d'opinion contenant des propos homophobes. Bien que le plaignant reconnaisse
que le journal mentionne que "Les opinions exprimées dans cette tribune ne
soient pas nécessairement celles de Métro", il considère que le journal a fait
preuve de complaisance et de complicité en publiant cette lettre au contenu
homophobe, intitulée "Personnes et actes homosexuels sont deux choses".
    L'auteur de cette lettre affirmait que "l'homosexualité est une
déviation" et comparait de manière tendancieuse, les homosexuels aux fumeurs
qui "nuisent" à la société. Le plaignant juge que ses propos sont rétrogrades
et qu'ils insinueraient que la condition des homosexuels serait inutile, voire
dommageable aux autres.
    Le plaignant conclut en soulignant que les propos publiés ne font
qu'attiser les préjugés et le mépris à l'endroit des gais.


    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Mme Claude-Sylvie Lemery, rédactrice en chef
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    Mme Claude-Sylvie Lemery fait d'abord une présentation du quotidien et
souligne que bien que Métro soit un quotidien gratuit, il offre une
information crédible et objective pour ses lecteurs. Leur indépendance
journalistique est identique à celle des quotidiens d'information
traditionnels.
    Mme Lemery fait ensuite une mise en contexte des événements. La
publication de la lettre de M. Lizotte faisait suite à un article publié le
25 juillet 2006 intitulé "Une voix discordante à l'approche des Outgames",
concernant une conférence de presse organisée par M. Lizotte qui présentait
son livre intitulé "L'Homosexualité, les mythes et les faits". Deux jours plus
tard, M. Lizotte demandait à Métro un droit de réplique en réponse à l'article
qui lui aurait porté préjudice. Après quelques demandes d'ajustements, la
lettre fut publiée dans la page "Opinions", le 8 août 2006. Le lendemain,
Métro recevait la lettre de plainte du plaignant. Le journal aurait alors
proposé à M. Girard la possibilité de s'exprimer dans les pages du journal, ce
qu'il aurait refusé.
    Entre temps, la mise-en-cause souligne que le journal a reçu plusieurs
lettres de lecteurs en réaction à celle de M. Lizotte. Métro a décidé de les
présenter en un seul bloc avec une présentation qui mettait en contexte la
parution de ces lettres.
    Elle ajoute que dès janvier 2005, Métro a publié plus de 50 articles en
prévision des Outgames, en présentant les activités, les manifestations et les
nouvelles concernant cet événement.
    En conclusion, Mme Lemery souligne que le journal a effectué un travail
journalistique irréprochable en publiant la réplique de M. Lizotte, en
proposant un droit de réplique au plaignant et en publiant plusieurs lettres
en réaction à la lettre de M. Lizotte. Selon elle, il est donc injustifié de
déclarer que le journal a fait preuve de complaisance et de complicité en
publiant la lettre de M. Lizotte.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Damien Girard rappelle que sa plainte ne concerne pas la couverture
des Outgames, mais qu'elle vise une lettre publiée dans la rubrique "Opinions"
du journal Métro, le 8 août 2006.
    Il mentionne qu'il ignorait l'article paru le 25 juillet 2006 faisant
état d'une conférence de presse donnée par M. Lizotte, lorsqu'il a lu la
lettre de ce dernier dans la page réservée aux lecteurs. Selon lui, l'article
lui paraît acceptable puisqu'il rapporte les réactions d'un porte-parole du
groupe visé. Il soulève qu'il est étrange que Mme Lemery, qui qualifie
l'article "d'irréprochable", acquiesce à la requête de M. Lizotte. Selon lui,
c'est à ce stade que la rédactrice en chef aurait manqué de discernement et
que "sa négligence a(urait) fait de ce journal le support momentané des propos
discriminatoires de l'auteur".
    M. Girard souligne que l'argumentaire de l'auteur se résume à propager
son idée que les gais sont inférieurs sans qu'on l'accuse d'être homophobe. Et
pour cela, il utilise à l'aide de sophismes et d'obscures recherches, à
séparer l'homosexuel de l'homosexualité. Selon lui, il allait de soi de
refuser l'offre de Mme Lemery de justifier, par écrit, comment sa sexualité ne
représente pas une menace pour les autres. Selon le plaignant, son invitation
ne consistait donc pas à participer à un banal échange d'opinions mais à un
débat menant directement à la remise en cause de la légitimité de droits
difficilement acquis.
    Il termine en mentionnant que c'est avec des propos, comme a tenu
M. Lizotte, qu'on ridiculise, torture, incarcère et tue même des homosexuels
dans plusieurs pays. Voilà donc pourquoi il a décidé de porter plainte au
Conseil de presse en se basant sur un article tiré du guide Droits et
responsabilités de la presse. "Selon la Charte des droits et libertés de la
personne du Québec, toute personne "a droit à la reconnaissance et à
l'exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans
distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe,
la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge (...), la religion,
les convictions politiques, la langue, l'origine ethnique ou nationale, la
condition sociale, le handicap (...).
    Les médias et les professionnels de l'information doivent éviter de
cultiver ou d'entretenir les préjugés. Ils doivent impérativement éviter
d'utiliser, à l'endroit des personnes ou des groupes, des représentations ou
des termes qui tendent à soulever la haine et le mépris, à encourager la
violence ou encore à heurter la dignité d'une personne ou d'une catégorie de
personnes en raison d'un motif discriminatoire.
    En tout temps, et en toute situation, les reporters, commentateurs et
éditorialistes doivent s'obliger aux plus hauts standards professionnels en
cette matière."

    DECISION

    La politique de publication de lettres des lecteurs relève de la
prérogative de l'éditeur. Cependant, ce dernier doit se montrer prudent dans
la publication de ces lettres. Bien que les médias doivent encourager la libre
circulation des idées et l'expression du plus grand nombre de points de vue,
ils doivent toutefois éviter de cultiver ou d'entretenir des préjugés.
    M. Damien Girard reprochait au quotidien Métro d'avoir publié des propos
homophobes, tels que "l'homosexualité est une déviation qui ne profite ni à
l'individu ni à la société" et en comparant l'homosexualité aux fumeurs qui
"nuisent" à la société, dans une lettre publiée dans la rubrique "Opinions",
le 8 août 2006. La rédactrice en chef, Mme Lemery, répond que la lettre a été
publiée afin d'accorder un droit de réplique à un lecteur et avait invité
M. Girard à écrire lui aussi dans la section réservée aux lecteurs, mais que
ce dernier aurait refusé.
    La latitude dont jouit un média, ses jugements d'appréciation en matière
de publication de lettres ouvertes doivent demeurer conformes à sa
responsabilité d'informer le public et de veiller à ce que les lettres des
lecteurs ne véhiculent pas des propos outranciers, insultants ou
discriminatoires pouvant être préjudiciables à des personnes ou à des groupes.
Même si la publication de lettres de lecteurs ne constitue pas toujours le
meilleur moyen de réparer le préjudice causé, les médias doivent s'ouvrir aux
commentaires. Le Conseil note que le journal a consacré sa rubrique
"Opinions", du 14 août 2006, à la réaction de plusieurs lecteurs, permettant
ainsi d'équilibrer les points de vue.
    La jurisprudence du Conseil indique que l'usage en pareil cas est de
considérer que même si la publication de lettres de lecteurs ne peut réparer
complètement le tort causé, la publication peut libérer les mis-en-cause d'un
blâme. Le grief est par conséquent rejeté.
    Au deuxième point soulevé par le plaignant à l'effet qu'en publiant des
propos homophobes, le journal aurait fait preuve de complaisance et de
complicité. Le Conseil est d'avis qu'en ayant considéré que le journal avait
respecté ses devoirs quant à la démarche à suivre concernant l'accès du public
aux médias, et en ayant fait une recommandation à cet égard, ce serait faire
un procès d'intention au journal que de retenir ce grief. Le Conseil estime
que les éléments soumis à son analyse ne permettent pas d'établir d'intention
malveillante. Le grief est donc rejeté.
    Compte tenu des éléments exposés ci-haut, le Conseil de presse rejette la
plainte de M. Damien Girard à l'encontre du quotidien Métro.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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