Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier D2006-07-004



    
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    Numéro de dossier : D2006-07-004

    Plaignant                       M. Gaston Laurion

    et

    Mis-en-cause                    M. Yves Boisvert, journaliste
                                    M. Eric Trottier, directeur de
                                    l'information
                                    Le quotidien La Presse

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    MONTREAL, le 5 mars /CNW Telbec/ -





    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Gaston Laurion porte plainte contre M. Yves Boisvert pour manque de
rigueur dans une chronique parue le 6 juillet 2006 dans le quotidien La
Presse. Il lui reproche d'avoir donné une information incomplète, en omettant
de rapporter des citations, et d'avoir fait preuve de sensationnalisme.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Gaston Laurion reprochait au journaliste, M. Yves Boisvert, d'avoir
manqué de rigueur dans une chronique parue le 6 juillet 2006 dans le journal
La Presse. La plainte portait sur le volet de la chronique intitulé
"M. Michaud et la Cour".
    Le sujet de ce volet était les suites actuelles d'une histoire datant de
2000. Dans son article, le journaliste écrivait : "C'est une vieille histoire,
mais elle n'est pas finie. Je suis encore d'avis qu'Yves Michaud a tenu des
propos plus que douteux en faisant allusion aux juifs et au vote des immigrés
au référendum de 1995. Mais je suis aussi d'avis que l'Assemblée nationale a
abusé de son pouvoir en le condamnant." Dans les faits, le 13 décembre 2000,
M. Yves Michaud aurait tenu des propos qualifiés par certains d'antisémites et
de racistes dans le cadre des travaux de la Commission des Etats généraux sur
la situation et l'avenir de la langue française au Québec. L'Assemblée
nationale avait par la suite unanimement voté une motion de blâme à l'encontre
de M. Michaud.
    Le plaignant reproche ainsi au journaliste d'avoir omis de citer les
propos de M. Michaud, que le journaliste a qualifié de "plus que douteux", et
de ne pas avoir expliqué la raison pour l'emploi de ce qualificatif.
    Selon le plaignant, l'information transmise par le journaliste serait
donc incomplète et le lecteur n'aurait pas la possibilité de vérifier ses
sources. De ce fait, M. Laurion considère que M. Boisvert a fait preuve de
sensationnalisme.


    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Yves Boisvert, journaliste
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    M. Yves Boisvert explique tout d'abord que le texte concerné par la
plainte est une chronique identifiée comme telle. Cela suppose, selon lui, une
liberté dans le choix et le traitement des sujets. De plus, le lecteur doit
s'attendre à ce que l'auteur exprime des commentaires sur des sujets d'intérêt
public. M. Boisvert considère que l'affaire Michaud en est un, puisqu'il a
fait l'objet de jugements en Cour supérieure et en Cour d'appel.
    Ainsi, le texte réfèrerait clairement aux décisions de ces Cours, dans
lesquelles une partie des propos que M. Boisvert trouve "douteux", seraient
reproduits. Il renvoie le lecteur au site Internet http://www.jugements.qc.ca,
qui référence les jugements de nombreux tribunaux et organismes du Québec.
Dans la décision de la Cour d'appel, on peut lire une partie des propos de
M. Michaud. De plus, l'affaire ayant été maintes fois discutée dans les
journaux, le mis-en-cause estime qu'il n'avait pas à reproduire l'entièreté de
ces propos.
    Par ailleurs, il considère qu'il est légitime, quoique matière à
controverse, d'estimer les propos de M. Michaud douteux.
    M. Boisvert mentionne ensuite que le sensationnalisme est un procédé par
lequel on exagère indûment un fait au point de lui donner une importance
démesurée et de le dénaturer. Or, il estime que cinq paragraphes sur un sujet
d'intérêt public à la fin de sa chronique ne peuvent pas être considérés comme
du sensationnalisme, ni par le ton, ni par l'espace occupé.
    Il précise enfin que, dans sa chronique, il prend la défense de
M. Michaud, tout en exprimant son désaccord avec les propos de ce dernier qui
ont entraîné un blâme de l'Assemblée nationale.

    Commentaires de M. Eric Trottier, directeur de l'information
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    M. Trottier mentionne que La Presse est solidaire de l'article et des
explications de M. Boisvert.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant déplore que la réponse de M. Boisvert ne réponde pas à sa
demande. La seule chose qui lui importait était qu'on lui cite les "propos
plus que douteux" que M. Michaud aurait tenus à l'occasion des audiences des
Etats généraux sur la langue française et qui lui ont valu le blâme de
l'Assemblée nationale.


    DECISION

    Le plaignant, M. Gaston Laurion portait plainte contre M. Yves Boisvert,
journaliste à La Presse concernant une chronique publiée le 6 juillet 2006.
    Dans un volet de cette chronique, le journaliste commentait une récente
décision de la Cour d'appel dans une affaire opposant M. Yves Michaud à
l'Assemblée nationale. En effet, la Cour d'appel a rejeté la requête de
M. Michaud, pour le même motif que l'avait fait la Cour supérieure,
c'est-à-dire que les tribunaux ne peuvent porter atteinte au privilège de
l'Assemblée nationale d'exercer un contrôle exclusif sur ses débats.
    M. Laurion reprochait d'abord au journaliste son manque de rigueur pour
ne pas avoir cité les propos de M. Yves Michaud, dont il parlait dans sa
chronique. Pour le plaignant, cela rendait l'information incomplète. A cet
égard, le Conseil rappelle que les chroniqueurs doivent rappeler les faits
relatifs aux événements, situations et questions qu'ils décident de traiter
avant de présenter leur point de vue, afin que le public puisse se former une
opinion en toute connaissance de cause quant aux sujets sur lesquels ils se
prononcent. Or, après analyse, le Conseil a estimé que dans sa chronique,
M. Boisvert n'a pas manqué à l'éthique journalistique dans la mesure où il a
expliqué le contexte entourant la décision de la Cour et les propos de
M. Michaud. Il a rappelé le sujet de ces derniers, même s'il ne les a pas
cités. Les griefs pour information incomplète et manque de rigueur sont donc
rejetés.
    Le plaignant dénonçait aussi le fait que le journaliste n'indiquait pas
les sources permettant de lire les propos de M. Michaud. Or, les indications
consignées dans l'article permettaient aux lecteurs de facilement trouver la
décision de la Cour d'appel dans laquelle les propos de M. Michaud sont en
grande partie cités. Ainsi, le grief pour absence de source est rejeté.
    Le plaignant reprochait ensuite au mis-en-cause d'avoir qualifié les
propos de M. Michaud de "plus que douteux", alors même qu'ils n'étaient pas
cités dans la chronique. Le journaliste, disposant d'une grande latitude dans
la rédaction de sa chronique, avait le droit de donner son opinion concernant
les propos de M. Michaud. De plus, dans la mesure où le sujet de ces propos
est mentionné, qu'ils sont replacés en contexte, et que le lecteur a une
référence lui permettant de les consulter, M. Boisvert avait la latitude pour
les qualifier de "plus que douteux". Le grief pour expression d'opinion est
donc rejeté.
    Le plaignant reprochait enfin au journaliste d'avoir fait preuve de
sensationnalisme. Après analyse, le Conseil considère que la chronique de
M. Boisvert n'est pas sensationnaliste. Celui-ci présente les faits avant de
les commenter et ne met pas l'accent sur les paroles de M. Michaud, mais au
contraire sur l'injustice de la part de l'Assemblée nationale dont M. Michaud
aurait été victime. Le grief de sensationnalisme n'a donc pas été retenu.
    Pour l'ensemble des motifs exposés, la plainte de M. Gaston Laurion
contre M. Yves Boisvert et le quotidien La Presse est rejetée.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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