Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2008-10-026



    
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    Numéro de dossier :  D2008-10-026

    Plaignant            M. Fo Niemi, directeur général
                         Centre de recherche-action sur les relations
                         raciales (CRARR)

    et

    Mis-en-cause         Mme Louise Leduc, journaliste
                         M. Eric Trottier, directeur de l'information
                         Le quotidien La Presse
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    MONTREAL, le 19 mai /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Fo Niemi porte plainte contre la journaliste Louise Leduc et le
quotidien La Presse, pour inexactitude. Le plaignant, en tant que directeur
général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR),
estime que la journaliste aurait fourni une information incomplète.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    
    1.  M. Fo Niemi reproche à la journaliste, Louise Leduc, d'avoir
        retranscrit de manière inexacte ses propos, tenus la veille de la
        publication de l'article, lors d'une conférence de presse. Celle-ci,
        en date du 2 octobre 2008, rendait publique la décision de la
        Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse,
        dans le cas du jeune Philippin ayant été l'objet de commentaires et
        réprimandes à l'école, relativement à sa manière de manger.
    2.  Le plaignant rappelle les personnes présentes à la conférence de
        presse : Mme Marie Gallardo, mère du jeune Philippin, Mme Angie
        Ogerio et M Leandro Tolentino, présidente et vice-président de la
        Fédération des Filipino Canadian Associations of Quebec. Le plaignant
        précise que M. Leandro Tolentino animait la conférence de presse, qui
        était en anglais. Seul le plaignant s'exprimait en langue française.
    3.  M. Niemi affirme que, lors de la conférence de presse, M. Tolentino a
        déploré le manque de représentativité des membres de la Commission
        qui expliquerait la décision de celle-ci. Le plaignant n'a repris ses
        propos que pour les traduire sur demande d'un journaliste de Radio-
        Canada. Il aurait ensuite précisé, en anglais, qu'il n'y avait aucune
        preuve permettant de faire le lien entre la diversité des membres de
        la Commission et le résultat de la décision. Le plaignant reproche à
        la journaliste de ne pas avoir rapporté cet élément.
    4.  Ensuite, le plaignant déplore que la journaliste n'ait pas fait état
        de la demande du CRARR à l'effet que la Commission se dote de
        politiques pour mieux analyser les plaintes relatives au racisme.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Patrick Bourbeau, affaires juridiques du quotidien La
    Presse
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    5.  Me Patrick Bourbeau nie les allégations du plaignant et présente la
        journaliste Louise Leduc comme une professionnelle rigoureuse,
        travaillant dans le métier depuis 16 ans, dont 7 au sein du service
        d'information de La Presse.
    6.  Le représentant des mis-en-cause précise que la journaliste a assisté
        à la conférence de presse sur laquelle elle base son reportage du 3
        octobre 2008.
    7.  Concernant l'accusation d'inexactitude, la partie mise en cause
        rétorque que le plaignant ne nie pas avoir tenu les propos que lui
        assignait la journaliste. Me Bourbeau explique que le plaignant n'a
        pas précisé clairement aux journalistes qu'il ne faisait qu'une
        traduction des propos de M. Tolentino et qu'il n'endossait pas ces
        propos. De plus, Mme Leduc n'aurait pas été la seule à interpréter
        l'intervention du plaignant de la même manière, puisque CTV et Radio-
        Canada avait également diffusé, le 2 octobre 2008, des reportages
        allant dans ce sens.
    8.  Me Bourbeau rapporte les paroles du plaignant où celui-ci ne nie pas
        le lien de causalité entre la composition de la Commission et ses
        décisions : "Je crois que pour la première fois dans l'histoire de la
        Commission, on n'a pas d'anglophones, qu'on n'a pas de juifs, qu'on
        n'a pas d'autochtones. C'est la première fois dans l'histoire de la
        Commission depuis sa création en 1976. Je ne dis pas que ce manque de
        représentativité mène à un manque de sensibilité sur toutes les
        questions de racisme, tout ce que je dis c'est qu'il y a un constat
        qu'il y manque de cette représentation-là et c'est pour ça qu'on
        trouve que le gouvernement assure que les commissaires reflètent la
        diversité du Québec."
    9.  La journaliste en cause (ainsi que les journalistes de CTV et Radio-
        Canada) aurait donc interprété les propos de M. Niemi comme une
        affirmation selon laquelle cette décision de la Commission, discutée
        en conférence de presse, avait été influencée par un manque de
        représentativité, même si toutes ses décisions ne le sont pas.
    10. Enfin, Me Bourbeau explique que la journaliste dispose d'une grande
        liberté rédactionnelle et qu'il lui appartenait de choisir ou non les
        propos de M. Fo Niemi pour son article.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    11. M. Fo Niemi réitère que la transcription de ses propos décrit
        clairement qu'il ne fait pas de cause à effet entre la
        représentativité de la Commission et ses décisions. Selon lui, il a
        seulement fait un constat, contrairement à M Tolentino. Or, les mis-
        en-cause en ont fait une interprétation subjective. Les termes
        suivants dans les "Commentaires" au Conseil en seraient une
        illustration : "donnait clairement à penser" et " laisse sous-
        entendre". Selon le plaignant, la phrase rapportée en français ne se
        dissociait pas de la précision en anglais. Or, la journaliste a omis
        cette dernière. Le plaignant défend le fait qu'il s'est bien dissocié
        des propos de M. Tolentino dans son discours pris dans son ensemble
        et non pas dans la seule citation des mis-en-cause, hors de tout
        contexte.
    12. Le plaignant souligne que la journaliste n'a, à aucun moment, demandé
        de précisions concernant la représentativité de la Commission. Il
        rappelle que ce point n'est pas soulevé dans le communiqué de presse
        pour la raison suivante : pour le CRARR il n'y a aucun lien entre
        celui-ci et le sujet de la conférence de presse ou la décision de la
        Commission.
    13. Enfin, M. Niemi ne remet pas en cause la liberté rédactionnelle des
        journalistes, en souhaitant que le nom de M. Tolentino soit évoqué
        dans l'article de la mise en cause. Selon lui, il s'agit d'une
        question d'exactitude de l'information.

    DECISION

    14. M. Fo Niemi porte plainte contre la journaliste Louise Leduc et le
        quotidien La Presse. En tant que directeur général du Centre de
        recherche-action sur les relations raciales (CRARR), le plaignant
        reproche à la mise-en-cause d'avoir tenu des propos inexacts dans
        l'article du 3 octobre 2008, intitulé "Une remarque raciste isolée".
        Il l'accuse aussi d'avoir fourni une information incomplète et au
        journal.

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                           Grief 1 : inexactitude
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    15. En premier lieu, le plaignant remet en cause les propos que lui a
        attribué la journaliste. Il affirme que ce n'est pas lui qui a parlé
        de la prétendue absence de représentativité des membres de la
        Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse,
        mais le représentant de la communauté philippine, M. Tolentino. Il ne
        nie pas avoir prononcé ces paroles, mais ce n'était que pour traduire
        les propos de ce dernier devant les journalistes francophones, car la
        conférence était en anglais. Plus tard, dans la conférence, il aurait
        émis des réserves au nom du CRARR quant à cette position. Or, selon
        la mise-en-cause, le plaignant n'a pas fait de dissociation entre ses
        propos et ceux du représentant de la communauté philippine.
    16. Le guide des Droits et responsabilités du Conseil de presse défend la
        notion d'exactitude dans les articles journalistiques : "En ce qui a
        trait à la nouvelle et au reportage, les médias et les professionnels
        de l'information doivent s'en tenir à rapporter les faits et à les
        situer dans leur contexte sans les commenter." DERP, p. 26
    17. Pour évaluer les deux discours contradictoires, le Conseil a visionné
        les reportages de CTV et Radio-Canada sur le sujet. Ces extraits ont
        été fournis par les parties. Or, le Conseil a observé que, dans les
        deux reportages, les journalistes ont interprété les propos du
        plaignant de la même manière que Mme Leduc, à savoir que M. Niemi
        observait un manque de représentativité au sein de la Commission des
        droits de la personne et des droits de la jeunesse. La mise-en-cause
        ne dit pas que le plaignant fait le lien entre ce manque de
        représentativité et la décision de la Commission. Si, comme le
        plaignant l'affirme, il ne partageait aucunement ces propos, le
        Conseil estime qu'il n'a pas été suffisamment explicite lors de la
        conférence de presse. La journaliste n'a fait que reprendre les
        positions de chaque acteur et remettre en perspective la décision de
        la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
    18. Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse ne retient pas le grief
        pour inexactitude.

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                       Grief 2 : information incomplète
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    19. En second lieu, le plaignant reproche à la journaliste de ne pas \
        avoir fourni une information complète sur la position du CRARR, dont
        il est le directeur général. Elle aurait notamment omis de mentionner
        le fait que le plaignant considère important que la commission se
        dote d'une politique pour mieux analyser les plaintes de racisme.
    20. En matière d'information incomplète, le guide de déontologie des
        Droits et responsabilités de la presse stipule : "Le choix des faits
        et des événements rapportés, de même que celui des questions
        d'intérêt public traitées, relèvent de la discrétion des directions
        des salles de nouvelles des organes de presse et des journalistes. Il
        leur appartient aussi de déterminer les genres journalistiques qu'ils
        utilisent pour le traitement des informations recueillies." DERP,
        p.14
    21. Le Conseil estime que la journaliste a décidé d'orienter le contenu
        sur d'autres propos tenus par le plaignant, qu'elle jugeait plus
        pertinents au regard de l'intérêt public. En cela, elle a exercé sa
        liberté rédactionnelle et n'a pas failli à la déontologie
        journalistique.
    22. Le Conseil de presse ne retient pas le grief pour information
        incomplète.

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    23. Au vu de tout ce qui précède, le Conseil de presse rejette la plainte
        de M. Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur
        les relations raciales à l'encontre de la journaliste Mme Louise
        Leduc et du quotidien La Presse.

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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