Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2008-09-015



    
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    Numéro de dossier :  D2008-09-015

    Plaignant            M. Mohammed Boudjenane

    et

    Mis-en-cause         M. Benoît Dutrizac, journaliste et animateur
                         M. Yves bombardier, directeur général
                         L'émission "Dutrizac, l'après-midi"
                         La station radiophonique 98,5 FM
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    MONTREAL, le 19 mai /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Mohamed Boudjenane porte plainte contre Benoît Dutrizac pour avoir,
lors de l'émission du 10 septembre 2008 où il interrogeait Mme Samira Laouni,
candidate du NPD dans Bourrassa, tenu des propos injurieux contre la
communauté musulmane, en plus d'inciter à la haine et à la violence.

    GRIEFS DU PLAIGNANT
    
    1.  Selon M. Boudjenane, M. Dutrizac aurait, lors de son entrevue avec la
        candidate du NPD dans Bourrassa, tenu des propos racistes, sexistes
        et insultants à son encontre. Il fait plus précisément référence au
        moment où il fut question des musulmans qui forcent leurs enfants à
        aller à l'école, affamés pendant le mois de ramadan et conclut que,
        ce faisant, une image barbare et inhumaine de la religion a été
        diffusée, en plus de constituer des informations inexactes concernant
        la pratique de la religion. Il en aurait découlé, selon lui, un
        certain préjudice pour la communauté musulmane.
    2.  Le plaignant explique que la référence au fait que, si M. Dutrizac
        violait la candidate, cette dernière aurait besoin de trois témoins,
        selon la loi musulmane, pour valider sa plainte, constitue, encore
        une fois, de l'information inexacte. Il ajoute qu'inciter au viol
        demeure chargé de sexisme et encourage potentiellement la violence
        contre les femmes.
    3.  M. Boudjenane conclut que l'entrevue conduite par M. Dutrizac
        n'informait nullement l'auditeur sur le programme politique de la
        candidate ni même sur ses capacités politiques. Selon lui, M.
        Dutrizac encourageait tout simplement au mépris de la communauté
        musulmane québécoise et canadienne, en plus d'inciter à la haine.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Yves Bombardier, directeur général
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    4.  Expliquant que Corus Québec s'est retiré du Conseil de presse en
        septembre 2008, à la suite de l'avis public de radiodiffusion du CRTC
        approuvant le Code d'indépendance journalistique du Conseil canadien
        des normes de la radiotélévision (CCNR), le mis-en-cause décline la
        demande de commentaires qui lui a été adressée.
    5.  Il précise ne pas désirer se soumettre à la juridiction de deux
        organismes différents.

    DECISION

    6.  M. Mohamed Boudjenane porte plainte contre M. Benoît Dutrizac pour
        avoir, lors de l'émission du 10 septembre 2008 où il interrogeait Mme
        Samira Laouni, candidate du NPD dans Bourrassa, tenu des propos
        injurieux contre la communauté musulmane, en plus d'inciter à la
        haine et à la violence.

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                           Grief 1 : choix du sujet
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    7.  Le plaignant déplore, dans un premier temps, que les propos échangés
        entre M. Dutrizac et son invitée n'aient pas informé les auditeurs
        sur le programme politique de cette dernière, ce que l'analyse
        effectuée par le Conseil de presse confirme.
    8.  Il est néanmoins un principe, que consacre le guide des Droits et
        responsabilités de la presse (DERP) selon lequel les médias et les
        professionnels de l'information sont libres de décider de l'attention
        qu'ils décident de porter à un sujet en particulier. Le choix d'un
        sujet et sa pertinence relèvent du jugement rédactionnel. Par
        conséquent, M. Dutrizac pouvait choisir de ne pas interroger son
        invitée sur son programme politique. Le grief est rejeté.

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                Grief 2 : inexactitude des propos/exagération
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    9.  M. Boudjenane formule deux reproches à l'endroit du mis-en-cause
        concernant l'exactitude des propos tenus. Il précise qu'il est
        inexact que les musulmans forcent leurs enfants à aller à l'école
        affamés pendant le mois de ramadan, en plus du fait que cette
        information donnait, selon lui, une image inhumaine de la religion.
        Il ajoute qu'il est également inexact que, selon la loi musulmane, il
        faille trois témoins pour valider une plainte pour viol. Il conclut
        qu'il s'agit d'un commentaire sexiste incitant à la violence.
    10. A cet effet, le DERP précise qu'une information de qualité fait
        preuve de précision et de respect des faits. Or, l'analyse du Conseil
        a permis de conclure qu'il est difficile d'émettre une affirmation
        aussi tranchée que celle de M. Dutrizac, selon laquelle, les enfants
        musulmans seraient affamés en période de ramadan, alors qu'ils vont à
        l'école. Pour le Conseil, il est toutefois un fait que l'animateur a
        pour style propre, l'utilisation de questions et de constats
        généralistes, potentiellement provocateurs, avant de laisser la
        parole à ses invités. Ces derniers ont alors le loisir de venir
        rectifier ses propos, ce qui fut le cas ici.
    11. Quand à l'affirmation selon laquelle une plainte pour viol n'est
        valide que si elle est confirmée par trois témoins, le Conseil
        remarque que M. Dutrizac n'a pas été jusqu'à préciser le nombre de
        témoins nécessaires, il a simplement mentionné que ceux-ci devaient
        témoigner. Avec l'analyse, le Conseil a constaté que ce précepte est
        issu de la charia, soit la loi islamique, c'est-à-dire un dogme à
        fondement religieux, ce que le mis-en-cause a précisé. Le grief est
        rejeté.

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                         Grief 3 : propos injurieux
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    12. Enfin, pour le plaignant, les propos échangés entre M. Dutrizac et
        son invitée, en plus d'être injurieux, encourageraient à la haine et
        au mépris de la communauté musulmane.
    13. A ce sujet, le DERP précise que "Les médias et les professionnels de
        l'information (...) doivent impérativement éviter d'utiliser, à
        l'endroit des personnes ou des groupes, des représentations ou des
        termes qui tendent à soulever la haine et le mépris, à encourager la
        violence ou encore à heurter la dignité d'une personne ou d'une
        catégorie de personnes en raison d'un motif discriminatoire." DERP,
        p. 41
    14. En procédant à l'analyse de l'entrevue entre M. Dutrizac et Mme
        Laouni, le Conseil n'a relevé aucun propos injurieux. Concernant
        l'incitation à la violence, le plaignant ne donnait qu'un unique
        exemple, celui que nous avons relevé plus haut, soit celui du viol
        qui requérrait trois témoins pour qu'en soit condamné l'auteur. Après
        analyse, le Conseil constate qu'il est encore une fois ici question
        du style propre à l'animateur qui a choisi d'utiliser une mise en
        situation impliquant son invitée. Il est néanmoins clair que M.
        Dutrizac n'appelle nullement à la violence contre cette dernière, pas
        plus qu'il ne défend l'exemple qu'il prend.
    15. Concernant l'incitation au mépris de la communauté musulmane, le
        Conseil a remarqué que l'usage d'images caricaturales est un des
        éléments constitutifs du style de l'animateur, mais qu'il n'y était
        pas fait appel dans le but de démontrer d'un quelconque mépris vis-à-
        vis de la communauté musulmane. Le grief est donc rejeté.

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                 Grief 4 : non-participation des mis-en-cause
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    16. Enfin, le Conseil de presse regrette la non-participation des mis-en-
        cause visés par la plainte, ce qui va à l'encontre de la
        responsabilité qu'ont les médias de répondre publiquement de leurs
        actions. Le citoyen requérant dans ce dossier a choisi de s'adresser
        au Conseil de presse du Québec comme mécanisme d'autorégulation. En
        ne satisfaisant pas à ce choix du plaignant et en refusant de
        répondre à la présente plainte, sous prétexte que Corus ne répond
        maintenant qu'aux plaintes adressées au CCNR, le média en cause prive
        le citoyen de son droit de choisir l'organisme auquel il désire
        s'adresser et refuse ainsi de participer au processus
        d'autorégulation. Le Conseil de presse insiste sur l'importance pour
        tous les médias de participer aux mécanismes d'autorégulation qui
        contribuent à la qualité de l'information et à la protection de la
        liberté de presse. Cette collaboration constitue un moyen privilégié
        pour eux de répondre publiquement de leur responsabilité d'informer
        adéquatement les citoyens. Le Conseil déplore le manque de
        collaboration du mis-en-cause, qui a refusé de répondre devant le
        tribunal d'honneur de la plainte le concernant.

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    17. Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse rejette la plainte de
        M. Mohamed Boudjenane contre M. Benoît Dutrizac et la station
        radiophonique 98,5 FM, aux griefs de choix du sujet, de
        l'inexactitude des propos et de propos injurieux, mais blâme la
        station pour manque de collaboration.

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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