Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2008-09-014



    
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    Numéro de dossier :   D2008-09-014

    Plaignant             M. Gilles Pelletier

    et

    Mis-en-cause          M. Nelson Dumais, journaliste
                          Mme Suzanne Colpron, chef de l'information
                          Le portail Internet Cyberpresse
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    MONTREAL, le 19 mai /CNW Telbec/ -

    
    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Gilles Pelletier porte plainte contre M. Nelson Dumais, chroniqueur du
blogue "Technaute" hébergé par Cyberpresse, pour manque d'objectivité
résultant d'une position de conflit d'intérêts, ainsi que pour sa gestion de
la section "commentaires" de son blogue qui ne serait pas conforme à l'éthique
journalistique.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    1.  M. Gilles Pelletier explique que sa plainte concerne la couverture de
        l'informatique par M. Nelson Dumais, l'absence de réponse aux
        sollicitations qu'il a adressées à M. Philippe Cantin, le directeur
        de l'information du quotidien La Presse, ainsi que la gestion du
        blogue animé par M. Dumais.
    2.  Le plaignant fait référence à plusieurs chroniques de M. Dumais où ce
        dernier mentionne des voyages qui lui ont été offerts par des
        multinationales de l'informatique, dans le cadre de l'exercice de son
        métier de journaliste. M. Pelletier ajoute que, dans le cas des
        compagnies qui proposent des logiciels à codes ouverts, ces cadeaux
        n'ont pu être aussi généreux.
    3.  Il précise que M. Dumais a expliqué que cette disparité de traitement
        ne l'influençait nullement. Il cite à cet effet un extrait d'une
        chronique où le mis-en-cause mentionne que "tout ce traitement de
        faveur ne (l)'a jamais empêché de dire les vraies affaires". Or, pour
        le plaignant, M. Dumais aurait une préférence pour les structures
        lourdes, puisqu'il aurait lui-même reconnu accorder une couverture
        proportionnelle à la popularité des différents concurrents sur le
        marché informatique. De son avis, cette préférence est en lien direct
        avec les faveurs qu'il recevrait de la part de ces entreprises.
    4.  M. Pelletier précise qu'il a été censuré à plusieurs reprises du
        blogue de M. Dumais et s'étonne que, contrairement à d'autres
        citoyens, son message ait été supprimé au lieu d'être remplacé par la
        mention "propos retirés". Il conclut que cette censure est
        manuellement exercée par le mis-en-cause sur son propre blogue,
        puisqu'il lui est toujours possible de poster des commentaires sur
        d'autres blogues du portail Cyberpresse. De son avis, il n'est pas
        normal que la responsabilité de la censure soit laissée au
        journaliste qui anime un blogue.
    5.  Le plaignant revient sur la question des formats à codes ouverts et
        explique qu'il déplore que les chroniqueurs informatiques ne portent
        pas suffisamment ces sujets à l'attention du public. Il s'agit, pour
        lui, d'un enjeu d'ordre démocratique.
    6.  Pour conclure, M. Pelletier ajoute que les entreprises de presse qui
        offrent des blogues devraient se doter de normes de publication, au
        même titre que pour les autres médias, afin que les chroniqueurs ne
        soient pas les seuls régisseurs du contenu de leur blogue.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

           Commentaires de Me Patrick Bourbeau représentant Cyberpresse
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    7.  Me Bourbeau précise qu'il a compris que le plaignant jugeait, d'une
        part, que la couverture de l'informatique effectuée par M. Dumais,
        dans son blogue affilié à Cyberpresse, ne serait pas objective et
        qu'il serait en position de conflit d'intérêts et, d'autre part, que
        la gestion de la section intitulée "commentaires" du même blogue ne
        serait pas conforme aux normes d'éthique journalistique.
    8.  Concernant l'allégation selon laquelle la couverture informatique
        effectuée par M. Dumais sur son blogue ne serait pas objective,
        puisqu'il prendrait soin de ne pas aborder certains sujets et qu'il
        serait biaisé en faveur des formats propriétaires, Me Bourbeau
        explique que le mis-en-cause, en tant que chroniqueur, peut prendre
        position, exprimer ses critiques et faire valoir les points de vue de
        son choix. Il ajoute que, même s'il s'avérait que M. Dumais
        choisissait de traiter certains sujets en relation avec
        l'informatique au détriment de d'autres, il s'agirait d'un privilège
        qui lui appartiendrait.
    9.  Il ajoute que M. Dumais ne s'est jamais privé de critiquer les
        logiciels à format propriétaire ou de vanter les mérites d'un produit
        à code ouvert. A cet effet, il joint à sa plainte un certain nombre
        de chroniques qui appuient son argumentation.
    10. Concernant le conflit d'intérêts dans lequel se trouverait le mis-en-
        cause, Me Bourbeau explique que les pratiques journalistiques, que le
        plaignant lui reproche, sont très courantes dans l'industrie
        informatique, ainsi que dans d'autres domaines d'activités, tels que
        le tourisme, le cinéma et l'édition. Il est donc, pour lui, fréquent
        que les chroniqueurs informatiques se fassent payer des voyages par
        les compagnies qui désirent leur faire en personne la démonstration
        de leurs nouveaux produits et qu'ils reçoivent des vêtements ou des
        produits personnels à l'effigie de ces compagnies ou encore des
        exemplaires gratuits de leurs produits.
    11. En s'appuyant sur le code de déontologie de la Fédération
        professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le représentant du
        mis-en-cause conclut que les produits et services reçus par M. Dumais
        étaient acceptables, soit parce qu'ils servaient directement
        l'accomplissement du travail journalistique ou parce qu'ils
        demeuraient utiles comme outils de référence ou que leur valeur était
        peu importante et que leur coût d'envoi à l'expéditeur dépassait le
        coût de l'objet.
    12. Me Bourbeau ajoute que M. Dumais a précisé à ses lecteurs, dans une
        chronique datant du 12 décembre 2006, quelles étaient ses pratiques.
    13. Concernant la gestion de la section "commentaires" du blogue du
        mis-en-cause, Me Bourbeau estime que le plaignant n'en est pas
        satisfait, compte tenu du fait qu'il y est censuré. S'il reconnaît
        que très peu des propos de M. Pelletier ont été publiés sur le blogue
        de M. Dumais, Me Bourbeau soutient qu'il n'y a là aucune entorse à la
        déontologie. Il explique que, s'il est établi que les médias ont le
        devoir de favoriser l'accès des citoyens à leurs tribunes, ces
        derniers restent néanmoins libres de choisir les propos qui y seront
        publiés. Pour le représentant du mis-en-cause, cela signifie que les
        médias sont libres de déterminer si les textes et propos qui leur
        sont soumis sont d'intérêt public et pertinents dans les
        circonstances. Il conclut que M. Dumais pouvait, à son entière
        discrétion, décider que les propos du plaignant n'étaient pas assez
        pertinents pour qu'il les publie.
    14. Me Bourbeau ajoute que le portail Cyberpresse s'est doté de ce qu'il
        appelle des "règles de Nétiquette", que le lecteur désirant laisser
        ses commentaires sur le blogue doit s'engager à respecter en tous
        temps. Il précise que celles-ci font mention du fait que Cyberpresse
        se réserve le droit de superviser et de modérer les commentaires
        publiés sur le blogue et de supprimer tout commentaire qui ne serait
        pas conforme aux règles de Nétiquette. Il rapporte également la règle
        selon laquelle tout propos harcelant ou qui prône le harcèlement
        d'une autre personne ne peut être toléré. Le représentant du
        mis-en-cause conclut que M. Dumais était en droit de se prévaloir de
        ces derniers principes, s'il estimait que les propos du plaignant à
        son égard étaient trop harcelants.
    15. Il conclut que le Conseil de presse a déjà, par le passé, encouragé
        les diffuseurs de blogues journalistiques à ce qu'ils se dotent de
        services d'un modérateur relevant du service de l'information.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    16. M. Pelletier se dit tout d'abord surpris d'apprendre qu'il aurait
        harcelé le mis-en-cause. Il se demande s'il était si incongru de
        demander à M. Dumais quels sont ses rapports avec les compagnies qui
        lui fournissent matériel et voyages. Il comprend que les chroniqueurs
        de voyages obtiennent des voyages payés, puisqu'ils ont besoin de se
        rendre sur place pour commenter le service, mais il ne comprend pas,
        en revanche, en quoi un chroniqueur informatique aurait les mêmes
        privilèges quant aux voyages. Il comprend que les petits cadeaux,
        comme les tapis de souris, puissent demeurer la propriété des
        chroniqueurs, mais il insiste sur le fait que ces mêmes chroniqueurs
        se font aussi parfois offrir l'ordinateur qui va avec le tapis de
        souris.
    17. Du constat du plaignant, M. Dumais ne se tournerait ainsi jamais vers
        les compagnies qui ne font pas de publicité, pas plus qu'il
        n'interrogerait d'autres personnes, telles que les citoyens ou
        utilisateurs, en dehors des multinationales.
    18. M. Pelletier remarque que Me Bourbeau a bien saisi l'objet de sa
        plainte qui était l'absence de traitement des formats ouverts. Il
        ajoute que, dans les articles qu'il joint à ses commentaires, aucun
        ne traitait de cette question.
    19. De l'avis du plaignant, le représentant du mis-en-cause clame
        injustement que M. Dumais jouit d'une liberté éditoriale qui lui
        permet de choisir les sujets dont il souhaite traiter. M. Pelletier
        ajoute que les lecteurs de blogues ne s'attendent pas à des opinions,
        mais à des faits et que le mis-en-cause, en tant que journaliste, se
        doit de livrer ceux-ci.
    20. Concernant la section des commentaires, Me Bourbeau aurait, de l'avis
        du plaignant, confondu pages des journaux et blogues. Il insiste sur
        le fait que, sur un blogue, tous les commentaires que suscite un
        article peuvent être publiés, puisque la question de l'espace ne se
        pose pas, ce qui n'est pas le cas pour un journal imprimé.
    21. Pour finir, M. Pelletier revient sur l'idée que les chroniqueurs de
        blogues ne peuvent, selon lui, être juges et partie des commentaires
        qui sont faits sur leur plateforme. Il s'agirait pour lui d'une
        question d'équilibre. Il fait finalement remarquer que le mis-en-
        cause ne s'est pas adressé aux autorités éditoriales de Cyberpresse
        pour le censurer.

    DECISION

    22. M. Gilles Pelletier porte plainte contre M. Nelson Dumais,
        chroniqueur pour le blogue "Technaute" hébergé par Cyberpresse.

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                        Grief 1 : refus de couverture
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    23. Dans un premier temps, le plaignant reproche à M. Dumais de n'avoir
        considéré dans ses chroniques que les produits de multinationales de
        l'informatique et, par conséquent, de n'accorder aucune couverture
        journalistique aux formats non propriétaires que l'on appelle
        également formats ouverts.
    24. Sur cette question, le guide des Droits et responsabilités de la
        presse du Conseil de presse rappelle que: "L'information livrée par
        les médias fait nécessairement l'objet de choix. Ces choix doivent
        être faits dans un esprit d'équité et de justice. Ils ne se mesurent
        pas seulement de façon quantitative, sur la base d'une seule édition
        ou d'une seule émission, pas plus qu'au nombre de lignes ou au temps
        d'antenne. Ils doivent être évalués de façon qualitative, en fonction
        de l'importance de l'information et de son degré d'intérêt public."
        DERP, p. 22
    25. L'analyse a permis de constater que le mis-en-cause, contrairement
        aux affirmations du plaignant, a publié sur son blogue des chroniques
        qui traitent de supports informatiques non propriétaires. Ces
        dernières sont néanmoins en quantité moindre, que celles qui
        s'intéressent aux formats propriétaires. Toutefois, le blogue
        qu'anime M. Dumais a pour objet les technologies au Québec et, compte
        tenu du fait que les formats non propriétaires occupent une part
        infime du marché, le chroniqueur pouvait en traiter dans une moindre
        mesure. Le grief est rejeté.

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                  Grief 2 : acceptation de voyages gratuits
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    26. Dans un second temps, le plaignant remettait en question la
        neutralité du mis-en-cause qui expliquait, dans une de ses
        chroniques, que bien qu'il accepte des voyages offerts par des
        multinationales de l'informatique, sa neutralité journalistique
        n'était pas en cause.
    27. Dans un avis adressant la question de l'acceptation de voyages
        gratuits par les journalistes dans le cadre de l'exercice de leur
        profession, le Conseil de presse mentionne d'une part, que "les
        entreprises de presse doivent s'interdire, et interdire à leurs
        journalistes et leurs collaborateurs, d'accepter de tels voyages" et
        d'autre part que "si, en dernier recours et dans des circonstances
        exceptionnelles, un média estime devoir accepter un "voyage gratuit",
        ce média devra informer explicitement le public que le voyage et le
        reportage, ainsi rendus possibles, ont été effectués en tout ou en
        partie aux frais de l'entreprise ou de l'organisme concerné".
    28. Après analyse, le Conseil conclut que le mis-en-cause ne s'est pas
        caché des avantages dont il profite. Le Conseil constate cependant
        que M. Dumais n'a que ponctuellement fait référence au fait qu'il
        bénéficie de certains avantages de la part de compagnies
        informatiques, ne s'acquittant pas ainsi de son devoir d'en informer
        explicitement le lecteur. Tout en constatant que cette pratique soit
        peu généralisée, le Conseil est d'avis que les médias doivent
        toujours mentionner explicitement les avantages dont ils profitent.
        Le grief est retenu.

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             Grief 3 : censure exercée par le mis-en-cause contre
                        les commentaires du plaignant
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    29. Le plaignant reproche enfin au chroniqueur d'avoir personnellement
        censuré des commentaires qu'il avait publiés sur le blogue de
        M.Dumais et déplore, par conséquent, que ce dernier puisse être juge
        et partie concernant la gestion des commentaires des internautes.
    30. Bien que le guide de déontologie du Conseil ne fasse pas
        explicitement référence aux blogues, lorsqu'est évoquée la question
        des normes de publication, les blogues se qualifient néanmoins aux
        principes généraux : "Il importe que les médias se donnent des normes
        de publication ou de diffusion sur les ondes des lettres ouvertes,
        documents, communiqués et opinions qui leur parviennent du public, et
        qu'ils adoptent des critères régissant la participation du public aux
        lignes ouvertes et aux émissions d'affaires publiques. Ces normes et
        ces critères peuvent varier selon les différents types de médias
        écrits et électroniques; les organes de presse devraient les faire
        connaître avec régularité au public. Les médias doivent veiller à ce
        que les lettres des lecteurs ne véhiculent pas des propos
        outranciers, insultants ou discriminatoires pouvant être
        préjudiciables à des personnes ou à des groupes. Les médias doivent
        éviter que ces lettres ne deviennent des tribunes pamphlétaires qui
        n'ont d'autre effet que de porter atteinte à la réputation des
        personnes." DERP, pp. 37-38
    31. Le Conseil précise, en premier lieu, que le portail Internet
        Cyberpresse s'est doté de "règles de Nétiquette", normes de
        publication auxquelles les blogueurs qui souhaitent commenter les
        chroniques de M. Dumais doivent accepter d'adhérer et il salue cette
        initiative.
    32. Le Conseil s'est intéressé, ensuite, à la question des commentaires
        du plaignant qui auraient été censurés et dont il a fourni une copie
        dans sa plainte. Bien, que ce dernier fasse référence à deux
        commentaires, l'analyse n'a pas permis de retracer la discussion dans
        laquelle ils s'inséraient que pour un seul d'entre eux. Il s'agit de
        la chronique intitulée "Et vous, votre WEP, s'est-il muté en WPA?",
        publiée le 31 juillet 2008. Or, après analyse de la discussion qui
        s'est tenue sur le blogue entre plaignant et mis-en-cause le 2 août
        2008, le Conseil n'a pas identifié d'interruption dans la suite
        logique des commentaires qui ont été échangés, ce qui ne lui permet
        pas de conclure que de la censure ait été exercée par M. Dumais
        contre le plaignant.
    33. Dans un second temps, le Conseil s'est penché sur la problématique
        qui consiste à ce que M. Dumais, lui-même, soit en charge de faire
        respecter les "règles de Nétiquette" sur son propre blogue. Le
        Conseil constate que, ni dans son guide de déontologie, ni dans les
        normes de publication de Cyberpresse, il n'est mentionné un
        quelconque principe qui interdirait au journaliste d'assurer le
        contrôle des commentaires émis sur son blogue. Il insiste toutefois
        sur le fait que la responsabilité lui incombe de veiller à ce que les
        différents points de vue puissent librement s'exprimer. Le grief de
        censure est donc rejeté.

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    34. Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse retient la plainte de
        M. Gilles Pelletier contre le quotidien La Presse et son journaliste,
        M. Nelson Dumais, pour ne pas avoir mentionné explicitement aux
        lecteurs les voyages gratuits dont ils ont bénéficié.

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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