Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2008-01-39



    MONTREAL, le 11 juill. /CNW Telbec/ -

    
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    Numéro de dossier : D2008-01-039


    Plaignants         M. André Lachance

    et

    Mis-en-cause       M. Donald Jean, journaliste
                       L'agence de presse Média Mosaique Montréal
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    RESUME DE LA PLAINTE

    M. André Lachance porte plainte contre Média Mosaique Montréal dont les
contenus sont publiés sur Internet, et contre son journaliste, M. Donald Jean.
Le plaignant leur reproche d'avoir publié le 24 décembre 2007 deux articles
portant atteinte à son intégrité professionnelle et personnelle en raison
d'allégations fausses, calomnieuses et malveillantes, et d'avoir manqué
d'équilibre et dénaturé ses propos.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    La plainte de M. André Lachance vise conjointement, M. Donald Jean,
journaliste, et la publication Média Mosaique Montréal qui paraît sur
Internet. Selon le plaignant, les mis-en-cause s'attaquent à son intégrité
professionnelle et personnelle. Le plaignant explique : "Les deux textes -
intitulés respectivement "La presse en Haiti, incapable d'écrire en français,
selon un Québécois" et "Les journalistes haitiens "ont faim", selon André
Lachance" - se veulent une réponse à mon texte intitulé "Les jeunes, espoir du
journalisme haitien" publié en pages 2 et 4 d'Info Liberté, le bulletin
d'information de Réseau Liberté."
    M. Lachance poursuit : "Les deux textes de M. Donald Jean comportent de
nombreuses allégations fausses, calomnieuses et malveillantes" portant
gravement atteinte à sa réputation, à son honneur et à la considération dont
il jouit au Canada et en Haiti. Les textes en question, ajoute-t-il "manquent
d'équilibre, dénaturent mon propos et laissent entendre que je désire profiter
des difficultés de mes collègues journalistes haitiens, difficultés que je
connais bien pour avoir oeuvré depuis deux ans dans diverses rédactions de
Port-au-Prince à titre de formateur".
    M. Lachance expose ensuite sa version des faits et termine en ajoutant
qu'il a envoyé sans succès au mis-en-cause une demande écrite de rétractation,
dont il annexe copie. S'adressant directement à M. Donald Jean, il détaille
les reproches qu'il lui adresse et pour lesquels il lui demande de se
rétracter :
    - "Vous avez choisi, au lieu de répondre sur le fond à ma description des
réalités extrêmement difficiles que vivent mes collègues haitiens, de tirer
sur le messager, me traitant publiquement de "colporteur de ragots", et de
"condescendant", en plus de m'accuser de m'être livré dans mon court papier à
un exercice caricatural et avilissant."
    - "Vous dites notamment que j'affiche dans mon texte (...) "une attitude
tout à fait condescendante, un regard "de haut", un mépris qui frise carrément
le racisme", me reprochant même d'être un prétendu "coach", étranger de
surcroît (...)."
    M. Lachance répond alors qu'être étranger n'est pas un empêchement pour
rendre compte des conditions d'exercice du métier de journaliste en Haiti. Il
ajoute qu'il fréquente ce pays depuis plus de 25 ans, qu'il parle créole,
qu'il connaît des dizaines de journalistes avec qui il a travaillé et que
depuis un an il a passé "pas moins de cinq mois dans les rédactions du Le
Nouvelliste et du Le Matin" Il sait donc, selon lui, ce dont il parle quand il
décrit le comportement fautif de certains jeunes journalistes.
    M. Lachance demande rétractation et ajoute d'autres reproches à l'article
de M. Jean pour ses propos mensongers :
    - "Vous vous êtes aussi attaqué à mon intégrité, faisant croire (...)
qu'il "n'est pas besoin d'être grand clerc pour saisir les véritables
motivations de ce monsieur Lachance (...) on peut comprendre qu'il mousse son
intervention, noircisse davantage les faits, pour justifier auprès de ses
bailleurs de fonds l'urgente nécessité de subventionner ses activités dans les
pays du sud ou en Haiti notamment...""
    - "Vous affirmez aussi que, selon moi, il n'y a "que des ignares, des
incultes, des médiocres qui travaillent actuellement dans la presse en Haiti"
et que les journalistes haitiens sont incapables d'écrire en français, que ce
soit dans "Le Nouvelliste et au Le Matin - les deux seuls quotidiens du pays -
ou dans des sites web tels Alterpresse, Haiti Press Network, Kiskeya ou
Radio-Métropole". Je n'ai jamais dit ou laissé entendre une telle chose. Vous
dénaturez et la lettre, et l'esprit de mon propos."
    Le plaignant rappelle alors ce qu'il a écrit dans son texte, et il somme
encore une fois le journaliste de se rétracter. Il poursuit ensuite sa
dénonciation, abordant cette fois la question des revenus. Il accuse alors M.
Jean de confondre le salaire des "jeunes journalistes", sujet de son propos,
avec celui que reçoivent les journalistes plus expérimentés. Il relève ensuite
un autre manquement de la part du journaliste mis en cause :
    - "Vous dites aussi que je me suis attaqué "violemment" à la Faculté des
Sciences humaines de l'Université d'Etat d'Haiti, ce qui est faux."
    Après avoir contesté l'utilisation du qualificatif "violemment", le
plaignant précise alors, les termes exacts qu'il a utilisés. Il réitère alors
sa demande de rétractation en raison des "épithètes peu flatteuses,
qualificatifs diffamatoires ou affirmations gratuites et malveillantes dont
vous émaillez vos deux textes". Et il énumère alors une série d'exemples de
ces qualificatifs :


      "- colporteur de ragots;
       - s'il était animé d'une quelconque équité, si ses préjugés ne lui
         enlevaient toute crédibilité ou objectivité;
       - s'il était honnête;
       - ce condescendant;
       - n'importe qui, étroit d'esprit, de cracher son venin aussi
         facilement sur un pays, comme un
         certain doc Mailloux  l'a fait récemment contre les Noirs;
       - de tout ce qu'il a bavé;
       - après s'être défoulé de la sorte;
       - est-ce du journalisme, de la vulgarité ou de la médisance même du
         personnage?"
    

    Pour le plaignant, ces qualificatifs sont de nature à lui causer un tort
considérable dans l'exercice de sa profession, notamment en Haiti, et que la
publication de ces deux textes sur le site web de Média Mosaique Montréal
"l'entache pour la première fois en plus de trente ans de carrière".

    COMPLEMENT A LA PLAINTE

    Une dizaine de jours après le dépôt de sa plainte, le plaignant écrit à
nouveau au Conseil pour lui faire part qu'à la suite de sa demande de
rétractation, le journaliste mis en cause a produit un autre texte "mettant
encore en doute mon intégrité professionnelle et personnelle".

    Il annexe ce texte à son envoi.

    INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

    Quelques semaines plus tard, et avant que les commentaires du
mis-en-cause ne soient parvenus au Conseil, le plaignant demande à ce dernier
d'ajouter une nouvelle pièce au dossier. Il s'agit cette fois d'un article
paru dans le site Internet Haiti press network intitulé : "Haiti-Canada/presse
: Lachance avait raison, selon le secrétaire général de l'AJH".
    Le sous titre de l'article se lit : "André Lachance avait raison, a
déclaré Jacques Desrosiers, secrétaire général de l'Association des
journalistes haitiens, lors d'une rencontre du club de presse le vendredi 14
mars à l'Institut français d'Haiti."

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de la rédaction de Média Mosaique Montréal
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    Les commentaires ne portent aucune signature personnelle, mais simplement
la mention "La Rédaction de "Média Mosaique"". L'auteur des commentaires de la
rédaction commence en s'interrogeant sur les motivations de M. Lachance qui,
selon lui, "se constitue aujourd'hui en "plaignant" après avoir pris soin
d'humilier, de salir la réputation de tous ceux qui, de près ou de loin, ont
quelque chose à voir avec la corporation journalistique d'Haiti".
    Il considère la situation inimaginable et même paradoxale, puisque la
plainte aurait plutôt dû avoir été portée contre M. André Lachance par
l'Association des journalistes haitiens et ses représentants, étant donné que
son texte "les a atteint dans leur dignité, dans leur probité en tant que
"jeunes journalistes" haitiens évoluant en Haiti, dans la diaspora et au
Québec".
    Le porte-parole des mis-en-cause trouve ironique qu'alors que Média
Mosaique n'a pas exigé que le bulletin de Réseau Liberté publie sa réplique,
son entreprise s'est faite attaquer, voire censurer parce qu'elle a osé
dénoncer ses contre-vérités.
    Le représentant de la rédaction ajoute : "En nous mettant une seconde à
sa place, nous nous demandons, comment aurions-nous pu penser porter plainte
contre un journaliste québécois qui dénoncerait un éventuel article bidon
(d'opinion) et généralisant en plus de notre part sur la presse québécoise.
D'abord, nous savons pertinemment qu'un article d'opinion demeure ce qu'il
est, ensuite, nous devrions logiquement nous attendre à une tonne de
réactions. Devrions-nous, à ce moment-là, porter plainte contre tous les
protestataires? Soyons sérieux!".
    La rédaction de Média Mosaique estime donc, encore aujourd'hui, que sa
réplique est loin d'être démesurée. Il ajoute "que la liberté d'opinion existe
au Québec, comme elle est sacrée dans toutes les société modernes et
démocratiques". Le porte-parole des mis-en-cause ajoute : "Au lieu de prendre
le chemin des tribunaux ou celui du Conseil de presse, comme André Lachance
l'a fait, notre rédaction, conformément à la liberté de parole, lui a répondu
par les deux articles dont il a fait mention". Ces explications sont
complétées par une attaque sur la crédibilité du plaignant.
    Les commentaires se poursuivent sur un exposé intitulé "Profil de Donald
Jean (journaliste haitien et québécois", où sont notamment détaillées les
expériences de M. Jean en Haiti, en France, aux Etats-Unis et au Canada.
    Le porte-parole des mis-en-cause explique ensuite le contexte et les
raisons pour lesquelles ces derniers se sont sentis doublement interpellés :
"Tout d'abord parce qu'il y a des Haitiens parmi nous, ensuite, en tant que
journalistes; car plusieurs d'entre nous ont bossé là-bas tout en gardant,
d'ici étant, nos liens avec les rédactions haitiennes." Ce qui lui fait dire
que ces personnes connaissent "assurément mieux que M. Lachance, la réalité de
cette presse". De plus, "pour avoir évolué et continué de le faire en tant que
journalistes, en tant que Néo-Québécois intégrés et formés dans notre pays
d'adoption, nous savons très bien de quelle école et de quelle presse M.
Lachance est issu."
    Les commentaires continuent dans une section intitulée : "Indignation
face à son manque d'objectivité". Dans cette partie, le porte-parole des
mis-en-cause poursuit sa dénonciation et s'en prend au "manque d'objectivité"
du texte de M. Lachance. Estimant que "cela prendrait des dizaines de pages
pour démonter phrase par phrase, paragraphe par paragraphe le texte de M.
Lachance", l'auteur indique que ceux-ci se limiteront à la façon dont il
décrit le piètre niveau de formation de ses confrères haitiens et leur façon
d'écrire le français, ainsi que la manière dont il a illustré la faim qui les
affecte.
    Le représentant de la rédaction indique que "si nous ne contredisons pas
que les journalistes haitiens soient sous-payés, nous nous réservons cependant
le droit de souligner que cela ne constitue pas une information en soi". Il
poursuit en expliquant que "ça va mal pour tous les corps de métier dans un
pays comme Haiti", mais déplore le traitement journalistique qu'en fait M.
Lachance. Pour illustrer sa thèse, l'auteur utilise le cas du journaliste mis
en cause et son salaire au moment où il travaillait en Haiti.
    Accusant le plaignant d'être un "propagandiste", le porte-parole de la
rédaction en conclut qu'il "ne saurait faire preuve d'objectivité", l'accusant
d'avoir "mis tout le monde dans le même sac". Il déplore alors qu'il n'ait pas
fait état de l'élite journalistique et des jeunes journalistes brillants, ni
mentionné quoi que ce soit en regard de la façon de fonctionner de Réseau
Liberté, l'ONG pour laquelle il travaille, ou en regard de ses sources de
financement. Il en conclut "d'où le manque d'objectivité, d'où les traces de
conflit d'intérêts qui mettent sérieusement à mal l'attitude de M. Lachance et
qui prouvent le peu de crédibilité de son "papier"".
    La partie suivante s'intitule : "Une école imparfaite qui n'a pas
pourtant démérité". Dans cette section, le représentant de la rédaction
reconnaît "qu'il y a une nécessité pour cette université d'adapter ses
curricula", et indique que "Donald Jean, en tant qu'ancien étudiant à cette
faculté, a tout simplement manifesté son désaccord vis-à-vis de M. Lachance
qui a résumé la formation offerte par cette institution aux "jeunes
journalistes" à "de vagues cours théoriques"". L'auteur s'interroge alors sur
ce qui a permis à M. Lachance de faire une telle affirmation. Il ajoute que
Média Mosaique a reproché au plaignant son "manque de charité" et estime que
ce dernier devait s'attendre à une réplique.
    Vient ensuite "La question linguistique". Les commentaires questionnent
alors la manière utilisée par M. Lachance pour aborder cet aspect de son
propos, questionnant au passage son équité et sa bonne foi, et estimant que
"c'est aller trop loin pour un étranger" que de faire les affirmations qu'il a
faites sur la syntaxe et les expressions utilisées.
    Le porte-parole des mis-en-cause signale ensuite, dans la section
intitulée "Aveu d'André Lachance", que ce dernier "a lui-même admis, dans une
entrevue qui lui a été accordée à Radio Vision 2000 en Haiti consécutivement à
cette affaire, qu'il était allé "trop loin" dans ses généralisations". Prenant
en exemple l'opposition entre francophones et anglophones au Canada, il ajoute
"Il devait comprendre que l'Haitien n'accepte pas des leçons maladroites comme
ça de la part d'un "Blanc", peu importe son origine". Le journaliste se serait
mis en faute "en passant outre les règles minimales de la profession, en
confondant travail journalistique et pamphlet de propagande pour une ONG". En
reconnaissant cela, il devrait logiquement retirer sa plainte.
    La plainte n'ayant pas été retirée, le porte-parole réagit, en indiquant
: "Nous pensons au contraire qu'il était légitime de nous poser ces questions
parce que la Rédaction de "Média Mosaique" avait répondu favorablement à sa
demande. Il nous avait adressé ce qu'il avait appelé "une mise en demeure"
dans laquelle il nous avait "sommés" de nous "rétracter" et de lui faire des
excuses en publiant sa "mise en demeure"".
    Le représentant des mis-en-cause explique : "Par respect pour les
exigences de la déontologie du métier, notre rédaction avait publié in extenso
son "rectificatif", sa soi-disant "mise en demeure", le 21 janvier 2008." Ce
geste était une façon de répondre positivement à sa demande, même si Média
Mosaique n'avait pas fait la même demande auprès du bulletin de l'organisme
pour lequel travaille M. André Lachance. L'auteur des commentaires ajoute que
"lors de la publication de son texte, "rectificatif", on avait clairement dit
que, nous étions et nous sommes encore dans nos droits de lui répondre, qu'il
n'était pas question de nous excuser auprès de quelqu'un qui nous atteints
dans notre dignité d'être humain".
    Comme preuve de la bonne foi de la rédaction, son porte-parole rappelle
que le texte initial du plaignant avait également été publié sur le site de
Média Mosaique Montréal le même jour que les deux articles faisant l'objet de
la plainte. Il insiste pour faire observer que son média ne s'est pas contenté
de citer quelques extraits du texte de M. Lachance, mais que "dès le premier
jour, on avait publié in extenso simultanément son papier avec les nôtres pour
que nos lecteurs puissent faire eux-mêmes leur propre jugement".
    Le porte-parole termine en indiquant : "M. Lachance ne commettra pas
l'erreur de penser que la rédaction de "Média Mosaique" était la seule à
réagir de cette façon par rapport à sa publication "Les jeunes, espoir du
journalisme haitien", (...) les réactions de soutien, soit par téléphone ou
par courriel nous provenaient au Québec, au Canada, aux USA et en Haiti
avaient afflué". Le porte-parole des mis-en-cause indique quatre adresses
Internet où peuvent être consultées des réactions de "soutien de confrères à
la position défendue par Média Mosaique".

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant indique qu'il désire "réfuter certaines nouvelles
affirmations gratuites de M. Jean".
    En ce qui a trait à l'accusation "d'humilier, de salir la réputation de
tous ceux qui, de loin ou de près, ont quelque chose à voir avec la
corporation journalistique d'Haiti", M. Lachance estime que le journaliste lui
prête des intentions qu'il n'a pas. De plus, son texte "n'avait rien d'un
texte d'opinion et n'avait pour but que de rendre compte de la pénible réalité
des jeunes journalistes haitiens".
    Répondant ensuite à l'affirmation voulant que c'est plutôt l'Association
des journalistes haitiens qui aurait dû porter plainte contre lui, il fait
observer que loin d'avoir réagi ainsi, l'Association, par la voix de son
président a justement "reconnu publiquement la véracité du contenu" de son
texte.
    Le plaignant aborde ensuite l'accusation d'avoir voulu attaquer et
censurer les journalistes haitiens en portant plainte au Conseil de presse,
"assimilant cette démarche à une "dérive totalitaire"". Il relève que M. Jean
estime encore que sa réplique, constituée des deux textes mis en cause, est
loin d'être démesurée.
    M. Lachance répond ne pas être de cet avis : les deux textes en question
"contenaient de nombreuses allégations fausses, calomnieuses et malveillantes"
et ont mis en doute son intégrité personnelle et professionnelle. S'adresser
dans ce cas au Conseil n'était donc pas, selon lui, une "dérive totalitaire"
ou une "attaque", mais simplement "un recours tout à fait pertinent dans les
circonstances". Le plaignant précise, un peu plus loin, que contrairement à ce
qu'affirme M. Jean, il n'a "saisi aucun organisme judiciaire ou quasi
judiciaire, aucun tribunal administratif ou comité de discipline du même cas".
    Le plaignant aborde ensuite la question de sa crédibilité mise en doute
par M. Jean, le qualificatif de "journaliste coopérant" utilisé pour le
décrire ainsi que l'affirmation voulant qu'il soit "un propagandiste,
contraint d'utiliser un pareil registre pour justifier son ONG auprès des
bailleurs de fonds qui la financent". M. Lachance répond à l'accusation qu'il
qualifie de "fausse et mesquine" en expliquant l'origine de Réseau Liberté,
son mandat et sa composition.
    Au sujet de sa formation également mise en doute par le journaliste mis
en cause, le plaignant répond en fournissant au Conseil son curriculum vitae.
    Il relève ensuite des erreurs sur l'utilisation du "joual" au lieu du
français au Québec, et poursuit sa réponse en accusant le mis-en-cause de lui
imputer des propos inexacts au sujet de l'utilisation des langues créole et
française dans les médias en Haiti, rappelant les propos exacts qu'il avait
publiés.
    Il ajoute qu'il ne voit pas en quoi le fait qu'il soit un journaliste
étranger devrait l'empêcher de rendre compte de ce problème. En appui, il
prend à témoin cinq journalistes ou rédacteurs en chef qui "vivent au
quotidien les difficultés d'écriture des journalistes haitiens, notamment les
plus jeunes qui ont fait leurs études presque exclusivement en créole".
    Selon M. Lachance, le journaliste a également dit qu'il avait parlé de
"corruption", ce qui serait faux. Le plaignant précise alors ses propos
exacts. Ensuite, le plaignant aborde le "prétendu aveu" qu'il aurait fait sur
les ondes de Radio Vision 2000, et selon lequel il serait allé trop loin dans
ses "généralisations", affirmant être certain que son "intervention en ondes
n'avait rien d'un aveu".
    Il répond enfin aux accusation du plaignant de vouloir le "museler" et de
vouloir "se refaire une virginité auprès de ses collègues haitiens",
accusations qu'il dénonce comme fausses. Le plaignant termine en indiquant
avoir reçu des dizaines de coups de téléphone et quelques courriels en appui
de sa prise de position. Il annexe à sa réplique quatre lettres en guise
d'illustration.

    DECISION

    Avant de se prononcer sur le fond du dossier soumis à son attention, le
Conseil de presse formule quelques observations.
    Une première est à l'effet que la présente décision ne vise pas à prendre
parti dans un différend entre individus, mais à établir la conformité à la
déontologie journalistique des deux articles publiés par les mis-en-cause sur
leur site Internet et contestés par le plaignant.
    Dans les faits, les documents soumis à l'attention du Conseil révèlent
une vive opposition entre les parties, qui s'est manifestée autant dans la
présentation des griefs, par le plaignant, que dans la défense du journaliste
mis en cause. Par conséquent, la présente décision ne constitue en aucune
façon un jugement sur la validité du texte de M. Lachance qui apparaît à
l'origine du différend. L'examen du Conseil n'a pour fin que d'établir si,
dans le traitement de l'information effectué par Média Mosaique Montréal dans
les deux textes mis en cause, il y a eu manquement aux principes
journalistiques reconnus au Québec.
    Une autre observation concerne les accusations d'utilisation de
qualificatifs diffamatoires et d'atteinte à la réputation par le journaliste
mis en cause dans ses propos. A ce sujet, le Conseil tient à rappeler que ses
décisions sont rendues uniquement en regard de l'éthique journalistique et ne
constituent à aucun moment un jugement à caractère juridique.
    Avant de procéder à l'analyse de la plainte, le Conseil s'est aussi
appliqué à préciser le genre journalistique des deux articles dénoncés. En
effet, compte tenu que la plainte porte essentiellement sur la virulence des
propos tenus par le journaliste mis en cause, il apparaissait important de
déterminer s'il s'agissait de journalisme d'information ou de journalisme
d'opinion, selon les distinctions déjà établies dans le guide Droits et
responsabilités de la presse (DERP) du Conseil.
    Après examen, le Conseil a constaté que le vocabulaire et le ton utilisés
dans les deux articles mis en cause appartiennent journalisme d'opinion.
    Or, le guide DERP indique, à ce chapitre : "Les médias et les
journalistes doivent respecter les distinctions qui s'imposent entre les
différents genres journalistiques. Ceux-ci doivent être facilement
identifiables afin que le public ne soit pas induit en erreur sur la nature de
l'information qu'il croit recevoir."
    Le guide DERP indique également : "Le "cyberjournalisme" ne diffère pas,
quant à sa substance et à sa raison d'être, d'un journalisme plus
traditionnel, qu'il soit écrit, radiophonique ou télévisuel. Seul le support
technologique a changé. Les principes éthiques qui président à la pratique du
cyberjournalisme sont à peu de choses près identiques à ceux qui s'appliquent
aux médias traditionnels. Les grandes règles d'or de la profession
journalistique, qu'il s'agisse de journalisme d'information ou de journalisme
d'opinion, restent de rigueur. Les fondements de la liberté de presse et du
droit du public à l'information s'appliquent donc et aussi à la presse sur le
réseau Internet."
    Ainsi, de l'avis du Conseil, il n'y avait aucune contre-indication à ce
qu'en tant que média, Média Mosaique Montréal fasse à la fois du journalisme
d'information et du journalisme d'opinion. La plupart des médias en font et
Média Mosaique Montréal avait le droit de le faire. Le Conseil estime que le
chapeau du premier article du mis-en-cause indique bien que le texte s'inscrit
dans le journalisme d'opinion. Ce n'est toutefois pas le cas du deuxième texte
de M. Jean, dont la nature n'était pas clarifiée au bénéfice des internautes.
Il y a donc manquement aux règles déontologiques exposées plus haut et, dans
ce dernier cas, le Conseil a retenu un grief sur cet aspect.
    Parmi les autres griefs formulés par le plaignant, l'un voulait que "Les
deux textes de M. Donald Jean comportent de nombreuses allégations fausses".
Les principes déontologiques qui s'appliquent au journalisme d'opinion
indiquent que la liberté d'opinion n'est pas absolue et que la latitude dont
jouissent les professionnels de l'information doit s'exercer dans le respect
des valeurs démocratiques et la dignité humaine.
    Ainsi, les médias et les journalistes doivent être fidèles aux faits et
faire preuve de rigueur et d'intégrité intellectuelles dans l'évaluation des
événements, des situations et des questions sur lesquels ils expriment leurs
points de vue, leurs jugements et leurs critiques.
    L'analyse des deux articles signés par M. Donald Jean montre que les
propos de ce dernier manquent d'exactitude et vont plus loin que le texte
original de M. Lachance. Un exemple parmi d'autres, concerne l'absence de
distinctions entre la situation des jeunes journalistes en Haiti et celle des
journalistes d'expérience.
    Le Conseil fait observer que le texte de M. Lachance porte sur la qualité
journalistique et sur la langue en Haiti, une matière déjà sensible et que
l'on ne doit pas s'étonner qu'une personne fière de ses origines et de sa
profession comme M. Jean se soit senti interpellé par les jugements de M.
Lachance.
    Cependant, même si l'article mis en cause a été produit dans un contexte
de journalisme d'opinion, l'article de M. Jean dépassait le sens du texte
original car sur le fond, le texte de M. Lachance ne va pas aussi loin que ce
qu'a écrit ou interprété M. Jean. Par conséquent, même si la distorsion de
l'information ne lui est pas apparue majeure, le Conseil a tout de même
considéré qu'il s'agissait d'une inexactitude et le grief a été retenu.
    Le plaignant déplorait aussi que le journaliste mis en cause ait travesti
et orienté les faits pour insinuer que le plaignant s'était servi de son texte
"pour justifier auprès de ses bailleurs de fonds l'urgente nécessité de
subventionner ses activités dans les pays du sud ou en Haiti notamment".
    A ce sujet, le Conseil a conclu que rien dans le texte de M. Lachance ne
permettait de relier ces deux éléments, et que le journaliste n'indiquait
aucun fait concret justifiant cette accusation. Le Conseil a donc considéré
qu'il s'agissait d'une information non établie, et d'un rapprochement
tendancieux et a retenu le grief.
    L'examen du Conseil a ensuite porté sur les accusations concernant les
injures, les attaques personnelles et l'atteinte à l'image. Le Conseil a
relevé dans les deux articles plusieurs qualificatifs qui n'étaient pas
seulement des écarts de langage, mais des insultes envers le plaignant.
    Le Conseil a souvent répété qu'il n'a pas à établir de lexique des termes
que les médias ou les professionnels de l'information doivent employer ou non,
et que les décisions à cet égard relèvent de leur autorité et de leur
discrétion rédactionnelles; mais qu'ils doivent éviter, par le vocabulaire
qu'ils emploient, d'entretenir des préjugés ou de porter atteinte à la dignité
et à l'image des personnes. Ayant constaté un débordement injustifiable à la
latitude permise par le journalisme d'opinion, le Conseil a retenu un grief
sur cet aspect.
    Le dernier grief concernait la demande de rectification qui aurait été
refusée par la rédaction de Média Mosaique Montréal. Le Conseil a pris en
compte le fait que les mis-en-cause ont publié sur Internet, simultanément à
leurs deux articles, le texte original de M. Lachance, et qu'à la suite de sa
réaction, ils ont aussi rendue publique l'intégralité de sa demande de
rétractation. Conformément à l'usage en vigueur en cette matière, le Conseil a
donc rejeté le grief.
    Ainsi, pour l'ensemble de ces raisons et sur les aspects indiqués, le
Conseil de presse retient partiellement la plainte contre Média Mosaique
Montréal et son journaliste M. Donald Jean.
    Au-delà de cette décision, le Conseil a observé au cours de l'examen de
la présente plainte, que la majorité des textes apparaissant sur le site
Internet des mis-en-cause ne portent habituellement pour toute signature que
la mention Média Mosaique, suivie de la date.
    Tout en reconnaissant que la déontologie n'oblige pas formellement les
médias et les professionnels de l'information à une signature personnalisée,
le Conseil invite Média Mosaique Montréal à cette pratique qui ne peut que
favoriser la transparence et l'image d'ouverture du média à ses usagers.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818

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Conseil de presse du Québec

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