Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2008-01-034



    MONTREAL, le 11 juill. /CNW Telbec/ -

    
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    Numéro de dossier : D2008-01-034

    Plaignant           M. Haydar Moussa

    et

    Mis-en-cause        M. Richard Martineau, journaliste
                        M. Bruno Leclaire, président et chef de la direction
                        La société Canoe Inc. "Canoe"
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    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Haydar Moussa porte plainte pour des propos discriminatoires et
diffamatoires tenus à son endroit sur le blogue du journaliste M. Richard
Martineau, publié sur Canoe, le 13 septembre 2007, sous le titre "A bas les
partys de Noel". De plus, il déplore le manque de contrôle ou de supervision
des propos provenant d'autres internautes.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Haydar Moussa s'est dit "traumatisé" par les propos diffamatoires et
discriminatoires tenus à son endroit sur le blogue de M. Richard Martineau où
les propos suivants ont été tenus "Le problème n'est pas la burqua, no, mais
quand le chameau Haydar Moussa (comme l'a si bien appelé Detruzac (sic) à TQS
et son vidéo disponible sur youtube) se prend pour un Québécois en son dernier
poème L'étranger que j'ai lu" et "Oui, tu es l'étranger ici, un chameau, c'est
normal, ta place est au désert, et non dans les universités Québécoise (sic)".
    M. Moussa explique que tout a commencé en février 2007, lorsque son poème
s'est retrouvé dans une controverse partout au Canada et principalement au
Québec. Malgré le fait que cela date de 9 mois, à partir du moment où son
poème a paru à nouveau, cette fois-ci sur le blogue du journaliste, les
invectives à son endroit ont recommencé.
    Le plaignant souligne que le fait d'avoir encore ramené cette histoire et
de s'être fait traiter de "chameau" lui ont causé de sérieux problèmes
psychologiques et physiologiques.
    M. Moussa précise qu'il a contacté M. Martineau et que ce dernier lui
aurait répondu : "Ce n'est pas moi qui a inventé ce que tu as écrit. Assume."

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Christine Maestracci représentant les intérêts de
    ---------------------------------------------------------------------
    Canoe Inc.
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    Dans une première correspondance, la représentante de Canoe s'objectait à
ce que le Conseil procède à l'étude de la plainte, car selon elle, les blogues
et commentaires de toute sorte ne relèveraient pas de sa juridiction et que le
Conseil ne peut s'attribuer unilatéralement une telle compétence. Elle
termine, sur ce point, en mentionnant que Canoe réserve tous ses droits et
recours contre le Conseil relativement à cette affaire.
    Dans une deuxième correspondance, Me Maestracci, insistait sur le fait
que le Conseil ne pouvait avoir compétence sur tous les blogues et babillards
électroniques qui se retrouvent sur Internet. D'autre part, elle soulignait
que Canoe, n'étant pas membre du Conseil de presse, il était donc impossible
pour ce dernier de se saisir de cette plainte. Elle réitère que le Conseil ne
peut s'attribuer sans aucun droit une juridiction sur les blogues.
    Me Maestracci soumettait que le plaignant n'ayant pas suivi le processus
usuel de plainte en ne les contactant pas, Canoe n'avait donc pu être en
mesure d'appliquer la procédure de retrait dont elle s'est dotée. Elle
confirme d'ailleurs avoir traité la plainte dès sa réception en retirant le
commentaire mis en cause.
    Elle précisait toutefois que les propos tenus sur le blogue ne sont ni
ceux de Canoe, ni ceux du journaliste, mais bien d'un tiers internaute sur
lequel ils n'ont pas de contrôle immédiat. De plus, elle soulignait qu'ils ne
peuvent vérifier tous les commentaires tenus par des tiers sur un blogue, ce
qui serait contraire à la nature même d'un blogue qui privilégie la
spontanéité et l'instantanéité. Elle conclut que bien que les propos tenus par
l'internaute puissent être désobligeants et offensants pour un particulier,
ils ne sont pas de nature à constituer un manquement à l'éthique
journalistique.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Haydar Moussa affirme que les propos étaient diffamatoires et que cela
constitue une atteinte à sa réputation. Il tient M. Martineau responsable de
tous ses maux. Il affirme que ce texte lui a valu des menaces, des insultes et
de subir de l'intimidation.
    Selon le plaignant, publier des commentaires sans en connaître la source
peut causer d'énormes problèmes, s'ils ne sont pas contrôlés par les
administrateurs du site. M. Moussa soutient que son poème fut cité hors
contexte et que les "attaques" de M. Martineau et de Canoe à son égard
dépassent le cadre d'un travail journalistique.
    Il demande donc que M. Martineau publie des excuses à son égard dans le
même créneau que les propos publiés à son égard.

    DECISION

    Dans un premier temps, le Conseil rappelle qu'il a déjà, dans un
précédent dossier, répondu aux objections de Canoe, en regard de sa position
sur la non-recevabilité de plaintes concernant les blogues. A cet égard, le
Conseil réfère donc à la décision 2006-09-017.
    Le Conseil ne se prononcera pas en matière d'atteinte à la vie privée ou
réputation, cela relevant des tribunaux. Cependant, il se penchera sur le
jugement éthique journalistique et professionnel exercé lors de la parution
des propos dénoncés par le plaignant.
    M. Haydar Moussa dénonçait l'atteinte à sa réputation causée par la
publication de propos diffamatoires et discriminatoires à son endroit, sur le
blogue de M. Richard Martineau, le 13 septembre 2007, et demandait que le
journaliste s'excuse dans le même créneau. De plus, il reprochait le manque de
contrôle ou de supervision des propos provenant d'autres internautes.
    Au premier grief reproché, M. Moussa s'est dit "traumatisé" par les
propos d'un blogueur qui le traitait de "chameau" dans les extraits suivants :
"Le problème n'est pas la burqua, no, mais quand le chameau Haydar Moussa
(comme l'a si bien appelé Detruzac (sic) à TQS et son vidéo disponible sur
youtube) se prend pour un Québécois en son dernier poème L'étranger que j'ai
lu" et "Oui, tu es l'étranger ici, un chameau, c'est normal, ta place est au
désert, et non dans les universités Québécoise (sic)". De son côté, Canoe
précisait qu'il a traité la plainte dès sa réception et que le commentaire a
été retiré, et rappelait que les propos n'étaient tenus ni par le journaliste
ou par Canoe, mais par un internaute sur lequel ils n'avaient pas de contrôle
immédiat.
    En février 2007, M. Moussa s'est retrouvé dans une controverse, à la
suite de la parution de son poème qui fut publié dans divers médias. Le poème
a suscité plusieurs réactions, par ailleurs assez vives, dans divers médias
écrits et électroniques. Selon lui, son poème aurait été repris hors contexte.
Il faut bien comprendre que lorsque l'on rend un document public, on doit
s'attendre à ce qu'il suscite de bons comme de mauvais commentaires.
Cependant, le Conseil est d'avis que ces répliques doivent se faire dans les
règles de l'éthique journalistique et les blogues étant un moyen d'expression
difficilement contrôlable, il est d'autant plus important que les responsables
évitent les propos offensants et ainsi ne dérogent aux règles élémentaires de
l'éthique.
    Bien que le Conseil reconnaisse que certains mots pouvaient être
considérés comme de mauvais goût, il constate que Canoe a rectifié son erreur,
en retirant les propos dénoncés. Le Conseil ne prononcera pas de blâme contre
les mis-en-cause.
    Le Conseil relève que les médias doivent trouver les meilleurs moyens
pour corriger leurs manquements et leurs erreurs à l'égard de personnes, de
groupes ou d'instances mis en cause dans leurs productions journalistiques,
que celles-ci relèvent de l'information ou de l'opinion. Ils doivent par
ailleurs favoriser un droit de réplique raisonnable du public face à
l'information qui a été publiée et ce, afin de réparer le préjudice causé de
la manière la plus juste possible.
    Au deuxième grief, le plaignant reprochait le manque de contrôle ou de
supervision des blogues. A cet égard, Canoe mentionnait qu'il était difficile
d'exercer ce genre de contrôle et qu'il était impossible de vérifier chaque
commentaire, ce qui serait, selon eux, contraire à la nature d'un blogue qui
privilégierait la spontanéité et l'instantanéité.
    Les blogues journalistiques sont soumis aux mêmes exigences
d'authenticité, d'impartialité et de qualité que tout autre type de traitement
de l'information. Du fait qu'ils fassent appel au public cela comporte des
difficultés particulières, qui découlent principalement de leur caractère de
spontanéité, et qui exige du responsable qu'il s'assure, dans la mesure du
possible, d'éviter les propos désobligeants, particulièrement quand le sujet
est délicat.
    Toutefois, il faut reconnaître que le rôle de ceux qui les animent est
difficile; il requiert une discipline et un discernement d'autant plus grands
que les sujets abordés, en raison des intérêts et des passions qu'ils
soulèvent, suscitent la controverse.
    Le Conseil recommande à Canoe et à M. Martineau de prêter une attention
particulière aux propos tenus sur leurs blogues pour ainsi éviter que ce genre
de tribune ne devienne un lieu de diatribes qui n'auraient d'autre effet que
de propager des propos offensants. Il serait approprié que les diffuseurs de
blogues journalistiques se dotent de services d'un modérateur relevant du
service de l'information, comme il est conseillé de le faire dans les
émissions de tribunes téléphoniques, ce qui peut éviter des dérapages.
    Sous réserve de ce dernier commentaire, le Conseil de presse rejette la
plainte de M. Haydar Moussa contre M. Richard Martineau, journaliste et la
société Canoe Inc.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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