Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2007-07-004



    
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    Numéro de dossier : D2007-07-004

    Plaignant           M. René Plante

    et

    Mis-en-cause        M. Guy Gilbert Sr, éditeur
                        M. Bernard Blanchard, rédacteur en chef
                        L'hebdomadaire L'OEil Régional
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    MONTREAL, le 4 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. René Plante porte plainte contre M. Guy Gilbert Sr, éditeur, et
l'hebdomadaire L'OEil Régional, au sujet d'un éditorial paru dans
l'édition du 30 juin 2007. M. Plante formule des griefs pour manque de
rigueur, d'impartialité et de pondération de l'information, ainsi que pour des
manquements en regard du droit de réplique des journalistes comme du droit de
réponse du public.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    Dans un éditorial daté du 30 juin 2007, publié dans L'OEil Régional et
intitulé "J'ai honte", M. Guy Gilbert Sr, éditeur de l'hebdomadaire, exprime
son indignation quant au comportement de certains députés du Parti Québécois
qui avaient refusé de se lever pour saluer des soldats du Royal 22ème régiment
des Forces armées canadiennes reçus à l'Assemblée nationale du Québec quelques
jours auparavant.
    Le plaignant, M. René Plante, estime en premier lieu que M. Guy Gilbert Sr
emploie des "mots exagérés" dans son éditorial et fait en cela de "l'enflure
littéraire" en se disant "ulcéré" et en qualifiant le comportement de certains
députés du Parti Québécois comme étant d'une "bassesse innommable".
L'éditorialiste manquerait également d'objectivité en écrivant avoir eu
d'autant plus honte de l'attitude de certains députés du Parti Québécois,
qu'il a fait partie du Royal 22ème régiment des Forces armées canadiennes. Il
aurait manqué de rigueur dans ses propos en insinuant que les députés en
question s'en sont pris "personnellement" aux soldats présents à l'Assemblée.
    Le plaignant indique également que l'auteur fait preuve de partialité en
regard de la mise au point effectuée par un député du Parti Québécois dans
l'édition ultérieure de L'OEil Régional, et ce, en refusant de reconnaître
avoir mis en doute la capacité d'un gouvernement québécois indépendantiste à
protéger les frontières nationales.
    Le plaignant réprouve en outre le fait que M. Gilbert Sr utilise sa
position d'éditeur pour répondre immédiatement sous la mise au point du député
dans les pages du journal, ce qui ne laisserait pas le temps au lecteur de
juger de la validité du point de vue de ce dernier. Ces agissements
constitueraient un "abus de pouvoir" : il en va de même concernant l'absence
de droit de réponse des lecteurs, les lettres de ceux-ci n'ayant pas été
publiées dans l'hebdomadaire.
    Le plaignant souligne ainsi que le principal motif de sa plainte a trait à
l'absence de droit de réponse du public, ce qui est pour lui inacceptable.
L'hebdomadaire n'a pas, selon lui, à motiver ce défaut de droit de réponse par
le manque d'espace, selon les explications qui lui ont été fournies par la
rédaction.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

        Commentaires de MM. Guy Gilbert Sr, éditeur, et Bernard Blanchard,
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        rédacteur en chef
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    Les mis-en-cause rappellent tout d'abord que le texte, faisant l'objet de
la plainte de M. Plante, est un éditorial publié dans une rubrique intitulée
"Opinions". Ainsi, l'éditeur ne peut être taxé de manque d'objectivité ou de
partialité dans l'un de ses textes d'humeur répondant au genre du journalisme
d'opinion. De plus, les mis-en-cause estiment que si M. Gilbert Sr utilise un
ton tranché, "il ne fait d'aucune façon dans la provocation ou l'intolérance".
    En ce qui concerne le droit de réponse du public, les mis-en-cause
indiquent que L'OEil Régional "se fait un devoir de publier chaque semaine
des lettres de ses lecteurs". Les réactions que peuvent susciter les opinions
de l'éditeur ou du rédacteur en chef sont ainsi publiées dans cette rubrique
dans la mesure du possible. Le rédacteur en chef, M. Blanchard, indique que la
lettre de M. Pierre Curzi, député du Parti Québécois, entrait dans ce cadre.
La publication de cette lettre en priorité se justifiait, car c'est le parti
de M. Curzi qui était visé dans l'éditorial de M. Gilbert Sr. M. Blanchard
explique que les réactions des lecteurs n'ont pu être publiées dans le journal
faute d'espace : en période estivale, la tribune consacrée aux lecteurs se
trouve amputée d'une page.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant conteste les propos des mis-en-cause dans leur commentaire :
l'éditorialiste aurait a contrario bien fait preuve d'intolérance et de
provocation. M. Plante indique que les termes "lavettes", "lâches" utilisés
afin de désigner les députés en question dans l'éditorial relèvent de la
provocation. Il considère que l'éditorialiste était en droit de faire de la
provocation dans son texte à la condition qu'un droit de réponse soit accordé
à son lectorat.
    Ainsi, en ce qui concerne le défaut de droit de réponse du public, le
plaignant estime que la lettre du député Pierre Curzi constitue une mise au
point - c'est ainsi qu'elle est intitulée dans l'hebdomadaire - et non une
réponse du public. L'OEil Régional se devait de publier des opinions des
lecteurs dans une édition ultérieure. Cette exigence était pleinement
justifiée, selon lui, par l'intérêt que suscitait le débat amorcé dans
l'éditorial, également parce que l'éditeur y interpelle les citoyens militants
du Parti Québécois.

    DECISION

    M. René Plante porte plainte contre l'hebdomadaire L'OEil Régional au
sujet d'un éditorial intitulé "J'ai honte", rédigé par M. Guy Gilbert Sr. Ce
dernier déplorait dans son éditorial le comportement de quelques députés du
Parti Québécois qui avaient refusé de se lever pour saluer des soldats des
Forces armées canadiennes en visite à l'Assemblée nationale en juin 2007. Le
plaignant formule tout d'abord des griefs à l'encontre de l'éditorialiste pour
partialité, absence de pondération de l'information et manque de rigueur.
    En ce qui a trait aux griefs pour partialité et absence de pondération de
l'information, le Conseil tient à rappeler que l'éditorial appartient au genre
du journalisme d'opinion. Tel qu'inscrit dans le guide déontologique Droits et
Responsabilités de la presse, le journalisme d'opinion accorde aux
professionnels de l'information une grande latitude dans l'expression de leurs
points de vue, commentaires, opinions, prises de position, critiques, ainsi
que dans le choix du ton et du style qu'ils adoptent pour ce faire.
    Ainsi, il ne peut être reproché à un éditeur son manque d'objectivité ou
son style dans le cadre d'un éditorial. Pour ces raisons, les griefs pour
partialité et absence de pondération ne peuvent être retenus.
    Concernant le grief pour manque de rigueur, le plaignant indiquait que
l'éditorialiste avait insinué que les députés du Parti Québécois qui avaient
refusé de se lever s'en étaient pris "personnellement" aux soldats présents à
l'Assemblée nationale. Le plaignant affirme au contraire que ce geste
constituait un signe d'opposition à la politique menée par les gouvernants que
représentaient les Forces armées lors de cette rencontre.
    Il n'appartient pas au Conseil de presse de juger de la validité de
chacune des interprétations exposées ici. Il reste que les éditorialistes et
commentateurs disposent d'une grande latitude pour exprimer leurs opinions,
pourvu qu'ils ne contreviennent pas à l'exigence d'exactitude des faits.
M. Gilbert Sr était en droit de livrer sa propre interprétation des faits dans
son éditorial. Le Conseil ne retient donc pas le grief pour manque de rigueur.
    De plus, le plaignant considère comme un abus de pouvoir la réplique que
M. Gilbert Sr a adressée à M. Pierre Curzi, un député du Parti Québécois qui
avait effectué une mise au point dans l'édition de l'hebdomadaire consécutive
à celle dans laquelle fut publié l'éditorial en cause. Le plaignant juge la
réplique abusive pour les motifs suivants : figurant immédiatement sous la
mise au point, elle ne permettait pas au lecteur de juger de la validité du
point de vue exposé dans sa mise au point par le député du Parti Québécois,
l'éditorialiste réfutant catégoriquement certains points du texte de ce
dernier.
    Le guide déontologique Droits et Responsabilités de la presse énonce que
le droit de réponse des journalistes est une pratique reconnue dans la presse.
Il doit être exercé promptement, avec discernement, dans le plein respect des
personnes, et les journalistes ne doivent pas s'en servir pour dénigrer,
insulter ou discréditer les personnes faisant l'objet de leur réplique.
    L'éditorialiste, M. Gilbert Sr, a affirmé de nouveau dans sa réplique à la
mise au point de M. Curzi les opinions qu'il avait exprimées dans son
éditorial sans tomber dans l'insulte. Le Conseil estime que M. Gilbert Sr n'a
pas contrevenu aux principes édictés dans le guide déontologique au sujet du
droit de réponse des journalistes. Le grief pour réplique abusive est donc
rejeté.
    Enfin, le plaignant dénonce l'absence de publication de lettres de
lecteurs dans les éditions suivantes de l'hebdomadaire alors que selon lui, le
débat suscité par les propos de l'éditorialiste justifiait la diffusion des
opinions du lectorat.
    Le Conseil de presse ne retient pas le grief pour absence de droit de
réponse du public, un média n'ayant pas l'obligation de publier les lettres
des lecteurs, mais invite toutefois L'OEil Régional à se conformer à des
pratiques encourageant l'expression des opinions des lecteurs tout au long de
l'année.
    Au vu de ce qui précède, et sous réserve du commentaire exprimé ci-dessus,
le Conseil de presse rejette la plainte de M. René Plante contre M. Guy
Gilbert Sr et l'hebdomadaire L'OEil Régional.

        Nathalie Verge, secrétaire générale
        Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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