Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2007-06-096



    
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    Numéro de dossier : D2007-06-096

    Plaignante          Mme Pauline Drouin

    et

    Mis-en-cause        Mme Carole Pronovost, rédactrice en chef
                        L'hebdomadaire Le Journal de Chambly
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    MONTREAL, le 4 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Pauline Drouin, conseillère municipale de la Ville de Richelieu,
porte plainte contre l'hebdomadaire Le Journal de Chambly pour ne pas avoir
publié intégralement sa lettre d'excuses et pour l'avoir transformé en un
article qui comportait plusieurs inexactitudes qui n'ont, malgré sa demande,
pas été rectifiées.

    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    Mme Pauline Drouin, conseillère municipale de la Ville de Richelieu
commence par préciser que, préalablement à la publication de son article, elle
avait reçu chez elle un appel de M. Nicolas Dubois, journaliste pour
l'hebdomadaire Le Journal de Chambly lui demandant, en tant qu'élue locale du
district, de réagir sur la question d'un résident qui se disait être incommodé
par des abeilles utilisées par une ferme voisine pour la pollinisation de ses
champs. Elle rappelle que, dans ce district, la situation entre les citoyens
et cette même ferme avait connu des périodes de nombreux différends qui
semblaient s'être quelque peu résorbés récemment.
    Lors de l'entretien avec le journaliste, elle reconnaît avoir manqué
d'une nécessaire retenue en répondant, constatant avec déception que le
travail du Conseil municipal pour ramener la paix sociale semblait avoir
échoué.
    Mme Drouin explique que, consciente d'avoir blessé certains de ses
électeurs par ses déclarations, elle a fait parvenir une lettre d'excuses pour
publication au Journal de Chambly. Elle déplore que celle-ci ne fût pas
publiée dans son intégralité. En n'utilisant que des extraits de celle-ci,
Mme Carole Pronovost, rédactrice en chef de l'hebdomadaire s'en serait servie
pour écrire un article qu'elle qualifie de "vénimeux" et "subjectif", dans
lequel auraient été inventées certaines informations ce qui, pour la
plaignante, a eu pour résultat de la discréditer.
    Entre autres informations, la plaignante explique que l'article affirmait
que le maire de Richelieu avait été "inondé" d'appels téléphoniques et que la
population s'était coalisée pour se rendre en grand nombre à l'assemblée du
Conseil municipal pour demander sa démission. Or, et selon Mme Drouin,
personne n'a abordé ce sujet à l'assemblée du mois de juin, ni même à celle du
mois de juillet.
    La plaignante ajoute que l'assemblée ayant eu lieu le 4 juin 2007,
Mme Pronovost a donc eu jusqu'au 8 juin, date de la publication de son
article, pour rectifier les informations qui s'étaient avérées fausses. Elle
ajoute avoir, après publication de ce nouvel article, demandé à l'hebdomadaire
de rectifier les rumeurs qui y étaient annoncées, ce qui ne fut toutefois pas
fait.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Nicolas Dubois, journaliste
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    M. Nicolas Dubois explique que son commentaire vise à retracer la
démarche journalistique ayant conduit à ce qu'il considère être un malentendu.
Après avoir été informé par des citoyens de la problématique, il explique
s'être rendu sur les lieux pour discuter avec ceux-ci, et précise avoir
consulté un des propriétaires de la ferme porcine pour obtenir sa version des
faits avant de consulter Mme Drouin.
    Il précise avoir rejoint celle-ci par téléphone, à son domicile, et
précise qu'il s'agissait de leur premier contact. M. Dubois affirme s'être
identifié avant de présenter la problématique à la plaignante et de requérir
son avis sur celle-ci. Il nous informe qu'au terme de leur entretien, cette
dernière lui aurait demandé de rapporter ses propos de façon anonyme et de la
citer comme une simple citoyenne, ce qu'il dit avoir refusé. Mme Drouin
l'aurait ensuite menacé, de contacter sa supérieure.
    M. Dubois rapporte que la plaignante a finalement joint la rédactrice en
chef pour lui demander d'atténuer ses propos. Celle-ci aurait refusé.
    A la suite de la publication de l'article, le mis-en-cause explique que
Mme Drouin a envoyé trois courriels au journal afin de tenter de le
discréditer. Quelques jours plus tard, elle fit parvenir au journal une lettre
d'excuses relative à ses propos rapportés par M. Dubois dans son article.
    En fin de compte, il mentionne que la rédactrice en chef, Mme Pronovost,
a choisi de traiter de la lettre de la plaignante sous la forme d'un article,
reprenant elle-même le dossier afin de ne pas envenimer davantage la
situation.

    Commentaires de Mme Carole Pronovost, rédactrice en chef
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    Mme Carole Pronovost précise d'abord que la plaignante l'a contactée afin
qu'elle intervienne à la suite de l'entretien entre cette dernière et le
journaliste M. Dubois. Mme Drouin aurait expliqué qu'elle souhaitait être
présentée comme une citoyenne anonyme, à défaut de quoi elle changerait ses
déclarations pour en donner une version plus politiquement correcte. Mme
Pronovost rapporte avoir expliqué à la plaignante que lorsqu'un journaliste
appelle et se présente en bonne et due forme afin de recueillir l'avis d'une
conseillère municipale, ses propos seront susceptibles d'être publiés.
    La mise-en-cause précise qu'à la suite de cet entretien téléphonique,
elle a considéré qu'il était d'autant plus important de publier les propos de
Mme Drouin que celle-ci venait de lui confier qu'elle aurait tenu des propos
différents en public. Elle affirme que l'objectif n'était nullement de tendre
un piège à la conseillère municipale.
    En regard du reproche concernant la non-publication de la lettre
d'excuses de la plaignante dans son intégralité, la mise-en-cause explique
qu'il a été décidé que sa lettre serait considérée comme un nouvel élément du
dossier et qu'il fallait ainsi la traiter sous la forme d'une nouvelle.
    En ce qui à trait aux inexactitudes qui seraient véhiculées dans
l'article, Mme Pronovost explique que c'est le maire lui-même qui a dit avoir
reçu des appels de citoyens et précisé que la position exprimée par la
plaignante dans l'article n'était nullement celle de la municipalité.
Concernant le fait que l'information concernant l'intention de citoyens de
demander la démission de la plaignante lors de la séance du conseil municipal
du 4 juin 2007 n'ait pas fait l'objet d'un suivi, la mise-en-cause explique
que la réponse à cette question se trouve dans l'article. Elle réfère au
passage précisant que les intentions des citoyens n'ont pu être mises à
exécution puisque la conseillère était absente.

    REPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    Mme Drouin explique que l'appel de M. Dubois à son domicile, où elle se
remettait d'une intervention chirurgicale, l'a prise au dépourvu. En effet, il
lui a appris que les longs efforts mis en oeuvre par la mairie afin de
pacifier le dialogue entre les exploitants de la porcherie et le voisinage
venaient d'être réduit à néant puisqu'un résident s'était plaint au journal,
et non aux producteurs ni même au comité de cohabitation, concernant les
nuisances causées par des abeilles.
    Elle ajoute que, déçue des efforts vains qu'elle avait menés avec la
municipalité, elle s'est confiée au journaliste sous le coup de l'émotion. La
plaignante mentionne qu'une fois sa colère passée, elle lui a demandé de
nuancer ses propos, ce qu'il a refusé. C'est alors qu'elle a contacté
Mme Pronovost pour réitérer sa demande.
    De son avis, les propos rapportés par le journaliste se devaient d'être
nuancés, ce qui n'a pu être fait puisque personne n'a accepté qu'elle se
reprenne. C'est alors et en dernier recours qu'elle a demandé à ce que son nom
ne soit pas mentionné dans l'article.
    A la suite d'un nouveau refus du journal, Mme Drouin a fait parvenir une
lettre d'excuses où elle mettait les choses en contexte en expliquant le sens
clair de sa pensée. Toutefois, sa lettre ne fut jamais publiée dans son
intégralité. Elle ajoute que le maire de Richelieu lui a dit n'avoir reçu que
trois appels à la suite de l'article de M. Drouin et n'aurait donc pas été
"inondé d'appels et de courriels de la part de gens offusqués", comme
l'affirmait Mme Pronovost dans son article.
    Selon la plaignante, l'affirmation selon laquelle plusieurs citoyens
auraient appelé le journal pour mentionner qu'ils réclameraient sa démission
lors du conseil municipal du 4 juin 2007, mais qu'ils y ont renoncé en raison
de son absence serait d'autant plus invraisemblable que celle-ci n'empêchait
nullement les citoyens de passer à l'acte.
    Malgré ce qu'elle considère comme des fausses affirmations émises dans
l'article de Mme Pronovost, Mme Drouin remarque qu'un rectificatif ne fut pas
publié. Elle conclut que plusieurs citoyens sont de ce fait restés avec
l'impression que les choses se sont passées comme annoncées dans l'article.
Selon elle, le Journal de Chambly aurait pris prétexte d'un événement ne
relevant pas de l'intérêt public pour tenter de monter une campagne de
salissage politique contre sa personne.

    DECISION

    Mme Pauline Drouin, conseillère municipale de la Ville de Richelieu,
porte plainte contre l'hebdomadaire Le Journal de Chambly pour ne pas avoir
publié intégralement la lettre d'excuses qui s'en est suivie et pour avoir
transformé celle-ci en un article qui comportait des inexactitudes qui n'ont,
malgré sa demande, pas été rectifiées. La plaignante estimait aussi que
l'angle retenu pour l'article laissait trop de place à l'émotion au détriment
des éléments factuels du dossier.
    Les médias et les professionnels de l'information doivent traiter
l'information recueillie sans déformer la réalité. Le recours au
sensationnalisme et à l'"information-spectacle" risque de donner lieu à une
exagération et une interprétation abusive des faits et des événements et
d'induire le public en erreur quant à la valeur et à la portée réelles des
informations qui lui sont transmises.
    Pour la plaignante, l'article de M. Nicolas Dubois commentait ses états
d'âme de façon exagérée et inutile. A cet égard, le Conseil remarque d'abord
que le sujet de l'article était d'intérêt public. Toutefois, le journaliste
affirme que la plaignante l'aurait menacé de représailles s'il publiait ses
propos. Le Conseil a constaté que les citations attribuées à Mme Drouin dans
l'article ne démontraient absolument pas cette affirmation. Le journaliste a
prêté à la plaignante des intentions non démontrées. Le grief est donc retenu.
    Les médias et les journalistes ont le devoir de favoriser un droit de
réplique raisonnable du public face à l'information qu'ils ont publiée ou
diffusée. Même si la publication de lettres de lecteurs et la diffusion de
mises au point ne constituent pas toujours le meilleur moyen de réparer le
préjudice causé, les médias doivent s'ouvrir aux commentaires des personnes
victimes d'erreurs. Ainsi, s'ils peuvent apporter des modifications aux
lettres qu'ils décident de publier, ils doivent toutefois veiller à ne pas en
changer le sens ni trahir la pensée des auteurs.
    Dans sa plainte, Mme Pauline Drouin mentionnait qu'à la suite de la
publication de l'article de M. Dubois, elle avait fait parvenir au journal une
lettre d'excuses destinées aux citoyens qui auraient été choqués par ses
propos et déplorait que celle-ci ne fut pas publiée intégralement, mais sous
la seule forme d'extraits dans le cadre de l'article de Mme Carole Pronovost.
Sans contester le choix du format de publication des excuses de la plaignante,
mais en recommandant toutefois celui de la publication du document source, le
Conseil conclut que l'article de la mise-en-cause, en rapportant la presque
intégralité des excuses formulées par la plaignante, satisfaisait aux
principes formulés dans son guide déontologique. Le grief est rejeté.
    La rigueur intellectuelle et professionnelle dont doivent faire preuve
les médias et les journalistes représente la garantie d'une information de
qualité. Elle ne signifie aucunement sévérité ou austérité, restriction,
censure, conformisme ou absence d'imagination. Elle est plutôt synonyme
d'exactitude, de précision, d'intégrité, de respect des personnes et des
groupes, des faits et des événements. A cet égard, la plaignante affirmait que
l'article de Mme Carole Pronovost comportait des informations inexactes. Or,
en raison des versions contradictoires fournies par la plaignante et la
mise-en-cause sur cette question, le Conseil ne pourra statuer sur cette
question.
    Mme Pauline Drouin mentionnait avoir fait parvenir au journal une
deuxième lettre demandant la rectification des informations erronées publiées
dans l'article de Mme Carole Pronovost. Toutefois, compte tenu du fait que
l'analyse n'a permis d'isoler aucune inexactitude dans cet article, le grief
ne sera pas retenu.
    Au terme de ce qui précède, le Conseil de presse retient partiellement la
plainte de Mme Pauline Drouin à l'encontre du journaliste, M. Nicolas Dubois
et de l'hebdomadaire Le Journal de Chambly.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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