Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2007-06-093



    
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    Numéro de dossier : D2007-06-093

    Plaignant           M. Bernard Desgagné

    et

    Mis-en-cause        M. Michel Désautels, animateur
                        Mme Marie-France Bélanger, journaliste
                        Mme Geneviève Guay, directrice, traitement des
                        plaintes et affaires générales, Information/Services
                        français
                        L'émission "Désautels"
                        La Société Radio-Canada
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    MONTREAL, le 4 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    La plainte de M. Bernard Desgagné concerne un reportage entendu à
l'émission "Désautels" diffusée à la radio de la Société Radio-Canada (SRC),
le 7 février 2007. Le reportage dénoncé portait sur l'enseignement de
l'anglais à partir de la première année, au Québec. Outre les propos de
l'animateur et le reportage, la plainte vise une opération de propagande qui
aurait été orchestrée par la SRC pour vanter les mérites du bilinguisme
officiel.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Bernard Desgagné porte plainte contre un reportage diffusé sur les
ondes de la radio de la Société Radio-Canada (SRC), le 7 février 2007, durant
l'émission "Désautels". Le reportage en question avait pour sujet
l'enseignement de l'anglais à partir de la première année scolaire, au Québec.
Selon le plaignant, "ce reportage fait partie d'une opération de propagande
orchestrée pour vanter les mérites du bilinguisme officiel", opération qu'il a
dénoncée dans une plainte précédente (dossier 2007-06-092). Selon,
M. Desgagné, "le même sondage truqué est cité à l'appui du reportage du 7
février et le même genre d'analyse biaisée y est faite".
    Pour le détail des explications, le plaignant dépose la lettre de plainte
qu'il avait déjà adressée à l'animateur de l'émission. Il y déplore d'abord un
manque de rigueur et de la complaisance. Selon lui, une radio publique ne doit
pas "se borner à répéter servilement les opinions des uns et des autres" et
les journalistes doivent aider le public à faire la part des choses.
M. Desgagné invite l'animateur à prendre connaissance d'un texte qu'il a déjà
publié, et intitulé : "L'enseignement de l'anglais en première année : une
décision idéologique". Dans ce texte, le plaignant dénonce la philosophie
"néolibérale" du Parti libéral du Québec et tente de démontrer qu'il "est faux
de croire qu'en commençant l'enseignement de l'anglais pendant la jeune
enfance, on obtiendra de meilleurs résultats".
    M. Desgagné dénonce ensuite le fait d'avoir laissé sans réplique l'une des
personnes interrogées dans le reportage après qu'elle ait comparé le
bilinguisme des anglophones au Québec, qui sont une minorité, au bilinguisme
des francophones du Québec, qui sont la majorité. L'animateur l'aurait laissée
comparer des choses différentes sans remettre en question ses propos.
    Le plaignant précise alors ce que l'animateur aurait dû tenter de faire
comprendre à ses auditeurs :

    1) La comparaison doit se faire entre groupes majoritaires, et non entre
       une minorité et une majorité. Donc, il faut comparer les francophones
       du Québec avec les anglophones du reste du Canada.

    2) Les francophones du Québec sont bilingues à 37 %, selon le recensement
       de 2001, et leur bilinguisme est en forte hausse.

    3) Les francophones québécois de 20 à 29 ans sont bilingues à 54 %.

    4) Le bilinguisme des francophones au Québec est au moins cinq fois plus
       élevé que le bilinguisme des anglophones dans le reste du Canada, qui
       stagne à 7 %.

    5) Le Québec n'a pas besoin du tout de s'angliciser ou de se bilinguiser
       davantage.

    M. Desgagné conclut en indiquant : "En somme, les reportages de
Radio-Canada sur l'enseignement de l'anglais sont bâclés, ne vont pas au fond
des choses et ne permettent pas du tout à la population de comprendre les
enjeux véritables." Il estime que "Radio-Canada fait preuve d'une
irresponsabilité totale" dans ce dossier.
    Le plaignant termine en précisant qu'il est un ex-enseignant et un
ex-conseiller pédagogique dans les écoles d'immersion française et au
ministère de l'Education du Manitoba, où il a habité pendant quatorze ans.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

        Commentaires de Mme Geneviève Guay, directrice, traitement des
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        plaintes et affaires générales, Information/Services français
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    Mme Guay précise d'entrée de jeu qu'il s'agit de la cinquième plainte
présentée par M. Desgagné au Conseil de presse en moins de cinq mois. Dans
cette plainte, comme dans la précédente, M. Desgagné accuse Radio-Canada
d'avoir monté "une opération de propagande pour vanter les mérites du
bilinguisme officiel".
    La porte-parole des mis-en-cause explique que le reportage ciblé s'inscrit
dans une série produite en février 2007. "L'idée de base de cette série,
planifiée plusieurs mois à l'avance, était de vérifier quelle était l'opinion
des Canadiens francophones et anglophones sur le bilinguisme, 40 ans après la
Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme et 40 ans après l'adoption
de la Loi sur les langues officielles par le gouvernement fédéral."
    Elle ajoute qu'au moment de planifier les questions du sondage avec la
maison CROP, les mis-en-cause ont "pensé chercher des réponses sur quelques
questions d'actualité connexes, notamment sur celle de l'enseignement de
l'anglais en première année au Québec". Cette question s'imposait
naturellement, puisque ce programme d'enseignement venait tout juste d'être
implanté au Québec.
    La question qui a alors été posée était : "Depuis le début de la présente
année scolaire, l'anglais est enseigné dès la première année dans les écoles
du Québec. Dans quelle mesure êtes-vous en accord ou en désaccord avec cette
mesure prise par le gouvernement du Québec?"
    Les résultats sont les suivants : 68 % des francophones sondés au Québec
se sont dits tout à fait d'accord, et 17 % plutôt d'accord, pour un total de
85 %. Chez les anglophones sondés, 70 % se sont dits tout à fait d'accord, et
16 % plutôt d'accord, pour un total de 86 %. Mme Guay fait remarquer que le
sondage n'a pas été administré aux personnes parlant une langue autre que
l'anglais ou le français à la maison. Les raisons de cette décision ont été
expliquées à l'antenne lors de deux émissions différentes, par le président de
la maison CROP, M. Claude Gauthier.
    La porte-parole des mis-en-cause ajoute que le résultat de 86 % pour
l'ensemble des Québécois a été obtenu après pondération des résultats en
fonction de la représentativité des sous-groupes dans la population réelle. En
outre, l'échantillonnage et la technique de sondage utilisés respectaient
toutes les règles de l'art.
    En ce qui a trait au reportage contesté, Mme Guay rappelle que
l'information doit être illustrée pour intéresser les auditeurs. C'est
pourquoi la journaliste Marie-France Bélanger a eu pour mandat d'aller sur le
terrain voir comment se déroulait l'enseignement de l'anglais en première
année, depuis septembre 2006. Elle s'est rendue dans trois écoles et a
rencontré des parents, des enfants, des enseignants et des directeurs
d'écoles. Elle a aussi interrogé le président de l'Alliance des professeurs de
Montréal et la présidente de SPEAK, un organisme faisant la promotion de
l'anglais langue seconde et regroupant des professeurs d'anglais.
    Le but principal était de savoir si le programme était aussi bien reçu sur
le terrain que les résultats du sondage l'indiquaient. Ce reportage n'avait
pas pour but de refaire entièrement le débat sur la pertinence d'enseigner
l'anglais en première année, ce débat ayant déjà été fait à l'antenne, avant
l'adoption de la loi. Au moment du reportage, les mis-en-cause n'ont fait que
rappeler que le projet avait été très contesté.
    Selon Mme Guay, l'animateur a fait ce rappel dans la présentation du
reportage et la journaliste Marie-France Bélanger l'a répété avec plus
d'insistance en présentant l'extrait d'entrevue du président de l'Alliance des
professeurs de Montréal. Pour ce qui est de l'entrevue avec la présidente du
groupe SPEAK, elle portait sur l'efficacité du nouveau programme, et elle
concluait que les programmes les plus efficaces pour enseigner les langues
secondes comportent une période d'immersion vers la fin du primaire.
    Pour la porte-parole des mis-en-cause, ce reportage ne prétendait pas, non
plus, faire le bilan du nouveau programme, puisqu'il est encore trop tôt.
    Au reproche de ne pas avoir contesté la lecture de la présidente de SPEAK
pendant l'entrevue, comme le suggère le plaignant, Mme Guay répond que ce
n'était tout simplement pas le sujet du reportage.
    En ce qui a trait à la "panoplie" de questions qui auraient dû être
posées, selon M. Desgagné, Mme Guay répondait que si ces questions n'ont pas
été posées, c'est que les mis-en-cause estimaient que les sujets devaient être
bien ciblés pour obtenir des présentations cohérentes, et que cibler trop de
sujets dans un reportage n'entraînerait que la confusion.
    Mme Guay considère donc que le reportage mis en cause était conforme "à
toutes les règles journalistiques les plus sévères reconnues dans les grands
médias occidentaux". Pour elle, le sujet était justifié dans le contexte, et
il a été présenté sans aucune arrière-pensée politique. Mme Guay estime ainsi
la plainte non fondée.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant maintient que, "pendant la semaine du 4 au 11 février,
Radio-Canada s'est bel et bien livrée à une opération de propagande reposant
sur la désinformation systématique du public, et que les reportages sur
l'enseignement de l'anglais en première année constituaient un des éléments de
cette opération. M. Desgagné détaille alors sa réplique.

    1. L'opération de propagande - Le plaignant conteste l'affirmation de
Mme Guay à l'effet que le sondage de CROP et de Radio-Canada aurait été
réalisé dans les règles de l'art. Selon lui, tel qu'il l'a démontré dans un
dossier antérieur (dossier 2007-06-092), "au moyen d'un questionnaire conçu
spécialement à cette fin, Radio-Canada s'est arrangée pour obtenir des
réponses favorables au bilinguisme. Elle a matraqué le public avec les
résultats de ce sondage pendant une semaine, au détriment de données plus
fiables et d'analyses plus perspicaces sur le bilinguisme canadien, par
exemple sur la vigueur relative des langues officielles au Canada".
    Dans le même dossier, M. Desgagné aurait aussi démontré "que Radio-Canada
s'était livrée à un détournement du sens fondamental en substituant la
question du bilinguisme individuel à celle du bilinguisme institutionnel,
alors qu'elle prétendait manifestement faire un bilan de 40 années de
bilinguisme officiel au Canada". Le plaignant invite le Conseil à consulter la
réplique de son précédent dossier pour la description de "l'opération de
propagande radiocanadienne".

    2. La problématique linguistique - Le plaignant expose sa thèse : dans
pratiquement toutes les sociétés développées du monde, on attache de
l'importance à la connaissance des autres langues, du moins en principe. Le
Canada ne fait pas exception. Et tant que le débat se situe strictement sur le
plan individuel et sur le plan des attitudes, le bilinguisme fait l'objet d'un
large consensus, non seulement au Canada, mais un peu partout dans le monde.
Mais, c'est quand on fait intervenir les facteurs sociaux que les choses se
gâtent considérablement.
    M. Desgagné poursuit en affirmant que ce sont les rapports de forces entre
les communautés linguistiques qui déterminent grandement l'intérêt que les
gens voient à parler la langue d'une communauté voisine. Il en donne pour
preuve qu'au Canada, le mouvement indépendantiste québécois a créé un rapport
de force relativement favorable au français à partir des années 1960; et que
c'est en réaction à ce mouvement que le bilinguisme officiel a vu le jour.
    Le plaignant explique ensuite comment l'augmentation du bilinguisme
fragilise la vigueur du français comme langue commune au Québec.

    3. La question du sondage sur l'anglais à partir de la première année -
Selon le plaignant, en questionnant les Québécois sur l'enseignement de
l'anglais en première année, CROP et Radio-Canada n'ont pas rappelé aux gens
les facteurs sociaux et pédagogiques importants dont on doit absolument tenir
compte dans toute réflexion sur la question. Il est malhonnête, selon lui, de
demander aux gens s'ils sont pour l'enseignement de l'anglais en première
année juste après leur avoir rappelé l'utilité du bilinguisme individuel.
Selon le plaignant, il aurait plutôt fallu situer la question dans son
contexte véritable en leur rappelant que : "1) selon les données officielles
du recensement, le bilinguisme des Québécois est déjà fortement en hausse,
(...) sans qu'on ait eu besoin de changer les méthodes de l'enseignement de
l'anglais; 2) il est généralement admis (...) que l'enseignement d'une langue
seconde à petite dose à partir de la jeune enfance n'est pas une bonne
approche pédagogique; 3) l'usage généralisé de l'anglais au Québec est
susceptible d'entraîner un affaiblissement du français".
    De plus, contrairement à ce que dit Mme Guay, il ne s'agit pas de "cibler
trop de sujets dans un reportage", mais bien de poser au public des questions
qui ne sont pas conçues pour occulter des pans entiers de la réalité et pour
obtenir certaines réponses favorisant l'unité canadienne.

    4. Le reportage sur l'enseignement de l'anglais - Selon le plaignant, lors
de la réalisation du reportage visé, "Radio-Canada s'est encore une fois
arrangée pour obtenir les réponses qu'elle voulait. Il fallait que ces
réponses concordent avec celles que les personnes avaient fournies dans le
sondage".
    Pour le plaignant, le sondage était biaisé, et au moment du choix des
écoles, on a délibérément envoyé la journaliste dans certaines écoles en
raison de leur complaisance à l'égard d'une bilinguisation accrue du Québec et
en raison de leur situation peu représentative de l'ensemble du Québec. Le
plaignant amorce alors une présentation détaillée en huit points, du reportage
de la journaliste Marie-France Bélanger :
    Premièrement, la journaliste annonce qu'à l'Ecole St-Eugène, les enfants
sont heureux des cours d'anglais. "Bravo à l'enseignante, mais qu'est-ce que
ça prouve?" demande-t-il. Pour lui, il aurait été intéressant de poser la même
question à des enfants de régions comme celle de l'Outaouais, où de nombreux
francophones venant de familles bilingues fréquentent l'école française.
    Deuxièmement, la journaliste fait entendre une mère qui dit ne pas bien
parler anglais, que cela lui nuit et que, si elle le pouvait, elle enverrait
son enfant à l'école anglaise pour qu'il apprenne les deux langues. Pour le
plaignant, il s'agit d'un retour à la case départ : on refait le débat sur la
liberté du choix de la langue d'enseignement qui a eu lieu il y a 36 ans, à
l'époque de la "Loi 22" M. Desgagné fait observer que la journaliste laisse
sans réponse cette idée de la mère. Il considère que la journaliste aurait pu
trouver des parents québécois "plus lucides".
    Troisièmement, la journaliste fait entendre aux auditeurs le président de
l'Alliance des professeurs de Montréal, en tant qu'opposant à l'enseignement
de l'anglais à partir de la première année. Elle lui permet d'énoncer son
point de vue et de présenter certains arguments. Elle résume en disant que,
pour l'Alliance, "une heure d'anglais par semaine, c'est du gaspillage". Selon
M. Desgagné, le but de la journaliste est de montrer que l'opposition à
l'enseignement de l'anglais en première année vient essentiellement des
milieux syndicaux et souverainistes. Elle sous-entend que les parents, eux,
sont tout à fait pour l'anglais en première année, et qu'en somme, les
opposants sont des groupes de pression qui défendent leurs intérêts et non
l'intérêt général.
    Quatrièmement, l'auditeur entend la présidente de l'organisme SPEAK dire
que l'enseignement de l'anglais en première année n'est pas une mesure
suffisante pour "rendre les élèves fonctionnels en anglais à la fin de leur
cours secondaire", et qu'il faudrait beaucoup plus d'anglais à l'école. Il
s'agirait en quelque sorte du reflet de la position gouvernementale.
    Cinquièmement, selon M. Desgagné, la journaliste accrédite la thèse de
SPEAK; elle trouve une classe d'élèves de troisième secondaire qui "ont
beaucoup de difficulté à s'exprimer en anglais". L'enseignante se plaint qu'il
n'y a pas de quotidien anglophone disponible dans le village, et que les
parents ne veulent pas écouter la télévision en anglais. Le plaignant
considère que la journaliste aurait fait preuve d'une plus grande rigueur en
se rendant dans une école plus représentative de l'ensemble du Québec pour
illustrer son propos. Il relève qu'elle fait dire aux élèves que l'anglais est
la première langue du monde, ce qui est, selon lui, discutable.
    Sixièmement, la journaliste nous présenterait un programme d'anglais
intensif à la fin du primaire, dans une école d'un autre milieu très
francophone et les résultats seraient merveilleux : les enfants parleraient
déjà anglais aussi bien que des finissants du secondaire, ce que M. Desgagné
met en doute. Le plaignant fait observer que le programme est réservé aux
élèves les plus performants.
    Septièmement, la journaliste nous met en garde : le débat sur
l'enseignement de l'anglais en première année est loin d'être terminé. Seule
conclusion possible pour l'auditeur, selon le plaignant, ou bien on va
constater que le programme est efficace, ou bien on va trouver une autre
pédagogie pour bilinguiser plus efficacement les enfants québécois.
    Huitièmement, la journaliste nous ramène SPEAK qui assènerait le coup
final : les francophones du Québec ne sont que 36 % à savoir parler anglais,
comparativement à un taux de bilinguisme anglais-français de 50 % parmi les
allophones, et de 66 % parmi les anglo-Québécois. Par conséquent, conclut
ironiquement le plaignant, "ces derniers ont désormais un avantage
concurrentiel sur le marché du travail, par rapport aux francophones, car
chacun sait qu'au Québec, il suffit de baragouiner le français. C'est
l'anglais qui compte vraiment".

    M. Desgagné, termine cette partie en relevant six omissions imputées à la
journaliste :

    - Jamais elle n'oppose aux statistiques invoquées par le SPEAK, la hausse
      du bilinguisme parmi les jeunes adultes francophones du Québec;

    - Jamais elle ne précise qu'il serait normal que les anglophones du
      Québec soient bilingues, comme le sont les francophones du Canada
      anglais, puisque le français est encore la langue commune du Québec;

    - Jamais elle ne fait la distinction entre le bilinguisme en devenir des
      enfants et le bilinguisme des adultes;

    - Jamais elle ne remet en question la pertinence de bilinguiser davantage
      la population du Québec, qui selon le plaignant, se bilinguise à vive
      allure;

    - Jamais elle ne se demande s'il n'y aurait pas lieu plutôt de faire en
      sorte que le français soit vraiment la langue des études, des sciences,
      de la recherche, du commerce et du travail au Québec;

    - Jamais elle ne dit qu'une entreprise québécoise n'a peut-être pas
      besoin que tout son personnel soit bilingue pour bien servir ses
      clients étrangers et communiquer avec ses fournisseurs.

    M. Desgagné poursuit en affirmant que le choix des écoles était biaisé. Le
reportage n'aurait accordé la parole qu'à une seule personne qui s'opposait à
l'enseignement de l'anglais à partir de la première année, et "en revanche, à
au moins six apôtres de l'anglicisation des jeunes Québécois". La journaliste
aurait même présenté l'opposant sous un jour défavorable en résumant ses
propos de façon cavalière et en laissant entendre qu'il était à la solde des
syndicats et du mouvement souverainiste. Ainsi, selon le plaignant, "le
reportage était empreint d'un parti pris évident".
    Répondant à l'affirmation de Mme Guay selon laquelle "la journaliste a
simplement rendu compte en ondes de ses constatations sur le terrain", le
plaignant fait observer qu'elle "n'a trouvé pratiquement que des gens heureux
d'angliciser les jeunes Québécois", et il considère qu'il s'agit d'une
"bizarre de coincidence que ce beau consensus qui concorde un peu trop
parfaitement avec les résultats du sondage".

    INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

    Le 10 décembre 2007, M. Desgagné écrit au Conseil pour l'informer que des
faits nouveaux sont survenus démontrant a posteriori que sa plainte était tout
à fait fondée. Ces faits proviendraient "du comportement de Radio-Canada dans
le dossier du projet de loi sur l'identité québécoise et surtout dans le
dossier des données linguistiques du recensement de 2006, qui ont été publiées
le 4 décembre".
    Le plaignant rappelle que dans ses réponses à ses plaintes, Mme Guay avait
affirmé qu'en temps et lieu, Radio-Canada accorderait l'attention nécessaire
aux résultats des recensements. Pour lui, la preuve est faite maintenant
"qu'il y a une disproportion énorme entre l'attention qu'accorde Radio-Canada
à des sujets risquant de perturber l'unité canadienne, comparativement à ses
vastes séries de reportages destinés à occulter la vérité qui sont montées de
toutes pièces autour de sondages bidons". Le plaignant demande donc au Conseil
de tenir compte de ces faits nouveaux dans son analyse du dossier.

    DECISION

    La plainte de M. Desgagné comporte de nombreux griefs, à la fois contre le
reportage de la journaliste Mme Marie-France Bélanger, contre l'animateur de
l'émission "Désautels", M. Michel Désautels et contre la Société Radio-Canada.
Pour les fins d'analyse, ces griefs ont été considérés d'abord sur les aspects
concernant le sondage proprement dit, et ensuite sur les reproches rattachés
au reportage. Les griefs relatifs au travail de l'animateur Michel Désautels
et à "l'opération de propagande" imputée à la Société Radio-Canada ont enfin
été considérés.
    Comme le présent dossier constituait en quelque sorte un prolongement et
une application spécifique des reproches que le plaignant avait formulé
antérieurement dans le dossier D2007-06-092, et comme la décision rendue dans
ce dossier statuait déjà sur la question de la qualité du sondage, le Conseil
a décidé de ne pas la reconsidérer dans le cadre de la présente plainte.
    En ce qui a trait à l'affirmation du plaignant selon laquelle "le même
genre d'analyse biaisée y est faite", (que dans le dossier précédent),
l'écoute du reportage mis en cause a permis de constater qu'il n'y est jamais
question du sondage comme tel. La seule référence à des statistiques venait
d'une personne interrogée qui illustrait ses propos à l'aide de chiffres
provenant du recensement de 2001. Le Conseil a donc estimé que le grief ne
pouvait être retenu dans le contexte.
    Le plaignant formulait également des reproches au sujet de la mise en
contexte de la question sur l'enseignement de l'anglais en première année. A
ce sujet, le Conseil a observé qu'au-delà d'exposer sa vision personnelle des
choses et de prétendre que les questions ont été conçues "pour occulter des
pans entiers de la réalité et pour obtenir certaines réponses favorisant
l'unité canadienne", il ne démontre pas que l'absence de cette mise en
contexte a réellement faussé les réponses recueillies dans les questions
connexes au sondage. Or, comme c'est l'usage au Conseil, il appartient au
plaignant de démontrer tous les griefs qu'il formule, faute de quoi ils sont
rejetés.
    En regard du reportage, le plaignant reprochait notamment aux mis-en-cause
d'avoir laissé sans réplique l'une des personnes interrogées dans le reportage
après qu'elle ait comparé le bilinguisme des anglophones au Québec, qui sont
une minorité, au bilinguisme des francophones du Québec, qui sont la majorité,
la laissant comparer des choses différentes sans remettre en question ses
propos.
    Le plaignant adresse ce reproche à l'animateur de l'émission. S'il est
vrai que ce dernier aurait pu, dans la présentation ou au terme de l'entrevue,
remettre en question les chiffres énoncés, il s'est avéré que ceux-ci
provenaient du recensement de 2001 et non du récent sondage faisant l'objet de
la plainte. Le grief n'a pas été retenu.
    Le plaignant affirmait également que le reportage prenait appui sur des
données inexactes puisque le sondage cité à son appui était truqué. Dans
l'amorce du reportage, on utilisait le chiffre de "86 %", qui serait erroné.
    Or, dans le dossier précédent (D2007-06-092), il a été établi que le
chiffre de "86 %" n'était pas exact, que les émissions où on a pris soin de
faire ces précisions au sujet du sondage n'ont pas été blâmées, et que seuls
les reportages qui les ont omises l'ont été. Or, dans le présent dossier, il
n'a pas été mis en contexte et relativisé par l'animateur. Toutefois, même
s'il est vrai que l'animateur n'a pas apporté cette précision et qu'il s'agit
d'une inexactitude, cette information n'était pas le sujet du reportage et
n'était qu'accessoire dans le contexte. En ce sens, aux yeux du Conseil, il
s'agit d'un manquement mineur dans les circonstances.
    L'autre série de griefs visait l'opération de propagande qu'aurait
orchestrée la Société Radio-Canada pour vanter les mérites du bilinguisme
officiel. A ce sujet, le Conseil a observé que le plaignant avait une thèse et
des opinions qu'il affirme tout au long du dossier. Toutefois, l'usage au
Conseil de presse veut que les griefs soient non seulement énoncés, mais aussi
démontrés. Or, le plaignant ne démontre jamais que la SRC a délibérément
engagé un processus volontaire de persuasion clandestine de façon à biaiser la
réalité en regard du phénomène de la bilinguisation. Etant donné que plusieurs
impressions fortement réaffirmées ne constituent pas une démonstration, ce
grief a également été rejeté.
    Il en va de même pour les griefs généraux adressés à la SRC comme celui
voulant que "les reportages de Radio-Canada sur l'enseignement de l'anglais
sont bâclés, ne vont pas au fond des choses et ne permettent pas du tout à la
population de comprendre les enjeux véritables". Tous les griefs non démontrés
ne peuvent être retenus.
    Au terme de cet examen et sous réserve de l'inexactitude mineure détaillée
plus haut, le Conseil de presse rejette la plainte de M. Bernard Desgagné
contre l'animateur M. Michel Désautels, la journaliste, Mme Marie-France
Bélanger et la Société Radio-Canada.

        Nathalie Verge, secrétaire générale
        Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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