Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2007-05-090



    
    -------------------------------------------------------------------------
    Numéro de dossier : D2007-05-090

    Plaignant           M. Giovanni (Wolfmann) Bruno

                        et

    Mis-en-cause        M. André Pratte, éditorialiste en chef
                        M. Pierre-Paul Gagné et Mme Christiane Clermont,
                        responsables du "courrier des lecteurs"
                        M. Eric Trottier, directeur de l'information
                        Le quotidien La Presse
    -------------------------------------------------------------------------
    

    MONTREAL, le 6 fév. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Giovanni (Wolfmann) Bruno porte plainte à l'encontre des responsables
du "courrier des lecteurs", MM. André Pratte, Pierre-Paul Gagné et
Mme Christine Clermont, qui sous le motif d'antisémitisme, auraient refusé de
publier une de ses lettres.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Giovanni (Wolfmann) Bruno dénonce ce qu'il qualifie "d'antisémitisme"
exercé, consciemment ou non, par les responsables du "courrier des lecteurs"
de La Presse, pour avoir refusé de publier une de ses lettres dans la rubrique
réservée à cette fin. M. Bruno tient toutefois à préciser qu'il n'accuse pas
le journal d'antisémitisme, seulement les responsables du "courrier des
lecteurs".
    Selon le plaignant, sous le faux motif de manque d'espace, l'équipe du
"courrier des lecteurs" aurait refusé de publier sa lettre qui racontait un
témoignage traitant de l'holocauste. La lettre se voulait un complément à
l'article de M. Marc Thibodeau publié le 12 novembre 2006, sous le titre "Un
historien révèle un passé trouble - La Suisse, "coffre-fort" des nazis".
    Le plaignant relate les événements qui se sont succédés à la suite de
l'envoi de sa lettre à La Presse. Tout d'abord il tient à préciser que La
Presse dans sa section réservée aux lecteurs, invite ces derniers à exprimer
leur opinion. A la suite de l'article de M. Thibodeau, il décidait d'envoyer
une lettre, le 14 novembre 2006, en guise de témoignage pour raconter
l'histoire de ses parents qui se sont vus refusés l'entrée en Suisse, alors
qu'ils fuyaient l'Allemagne nazie. Après deux jours d'attente, ne voyant pas
sa lettre publiée, il décide de faire un rappel auprès de La Presse. Mme
Clermont, une des responsables du "courrier des lecteurs", lui indique que son
texte sera soumis au responsable de la publication. Quelques jours plus tard,
son texte n'étant toujours pas publié, il tente un autre rappel, sans réponse.
Le 1er décembre 2006, il reçoit une réponse négative justifiée par le "manque
d'espace". Selon lui, il s'agit d'un faux argument, car il dit constater qu'il
y a de l'espace pour publier d'autres lettres.
    Le plaignant a effectué une recherche sur les lettres publiées dans le
"courrier des lecteurs" au cours des dernières années. Selon lui, ses
recherches l'auraient mené à constater que c'est souvent des lettres signées
par les mêmes personnes qui sont publiées. Il considère que plusieurs de ces
lettres, auraient un contenu à connotation antisémite.
    M. Bruno conclut que M. Pratte a trouvé facilement et plusieurs fois de
l'espace pour les mêmes personnes et les mêmes sujets, ce qui contreviendrait,
selon lui, aux règles de diversité des points de vue promues par le Conseil de
presse.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Carolina Mingarelli, procureure de La Presse
    ---------------------------------------------------------------

    Par l'entremise de Me Carolina Mingarelli, La Presse déplore que, bien
que, M. Bruno avouait dans sa plainte que le journal n'était pas une
publication antisémite ou raciste, il n'hésitait cependant pas à en accuser
certaines personnes.
    La représentante des mis-en-cause est d'avis que la plainte n'est pas
fondée, elle rejette d'emblée les accusations de racisme et d'antisémitisme
dont font l'objet Mme Clermont et MM. Pratte et Gagné.
    Me Mingarelli soulève le fait que la présente plainte serait prescrite,
en regard du Règlement No 3 du Conseil de presse qui stipule qu'une plainte
doit être soumise dans un délai de six mois suivant la publication de l'objet
visé par la plainte. Or, souligne-t-elle, la plainte est datée du 22 mai 2007,
soit plus de six mois suivant la publication de l'article en question. La
procureure souligne que même si le Conseil a estimé que "l'objet visé par la
plainte" devrait être la lettre envoyée par M. Bruno à La Presse ou les
réponses à cette lettre par le journal, plutôt que l'article de M. Marc
Thibodeau, la plainte serait toujours prescrite. De plus, ajoute-t-elle,
M. Bruno n'a pas établi de circonstances exceptionnelles justifiant que le
Conseil de presse ignore cette règle.
    Dans l'alternative, elle soumet que la plainte devrait être rejetée en
regard de la liberté rédactionnelle impartie aux médias dans leur choix de
lettres à être publiées dans le "courrier des lecteurs". En se référant à la
jurisprudence du Conseil, Me Mignarelli rapporte que ce dernier s'est à
maintes fois prononcé sur l'espace réservé aux lecteurs, tout en soulignant
que "nul ne peut dicter à la presse ce qu'elle doit publier ou non puisqu'il
s'agit d'une prérogative de l'éditeur".
    De l'avis de la procureure, La Presse se soucie de "respecter la
diversité des points de vue, de l'actualité des sujets abordés ainsi que les
éventuels droits de réponse et les réactions à des articles publiés ailleurs
dans le journal", dans son choix de lettres à être publier dans le "courrier
des lecteurs". De plus, souligne-t-elle, M. Bruno ne faisant pas l'objet de
l'article de M. Thibodeau, en conséquence, il ne jouissait pas d'un droit de
réplique.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Bruno insiste sur le fait que sa lettre était d'intérêt public. Il
souligne que si le journal avait publié des points de vue semblables au sien,
il aurait pu comprendre ce refus. Mais après vérification, il dit avoir plutôt
trouvé des lettres critiquant les juifs ou qui contenaient des sentiments, des
réactions, des frustrations à connotation antisémite. Il constate qu'aucune
lettre exprimant son point de vue n'a été publiée.
    Il explique qu'il est le dernier représentant qui puisse témoigner de sa
parenté maternelle qui a subi l'holocauste. Il reproche donc aux responsables
de La Presse d'être insensibles et hostiles face au passé de sa famille et de
ne pas lui avoir permis d'expliquer son point de vue qui, explique-t-il, n'est
pas représenté dans le "courrier des lecteurs".
    Le plaignant déplorait que l'on retrouve toujours les mêmes noms dans la
rubrique réservée aux lecteurs. Il joint une liste de lettres répertoriées et
regrette que la procureure du journal n'ait pas expliqué ces "privilèges" que
le journal accorderait à ces personnes.

    DECISION

    Le quotidien La Presse soulevait le fait que la plainte de M. Bruno
serait prescrite en regard du délai de six mois pour déposer une plainte
auprès du Conseil de presse. Cette plainte met en cause un cas de
non-publication plutôt qu'un article publié. Après examen du dossier, il
apparaît dans la correspondance échangée entre le plaignant et La Presse, que
M. Bruno a clairement signifié son insatisfaction au quotidien, à l'égard de
la non-publication de sa lettre, le 1er décembre 2006. La plainte de M. Bruno
a été formulée le 22 mai 2007. Dans l'esprit du Règlement No 3, le Conseil a
donc jugé la plainte recevable puisque le délai de six mois aurait pris fin le
1er juin 2007.
    M. Giovanni (Wolfmann) Bruno reprochait aux responsables du "courrier des
lecteurs" de La Presse, MM. André Pratte, Pierre-Paul Gagné et Mme Christine
Clermont, sous le motif d'antisémitisme, d'avoir refusé de publier une de ses
lettres.
    Au premier grief reproché, le plaignant déplorait que le journal ait
refusé de publier sa lettre dans la section réservée au "courrier des
lecteurs". Il reproche aux responsables d'être insensibles et hostiles face au
passé de sa famille et de ne pas lui avoir permis d'expliquer son point de vue
qui, par ailleurs n'était pas représenté par d'autres lecteurs. Les
mis-en-cause invoquent la liberté rédactionnelle du média, en soulignant que
l'article de M. Marc Thibodeau exposait un point de vue semblable à celui de
M. Bruno. De plus, La Presse dit se soucier de représenter différents points
de vue dans le "courrier des lecteurs" et que cet objectif répond aux
exigences déontologiques du journal.
    Bien que le plaignant considérait sa lettre comme un complément
d'information d'intérêt public, faisant suite à un article, La Presse était
libre de choisir les lettres à être publiées dans la rubrique réservée à cette
fin. M. Bruno considère que La Presse ne représente pas tous les points de
vue, cependant, le dossier ne permet pas d'en arriver à une telle conclusion.
A cet égard, on ne pourrait donc, sans faire un procès d'intention au journal,
l'accuser de partialité. Le grief est rejeté.
    Au deuxième grief, le plaignant accusait le journal et certains de ses
représentants de racisme et d'antisémitisme. Selon M. Bruno, les responsables
du "courrier des lecteurs" favoriseraient ou sympathiseraient avec ceux ou
celles qui critiquent ou s'opposent aux juifs. Il affirme qu'aucune lettre
exprimant un point de vue différent n'aurait été publiée.
    Bien que le plaignant se dise heurté par ces quelques lettres, le Conseil
n'a pu déceler de sentiments antisémites ou racistes, qui soulèveraient la
haine et le mépris, encourageraient la violence ou encore heurteraient la
dignité d'une personne ou d'une catégorie de personnes en raison d'un motif
discriminatoire. De l'avis du Conseil, il est impossible de conclure à de
l'antisémitisme de la part des responsables du "courrier des lecteurs" de La
Presse. Le grief est rejeté.
    Compte tenu des motifs précédemment exposés, le Conseil de presse rejette
la plainte de M. Giovanni (Wolfmann) Bruno à l'encontre des responsables du
"courrier des lecteurs", MM. André Pratte, Pierre-Paul Gagné et Mme Christine
Clermont et le quotidien La Presse.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818

Profil de l'entreprise

Conseil de presse du Québec

Renseignements sur cet organisme


FORFAITS PERSONNALISÉS

Jetez un coup d’œil sur nos forfaits personnalisés ou créez le vôtre selon vos besoins de communication particuliers.

Commencez dès aujourd'hui .

ADHÉSION À CNW

Remplissez un formulaire d'adhésion à CNW ou communiquez avec nous au 1-877-269-7890.

RENSEIGNEZ-VOUS SUR LES SERVICES DE CNW

Demandez plus d'informations sur les produits et services de CNW ou communiquez avec nous au 1‑877-269-7890.