Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2007-03-070



    
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    Numéro de dossier : D2007-03-070

    Plaignant           M. Robert Barberis

    et

    Mis-en-cause        M. André Pratte, éditorialiste en chef
                        M. Eric Trottier, directeur de l'information
                        Le quotidien La Presse
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    MONTREAL, le 22 nov. /CNW Telbec/ -

    
    RESUME DE LA PLAINTE

    Le plaignant, M. Robert Barberis, accuse M. André Pratte, éditorialiste en
chef du quotidien La Presse, de sensationnalisme pour avoir cité des propos
"outranciers" tenus par l'animateur Jeff Filion dans un éditorial publié le
16 février 2007. Il déplore également le manque de rigueur du journaliste et
le manque de respect envers Mme Marie-Chantal Toupin (non partie à cette
affaire), visée par ces propos injurieux.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    A la suite de propos tenus par M. Pierre Arcand, candidat à l'élection
québécoise de mars 2007, traitant M. Mario Dumont de "Jean-Marie Le Pen du
Québec", l'éditorialiste M André Pratte dénonçait dans La Presse la réaction
de M. Dumont, la qualifiant d'excessive et contraire à la liberté
d'expression. Il affirme que M. Dumont avait pourtant soutenu le droit à la
liberté d'expression lors de la fermeture de la station radiophonique CHOI-FM.
A l'appui de cet argument, M. Pratte reprend dans son éditorial des propos
injurieux tenus par l'animateur de CHOI-FM, que M. Dumont défendait alors.
    M. Barberis accuse d'abord M. André Pratte de sensationnalisme pour avoir
reproduit le "langage ordurier" de l'animateur Jeff Filion dans son éditorial.
Il se dit "offensé et dégoûté par le rappel mot à mot de ces vulgarités". Il
ajoute à ses accusations le manque de respect dû à Mme Marie-Chantal Toupin,
visée par les insultes de Jeff Filion reprises par l'éditorialiste. La
reproduction de ces propos lui apparaît "totalement inadmissible". Pour lui,
rien ne peut justifier "le fait qu'André Pratte continue de salir
Marie-Chantal Toupin par personne interposée à des fins politiques".

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

         Commentaires de Me Philippe-Denis Richard, vice-président,
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                      Affaires juridiques et secrétaire
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    Le représentant des mis-en-cause rappelle d'abord quelques principes
généraux sur les droits des professionnels de l'information, et plus
précisément des éditorialistes : "l'éditorial témoigne du journalisme
d'opinion et est une manifestation de la liberté d'expression consacrée par
nos lois et institutions". Il insiste sur la liberté de l'éditorialiste de
commenter les événements ainsi que sur le principe que nul ne peut dicter à un
rédacteur le contenu de son éditorial.
    Concernant la plainte de M. Barberis à l'encontre de l'éditorialiste en
chef de La Presse, il est affirmé que "la teneur de l'éditorial ne comprend
aucun manquement à l'éthique journalistique" et que la façon de présenter et
d'illustrer l'information relève du jugement rédactionnel de M. Pratte.
    Selon les mis-en-cause, l'éditorial en question ne prête pas au
sensationnalisme. Ils invoquent le fait que les propos outranciers de
l'animateur Jeff Filion sont connus du public, sous-entendant que M. Pratte
pouvait par conséquent les réutiliser dans son éditorial.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant soutient que les arguments des mis-en-cause induisent que
M. Pratte peut tout écrire. Alors que pour les mis-en-cause, tous les
arguments énoncés par l'éditorialiste dans son article sont fondés, le
plaignant dénonce chez M. Pratte une "logique tordue et jésuitique" qui
l'aurait conduit à prendre la position exprimée dans l'éditorial sur la
réaction de M. Dumont.
    Le plaignant réitère les griefs de sensationnalisme exprimés dans sa
plainte. Il estime en effet être suffisamment bien renseigné sur le type de
commentaires habituellement reprochés à M. Jeff Filion pour ne pas avoir à
lire les injures de celui-ci dans un quotidien.

    DECISION

    Le plaignant, M. Robert Barberis, accusait M. André Pratte, éditorialiste
en chef du quotidien La Presse, de sensationnalisme pour avoir cité des propos
outranciers tenus par l'animateur Jeff Filion dans un éditorial intitulé "Du
calme, M. Dumont". La reproduction des propos de Jeff Filion dans l'éditorial
lui apparaît totalement inadmissible. Il déplorait aussi le manque de respect
envers Mme Marie-Chantal Toupin, visée par ces propos injurieux.
    Le sensationnalisme désigne la volonté d'induire le public en erreur en
exagérant ou en interprétant de façon abusive les faits et les événements.
    Parallèlement, l'éditorial appartient au journalisme d'opinion qui laisse
"aux professionnels de l'information une grande latitude dans l'expression de
leurs points de vue, commentaires, opinions, prises de position, critiques,
ainsi que dans le choix du ton et du style qu'ils adoptent pour ce faire". Les
éditorialistes ont donc la liberté de "relater les événements et de les
commenter sans entrave".
    Dans le cas présent, la pertinence de l'éditorial de M. Pratte au regard
de l'actualité ne peut être remise en cause. Le journaliste a soutenu son
argumentation d'une manière qui peut certes être jugée discutable, en citant
des propos injurieux de l'animateur Jeff Filion, mais non dans une intention
délibérée d'induire le public en erreur, les propos cités ici étant déjà
connus du public. Le grief de sensationnalisme n'est pas retenu.
    Le plaignant invoquait le caractère inadmissible de la citation des propos
injurieux tenus par M. Jeff Filion dans l'éditorial de La Presse ainsi que le
manque de respect envers Mme Toupin que constitue la reprise de ces propos.
    Le Conseil de presse constate que les propos de M. Jeff Filion repris dans
La Presse sont vulgaires et de mauvais goût. Le Conseil estime que M. Pratte
avait la possibilité, de ne pas associer directement les propos en question à
Mme Toupin. Il a d'ailleurs pris soin de le faire dans d'autres passages de
son éditorial en associant des commentaires disgracieux tenus par l'animateur
à "un citoyen ordinaire" ou à "un concurrent". Un terme générique aurait ainsi
pu être utilisé sans que cela nuise à son argumentation ou à la profondeur de
son commentaire.
    Le Conseil estime toutefois que la manière dont M. Pratte a présenté et
argumenté son propos ne contrevient pas aux principes reconnus en matière
d'éthique journalistique dans la mesure où il n'a jamais endossé les injures
proférées par l'animateur Jeff Filion. En outre, il est admis que le contenu
d'un éditorial relève de la discrétion rédactionnelle du journaliste.
M. Pratte avait donc la liberté d'illustrer son propos comme il l'entendait.
Ainsi, compte tenu de la latitude accordée aux éditorialistes dans le
traitement de leurs sujets, le Conseil ne retient pas le grief.
    Pour les motifs ci-haut exprimés, le Conseil de presse ne retient pas la
plainte formulée par M. Robert Barberis contre M. André Pratte et La Presse.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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