Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2006-09-018



    MONTREAL, le 24 avril /CNW Telbec/ -

    
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    Numéro de dossier : D2006-09-018

    Plaignant           M. Francesco Arcadi

    et

    Mis-en-cause        M. Michel Auger, journaliste
                        M. Serge Labrosse, directeur général de la rédaction
                        Le quotidien Le Journal de Montréal
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    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Francesco Arcadi porte plainte contre deux articles, du journaliste
Michel Auger du Journal de Montréal, publiés les 9 avril et 22 juin 2006. Ces
articles contiendraient des informations inexactes provenant de sources
anonymes, ce qui aurait porté atteinte à la vie privée et à la réputation du
plaignant.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    Par l'intermédiaire de son avocat, Me Jean Laurin, M. Francesco Arcadi
porte plainte contre le journaliste Michel Auger et le Journal de Montréal, au
sujet de deux articles, publiés les 9 avril et 22 juin 2006, qui
contiendraient des informations inexactes basées sur des sources anonymes, ce
qui aurait porté atteinte à la vie privée et à la réputation du plaignant.
    Dans le premier article publié le 9 avril 2006 sous le titre "Conseiller
de Rizzuto - Arcadi serait en danger de mort", Me Laurin relève plusieurs
phrases contenant des informations erronées qui contreviendraient à l'éthique
journalistique :

    1. "(M. Arcadi serait) considéré comme le bras droit et un proche
    conseiller du parrain Rizzutto", n'est basé sur aucune source et serait
    fausse.

    2. "(M. Arcadi) était en véritable danger de mort".

    3. "Le Journal de Montréal a appris qu'une grosse dette serait à
    l'origine d'une querelle opposant certains membres du milieu criminel à
    Arcadi". Me Laurin souligne que M. Arcadi n'a de relation avec aucun
    membre du milieu criminel, n'a pas de casier judiciaire et ne fait
    l'objet d'aucune accusation devant un tribunal.

    4. "Arcadi est ce personnage qui occupe de plus en plus de terrain, dit-
    on, depuis l'emprisonnement de Rizzuto". Selon le représentant du
    plaignant, cette information laisserait entendre que le terrain dont il
    s'agit serait celui laissé vacant par Vito Rizzuto, ce qu'il nie.

    5. "Le rôle d'Arcadi dans le milieu local lui fait apparemment vivre une
    vie à haut risque, puisque c'est au moins la deuxième fois qu'on veut le
    tuer", ce que nie le plaignant.

    6. "Il avait aussi échappé à un complot d'enlèvement de la part d'un
    trafiquant de drogue qui estimait avoir été floué par la Mafia... le
    parrain et son adjoint (le souligné du plaignant) doivent peut-être la
    vie à un indicateur de police qui avait fait part du complot au
    détective", ce qui est également nié par le plaignant.

    D'autres griefs sont reprochés aux mis-en-cause, relativement au respect
de la vie privée et de la réputation de M. Arcadi.
    Pour conclure sur cet article, Me Laurin souligne qu'en faisant
référence, en début d'article, aux enquêtes de la division du crime organisé
de la police de Montréal, le journaliste et l'éditeur ont publié un article
manquant de pondération à l'égard de l'information, qui visait le
sensationnalisme au mépris du risque de nuire à la réputation et à la vie
privée d'autrui.
    Dans un deuxième temps, Me Laurin relève les griefs reprochés à l'article
publié le 22 juin 2006.
    Selon, Me Laurin, dans cet article, le journaliste montre une insistance
indue et une absence totale de rigueur de l'information en mentionnant le nom
de M. Arcadi et en le décrivant comme un des lieutenants de la mafia
montréalaise, à qui le dernier amant de Madame Sharon Simon lui aurait été
redevable d'une "énorme somme d'argent".

    Voici les éléments rapportés dans l'article qui contreviendraient, selon
le plaignant, à l'éthique journalistique.

    1. La mention du nom de M. Arcadi était inutile à la compréhension des
    faits que le journaliste désirait porter à l'attention du public.

    2. L'article faisant écho à celui du 9 avril, la référence à M. Arcadi
    constituait une insistance malicieuse et indue.

    3. La référence à M. Arcadi constitue une grave erreur, un manque de
    pondération visant le sensationnalisme et une atteinte directe à sa vie
    privée et à sa réputation.

    Selon Me Laurin, il est évident que le but de ces articles étaient de
salir la réputation de M. Francesco Arcadi en l'associant à Mme Sharon Simon
et à l'entourage criminel de M. Vito Rizzuto, poussant l'outrecuidance jusqu'à
insinuer qu'il en serait devenu le bras droit.
    Me Laurin affirme que ces allégations sont fausses et que M. Arcadi n'a
même jamais fait l'objet d'accusation criminelle susceptible de le relier M.
Vito Rizutto et/ou à son entourage et/ou à la commission d'un crime.
    A la suite de la parution de ces deux articles, des mises en demeure
furent envoyées au journaliste et à la direction du Journal, exigeant la
rétractation complète des allégations mensongères publiées contre M. Francesco
Arcadi. Le Journal de Montréal et M. Auger n'ont ni accusé réception de ces
demandes, ni publié de rétraction.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Bernard Pageau, avocat représentant le
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    Journal de Montréal
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    Me Bernard Pageau répondra au nom du journaliste, M. Michel Auger et du
Journal de Montréal.
    En ce qui a trait aux reproches du plaignant selon lesquels l'article du
9 avril 2006 aurait rapporté de l'information inexacte, aurait manqué de
rigueur et de pondération visant le sensationnalisme au risque de nuire à la
réputation et à la vie privée d'autrui, le mis-en-cause souligne que le
journaliste et le Journal ont publié des informations d'intérêt public sur la
base d'informations crédibles et vérifiées.
    Quant aux éléments relatifs au respect de la vie privée et de la
réputation du plaignant, Me Pageau soutient que le Conseil de presse n'a pas à
se prononcer sur ces aspects mais plutôt sur les aspects reliés au travail du
journaliste et du Journal dans ce dossier.
    En ce qui a trait à l'article du 22 juin 2006, le mis-en-cause souligne
que les informations rapportées dans cet article sont fondées et proviennent
de sources crédibles.
    Me Pageau conclut en soulignant que l'arrestation récente de M. Francesco
Arcadi et les accusations auxquelles il fait face sont des éléments rapportées
par tous les médias confirmant les allégations des forces policières
rapportées par le Journal.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant n'a soumis aucune réplique.

    DECISION

    Le rôle du Conseil n'est pas de déterminer le degré d'atteinte à la
réputation d'un plaignant, cela relève des tribunaux. Le Conseil étudiera ce
dossier sous l'angle de l'éthique journalistique et professionnelle.
    Les organes de presse et les journalistes ont le devoir de livrer au
public une information complète, rigoureuse et conforme aux faits et aux
événements. La rigueur intellectuelle et professionnelle dont doivent faire
preuve les médias et les journalistes est synonyme d'exactitude, de précision,
d'intégrité, de respect des personnes et des groupes, des faits et des
événements.
    Le plaignant soutient d'abord que l'information à l'effet qu'il serait
associé au milieu criminel est fausse. Il affirme qu'il n'a jamais fait
l'objet d'accusation criminelle qui serait susceptible de le relier à M. Vito
Rizutto et/ou à son entourage et/ou à la perpétration d'un crime. Les
mis-en-cause rétorquent en mentionnant qu'ils ont publié des informations
d'intérêt public sur la base d'informations crédibles et vérifiées.
    Il apparaît important de rappeler, à cette étape-ci, un principe maintes
fois cité par le Conseil à l'effet qu'il appartient au plaignant de faire ses
propres recherches sur les griefs formulés afin d'en faire une démonstration
qui va au-delà d'une simple dénonciation des mis-en-cause. A défaut de quoi,
le Conseil se retrouve devant des reproches non démontrés ne permettant pas
d'accueillir le grief.
    Le Conseil considère que les informations publiées étaient d'intérêt
public. A cet égard, M. Auger pouvait certainement traiter de ces nouvelles à
caractère judiciaire. A la lecture des informations publiées, on remarquera
que le journaliste introduit, dans presque tous les cas, sa source avant de
faire sa déclaration.
    Pour le Conseil, comme ces informations proviennent de différentes
sources, dont des corps policiers, et que celles-ci se sont avérées exactes
par la suite, il n'y a pas lieu de retenir ce grief. Toutefois, en regard des
sources anonymes ou confidentielles, le Conseil recommande aux médias et aux
journalistes de mentionner au public que les informations recueillies l'ont
été sur des bases confidentielles.
    Au deuxième point, le plaignant demande au Conseil de vérifier les
sources d'information du journaliste. Dans les articles dénoncés, le
journaliste attribue, la plupart du temps, l'information recueillie à des
sources policières. En regard des sources confidentielles, le Conseil souligne
que bien que l'utilisation de sources anonymes doit être justifiée et demeurer
exceptionnelle, les médias et les journalistes qui se sont engagés à respecter
le caractère confidentiel de leurs sources doivent en protéger l'anonymat. A
cet égard et à la lumière des derniers événements, soit l'arrestation récente
de M. Arcadi qui avec 90 autres accusés devra répondre à près de 1000 chefs
d'accusation, en plus du faible argumentaire du représentant du plaignant, le
Conseil ne peut que conclure que le journaliste pouvait avoir foi en ses
sources afin de publier son information. Le grief est par conséquent rejeté.
    Au dernier grief, M. Arcadi affirme que les informations contenues dans
les deux articles ne visaient qu'à nuire à sa réputation. Puisque cette
atteinte découlerait du fait de fautes professionnelles de la part des
mis-en-cause, et puisque aucun grief n'a été retenu, le Conseil rejette donc
ce dernier grief.
    Au terme de ce qui précède, le Conseil rejette la plainte de M. Francesco
Arcadi à l'encontre du journaliste M. Michel Auger et du quotidien Le Journal
de Montréal.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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