Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2006-08-014



    MONTREAL, le 24 avril /CNW Telbec/ -

    
    -------------------------------------------------------------------------
    Numéro de dossier : D2006-08-014

    Plaignant           Reflet de Société - Journal de la Rue
                        M. Raymond Viger, rédacteur en chef

    et

    Mis-en-cause        M. Serge Labrosse, directeur général de la rédaction
                        Le quotidien Le Journal de Montréal
    -------------------------------------------------------------------------
    

    RESUME DE LA PLAINTE

    Le bimensuel Reflet de Société - Journal de la Rue porte plainte contre
le quotidien Le Journal de Montréal, concernant la une de l'édition du mardi
15 août 2006 intitulée "Un élève sur 5 a un couteau ou une arme à feu, ARMES A
L'ECOLE". Le plaignant reproche au journal et à son pupitreur d'avoir utilisé
un titre sensationnaliste et disproportionné qui ne représenterait ni les
résultats de l'enquête sur les armes, ni le contenu de l'article du
journaliste M. Marco Fortier.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Raymond Viger, rédacteur en chef du Reflet de Société - Journal de la
Rue, porte plainte contre le quotidien le Journal de Montréal, concernant la
une du mardi 15 août 2006, parue sous le titre "Un élève sur 5 a un couteau ou
une arme à feu, ARMES A L'ECOLE", qui présenterait une mauvaise interprétation
des résultats d'une enquête publiée en pages 2 et 3 de cette même édition.
    L'article en page 3 mentionne notamment que "18,7 % des élèves
montréalais affirment avoir déjà apporté une arme à l'école". Le plaignant
indique que les jeunes de 14 à 17 ans qui ont fourni cette statistique ne
disent pas qu'ils amènent présentement une arme à l'école, mais plutôt qu'ils
en ont déjà emmené une. Il ajoute que, si un jeune qui a aujourd'hui 17 ans a
déjà apporté une arme à 14 ans, il est tout de même inclus dans cette
statistique, ce qui ne veut pas dire qu'il emmène actuellement une arme à
l'école.
    Le plaignant dénonce également la définition d'une arme telle que
présentée dans cette manchette, c'est-à-dire incluant uniquement des couteaux
ou des armes à feu, alors que la définition de l'article indique que parmi les
armes on retrouve le "couteau, le gaz irritant et les bâtons utilisés dans les
arts martiaux". Il précise que c'est un peu plus loin et dans une proportion
moindre, que l'article fait mention de "fusil". M. Viger soutient donc que ce
titre est incomplet et induit le public en erreur. Il précise que les gaz
irritants ou les bâtons d'arts martiaux sont beaucoup moins offensifs que les
couteaux ou les armes à feu, ce qui aurait changé la couleur du titre, car une
forte proportion des jeunes ayant répondu positivement à l'enquête détiennent,
selon le plaignant, des armes à but défensif qui ne peuvent blesser les
autres.
    Pour terminer, le plaignant allègue que les conséquences de ce titre
erroné peuvent être importantes, puisqu'elles augmentent le sentiment
d'insécurité du public. Il ajoute que cette crainte pourrait également
contribuer à augmenter la violence chez les jeunes qui croiront à tort que les
autres étudiants peuvent être armés en classe.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Me Bernard Pageau, représentant les intérêts du
    ---------------------------------------------------------------
    Journal de Montréal
    -------------------

    Me Bernard Pageau expose d'abord que, dans l'édition mise en cause, le
Journal de Montréal et le journaliste M. Fortier ont rapporté les principaux
résultats d'une étude menée auprès de 1 400 jeunes garçons de Montréal et de
Toronto.
    En regard des récriminations exprimées par le plaignant au sujet du titre
de la une, Me Pageau souligne qu'il va de soi qu'il réfère aux articles parus
en page intérieure du quotidien et intitulés "Des armes dans nos écoles" et
"Une arme à feu en moins d'une heure".
    En regard de cet article, le représentant des mis-en-cause soutient que
le journaliste a agit de façon professionnelle en rapportant les principales
conclusions de l'étude, de même que les commentaires de ses auteurs quant aux
résultats.
    Me Pageau estime que le plaignant n'est pas d'accord avec les résultats
de l'étude. Il reconnaît que l'article présentant l'étude parle également de
gaz irritants et de bâtons utilisés pour la pratique des arts martiaux, mais
réplique que la phrase à l'intérieur de l'article précise que : "Les armes les
plus susceptibles de se retrouver à l'école sont le couteau, le gaz irritant
et les bâtons utilisés dans les arts martiaux", ce qui, selon Me Pageau, ne
représente pas une définition exhaustive des armes, mais plutôt une
énumération des armes les plus susceptibles de se retrouver à l'école.
    Le représentant des mis-en-cause réprouve également l'affirmation du
plaignant à l'effet que le titre de la une aurait induit le public en erreur
parce qu'on y mentionnait uniquement les couteaux et les armes à feu et non
les autres armes énumérées dans la description de l'article. Il répond que le
titre est conforme aux résultats de l'étude présentés dans l'article, à savoir
que près de 20 % des élèves ont déjà apporté une arme à l'école, soit
approximativement un élève sur cinq.
    Me Pageau ajoute enfin qu'il lui semble évident que le lecteur prendra
connaissance des articles publiés en page 2 et 3 du quotidien, en plus de lire
la manchette. Il soutient que ces articles présentent les commentaires de
divers intervenants face aux résultats de l'étude, ce qui complèterait
l'information et permettrait de la présenter au public d'une façon équilibrée.
Ainsi, les mis-en-cause soutiennent que l'ensemble du reportage sur les armes
dans les écoles est conforme aux standards déontologiques et fut réalisé de
façon professionnelle.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    En regard des commentaires du représentant des mis-en-cause, M. Viger
regrette d'abord qu'aucun des arguments avancés dans sa plainte n'ait été
discuté ou développé. Pour le plaignant, Me Pageau n'a fait que mentionner que
le journaliste rapportait adéquatement les principales conclusions de l'étude,
ce qui n'était pas son principal motif de plainte.
    M. Viger ajoute que le représentant des mis-en-cause interprète
erronément sa position en indiquant que le plaignant est en désaccord avec les
résultats de l'étude publiée dans le journal. Il explique que ce n'est pas
l'étude qu'il critique, mais plutôt l'interprétation que le pupitreur en a
fait en titrant la une de façon exagérée, qui présente un des résultats de
l'étude de manière erronée.
    Afin de confirmer ses reproches à l'endroit du Journal de Montréal, le
rédacteur en chef de Reflet de Société signale qu'il a contacté Mme Patricia
Erickson, une chercheuse qui a travaillé sur l'étude dont le quotidien
rapportait les résultats et qui était citée et photographiée à l'intérieur de
l'article, pour obtenir son opinion quant au titre. M. Viger joint donc une
copie du courriel de Mme Erickson à sa réplique.
    Mme Erickson y affirme que les armes dans les écoles ne représentent pas
un grave problème. Elle ajoute que la définition d'une arme était importante
pour comprendre son étude et que, dans ce cas précis, elle référait à toutes
les armes pouvant être utilisées, incluant des chaînes, des bâtons et autres
armes de défense. Mme Erickson explique que les armes à feu et les couteaux
n'y représentaient qu'un très faible pourcentage, qui se retrouvait
majoritairement dans la rue et rarement à l'intérieur des écoles. La
chercheuse précise également que cette étude ne prend que des garçons en
considération et que les filles sont généralement moins susceptibles
d'apporter des armes en classe, ce qui aurait contribué à modifier le nombre
d'étudiants armés.
    Concernant le titre de la une, la chercheuse affirme qu'il s'agit d'une
manchette susceptible d'induire le public en erreur, car peu d'étudiants
apporteraient actuellement une arme à feu ou un couteau à l'école.

    DECISION

    M. Raymond Viger portait plainte au nom de Reflet de Société - Journal de
la Rue, concernant le titre de la une de l'édition du mardi 15 août 2006 du
quotidien Le Journal de Montréal, se rattachant à un reportage sur les armes
dans les écoles.
    Le plaignant reprochait aux responsables de l'édition d'avoir autorisé la
publication, à la une, d'un titre qui présenterait une interprétation erronée
des résultats d'une enquête sur les armes dans les écoles, publiés dans les
articles en page 2 et 3 de cette même édition, ce qui contribuerait à ajouter
un caractère sensationnaliste à la nouvelle et à perpétuer une crainte
démesurée chez le public.
    Au sujet de l'intégrité dans la présentation de l'information, la
déontologie du Conseil stipule que les manchettes et les titres relèvent de la
prérogative de l'éditeur et doivent respecter le sens, l'esprit et le contenu
des textes auxquels ils renvoient. Les responsables de l'information doivent
éviter le sensationnalisme.
    Après examen, le Conseil a pu constater que le titre de la une, soit
"Un élève sur 5 a un couteau ou une arme à feu - ARMES A L'ECOLE", présentait
certaines erreurs ou inexactitudes en regard des résultats de l'étude sur la
violence chez les jeunes. Ainsi, si l'étude permet de constater que 18,7 % des
jeunes garçons montréalais interrogés ont affirmé avoir déjà apporté une arme
à l'école, cela ne signifiait pas qu'ils sont généralement armés à l'école. De
plus, l'article sur lequel se base la une du journal précise que les armes les
plus susceptibles de se retrouver à l'école sont le couteau, le gaz irritant
et les bâtons servant la pratique des arts martiaux, mais que 2,2 % des élèves
montréalais affirmaient avoir déjà apporté un fusil à la polyvalente. De ce
fait, le fusil ou les armes à feu se retrouvaient en proportion nettement
moindre que les autres armes apportées dans les écoles par les jeunes hommes :
2,2 % contre 16,5 % pour les couteaux et les armes de défense. De plus, la
méthodologie de cette étude ne prenait pas en compte les filles qui auraient
pu changer à la baisse le pourcentage d'étudiants ayant apporté des armes à
l'école si elles avaient été prises en compte. Il aurait donc été plus adéquat
que le titre mentionne un "garçon" sur 5, plutôt qu'un "élève" sur 5.
    Bien que les articles reliés à ce reportage semblent présenter de façon
adéquate les résultats de l'étude et exposer les points de vue de divers
intervenants en regard de celle-ci, cela ne changeait rien au devoir
d'exactitude dans la présentation de l'information. Pour ces raisons, le
Conseil a retenu le grief.
    Au terme de ce qui précède, le Conseil retient la plainte de Reflet de
Société - Journal de la Rue contre le quotidien Le Journal de Montréal,
concernant le manque d'exactitude et d'intégrité dans la présentation de
l'information à la une du quotidien.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

Profil de l'entreprise

Conseil de presse du Québec

Renseignements sur cet organisme


FORFAITS PERSONNALISÉS

Jetez un coup d’œil sur nos forfaits personnalisés ou créez le vôtre selon vos besoins de communication particuliers.

Commencez dès aujourd'hui .

ADHÉSION À CNW

Remplissez un formulaire d'adhésion à CNW ou communiquez avec nous au 1-877-269-7890.

RENSEIGNEZ-VOUS SUR LES SERVICES DE CNW

Demandez plus d'informations sur les produits et services de CNW ou communiquez avec nous au 1‑877-269-7890.