Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2006-07-002



    
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    Numéro de dossier : D2006-07-002

    Plaignants      L'Association des enseignantes et enseignants de Montréal
                    Mme Ruth Rosenfield, présidente
    et


    Mis-en-cause    Mme Allison Hanes, journaliste
                    M. Raymond Brassard, directeur de la rédaction
                    Le quotidien The Gazette
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    MONTREAL, le 5 mars /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Ruth Rosenfield, présidente de l'Association des enseignantes et
enseignants de Montréal (AEM), porte plainte au nom de son organisme. La
plainte vise un article rédigé par la journaliste Allison Hanes et publié le
24 octobre 2005 dans le quotidien The Gazette. La plaignante dénonce un manque
de rigueur et de neutralité dans le traitement des informations publiées.

    GRIEFS DES PLAIGNANTS

    Mme Ruth Rosenfield, présidente de l'Association des enseignantes et
enseignants de Montréal (AEM), porte plainte contre l'article de la
journaliste Allison Hanes, paru le 24 octobre 2005 dans le journal The Gazette
intitulé "Teacher bullied our son, parents say in lawsuit" (Des parents
affirment, dans une poursuite, qu'une institutrice a intimidé leur fils). La
plaignante allègue que plusieurs des informations rapportées dans l'article
dénotent un manque de rigueur, qui fait également douter l'AEM de
l'impartialité de la journaliste. De plus, les renseignements énoncés dans le
texte ne correspondraient généralement pas à la véritable réputation de
l'enseignante.
    L'article contesté rapporte les accusations déposées par deux plaignants,
dans le cadre d'une poursuite civile contre Mme Kanavaros, qui est membre de
l'AEM et institutrice à l'école Roslyn de Westmount. La journaliste y
mentionne qu'une demi-douzaine de parents d'étudiants de l'école Roslyn, qui
ont été contactés par The Gazette, supportent certaines des accusations
avancées par la poursuite. Elle cite également une mère, dont le nom est
mentionné dans l'article, qui était disposée à partager son expérience et qui
qualifie Mme Kanavaros de "brute" (bully).
    Selon Mme Rosenfield et l'AEM, cette représentation des faits est
biaisée. La plaignante se demande si la journaliste a fait quelque effort pour
trouver des parents qui pourraient avoir une opinion positive de
Mme Kanavaros. Elle s'interroge également sur la façon dont les noms de la
demi-douzaine de parents contactés par le quotidien ont été sélectionnés.
    L'article mis en cause se conclut par trois paragraphes faisant allusion
au site Internet http://www.RateMyTeacher.ca. Comme le rapporte l'article, ce
site Internet permet aux étudiants et aux parents d'évaluer les enseignants,
avec des visages joyeux ou tristes, des notes et des commentaires. La
journaliste rapporte que Mme Kanavaros fait partie de cinq enseignants, sur
les trente-cinq professeurs de l'école Roslyn, à être évalués par un visage
bleu et triste.
    En regard de l'utilisation de ces informations, la plaignante soutient
que la fiabilité des statistiques provenant de ce genre de site Internet ne
peut être garantie. Elle ajoute qu'aucune information n'est fournie au sujet
de la taille ou de la qualité de l'échantillon des données présenté sur le
site Internet. Néanmoins, ces avis sont cités sans réserves, en tant
qu'élément important d'un article qui parait en première page d'un journal
sérieux et reconnu.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Raymond Brassard, directeur de la rédaction
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    M. Raymond Brassard amorce ses commentaires en exposant la position du
quotidien, à l'effet que l'article contesté ne manque pas de rigueur. Au
contraire, le mis-en-cause soutient que Mme Hanes a cherché à respecter toutes
les normes requises par la profession, pour produire un article juste et
impartial, basé sur un document public. Il ajoute que la journaliste a parlé
avec d'autres parents dont les enfants étaient dans la classe de
Mme Kanavaros, qu'elle a également contacté l'avocat de l'institutrice, qui a
refusé de commenter l'affaire, qu'elle a essayé de parler avec le directeur de
l'école qui n'a pas retourné les appels, et qu'elle a communiqué avec un
porte-parole de la commission scolaire qui a également refusé de commenter
l'affaire. Le représentant des mis-en-cause souligne que toutes ces tentatives
infructueuses de la journaliste étaient bien mentionnées dans l'article.
    Les responsables du journal contestent également les griefs concernant
l'utilisation des informations provenant du site Internet RateMyTeachers.ca,
puisque ces informations ont été employées seulement pour comparer la
popularité de Mme Kanavaros à celle de ses pairs, dans la même école. M.
Brassard ajoute que deux exemples des commentaires répertoriés sur le site ont
été rapportés dans l'article et qu'un de ces commentaires était positif et
l'autre négatif, ce qui démontre le souci de rigueur et d'équité de la
journaliste. Le directeur de la rédaction ajoute que RateMyTeachers.ca est
couramment utilisé, dans l'ensemble de l'Amérique du Nord, comme mesure
informelle de la popularité des enseignants.
    M. Brassard assure que, comme c'est le cas pour tous les procès civils
qui sont rapportés dans les pages du journal, The Gazette prévoit faire un
suivi complet de l'histoire et des procédures judiciaires. Il ajoute que,
malheureusement, Mme Kanavaros et ses représentants ont décliné l'offre du
journal d'exposer leur version des faits dans l'article d'octobre 2005, mais
que devant la Cour l'enseignante aura l'occasion de s'exprimer et que, par la
même occasion, son point de vue sera exposé dans The Gazette.

    Commentaires de Mme Allison Hanes, journaliste
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    Mme Hanes explique d'abord qu'une partie de son travail, lorsqu'elle
était reporter judiciaire pour The Gazette, consistait à regarder sur une base
quotidienne les poursuites civiles intéressantes. Elle ajoute avoir pris
connaissance de la poursuite contre Mme Kanavaros, le directeur de l'école
Roslyn et la commission scolaire à la fin de l'été ou au début de l'automne
2005. Le dossier avait capté son attention, puisque plusieurs parents ont des
démêlés avec les enseignants de leurs enfants, mais que peu vont jusqu'à
intenter des poursuites légales à leur endroit. Mme Hanes ajoute avoir été
incitée à se pencher de nouveau sur cette affaire quelques semaines plus tard,
lorsqu'elle fut contactée par un parent dont l'enfant fréquentait l'école
Roslyn. La journaliste précise qu'elle ne peut révéler le nom de certains
parents à qui elle a garantit l'anonymat et dont elle parle dans l'article,
mais qu'elle a conservé certains enregistrements.
    La journaliste raconte qu'à son avis, s'il était intéressant de révéler
l'escalade des tensions jusque dans l'arène légale entre une institutrice et
une famille, la possibilité qu'il y avait une frustration plus grande l'était
encore plus et soutenait la pertinence de couvrir l'histoire.
    Mme Hanes soutient avoir fait plusieurs tentatives pour contacter les
avocats des deux parties, pour contacter les demandeurs qui ont refusé de lui
parler, et pour joindre les défendeurs, soit Mme Kanavaros, le directeur de
l'école Roslyn et un représentant de la commission scolaire de Montréal, qui
n'ont pas retourné ses appels. La journaliste assure avoir offert à chacune
des parties la chance de présenter sa version des faits. Comme le processus
conduisant à la rédaction de l'article a été réalisé en plusieurs jours, la
mise-en-cause allègue que toutes les personnes qu'elle a rejointes avaient
amplement le temps de lui répondre.
    La mise-en-cause signale que, la plupart du temps, le journalisme
judiciaire est effectué sans prendre en compte les commentaires des parties.
Pour Mme Hanes, le refus d'une des parties de donner une entrevue n'est pas un
motif raisonnable pour cesser de couvrir une histoire, car peu de causes
seraient rapportées si les journalistes attendaient l'approbation et la
coopération des sujets qu'ils couvrent avant de rendre les faits publics.
C'est pourquoi, il revient aux journalistes et aux médias de juger de la
valeur des nouvelles et de leur intérêt public. Dans le cas présent, ces deux
éléments ont été évalués comme importants.
    La journaliste indique qu'elle s'est basée sur beaucoup plus que les
seuls documents du tribunal pour réaliser cet article, malgré le fait que les
avocats et les parties aient, pour la plupart, refusé de collaborer. Ainsi,
elle fut contactée par une personne qui formulait des récriminations
similaires à celles présentées devant la Cour. Cette personne l'a mise en
contact avec 6 ou 8 autres parents qui avaient des critiques semblables à
formuler. Tous ces parents ont, ou avaient, un enfant dans la classe de
Mme Kanavaros. Mme Hanes précise qu'à la suite de ces entretiens, un seul
parent a accepté d'être enregistré et fut le seul cité dans l'article.
Cependant, il lui semblait important de mentionner le fait que la situation
rapportée ne relevait pas d'un incident isolé.
    Pour ce qui est du site RateMyTeacher.com, la journaliste raconte qu'elle
en avait entendu parler et l'avait consulté dans le passé pour observer les
commentaires sur sa propre école. Bien qu'elle reconnaisse que le contenu de
ce genre de site Internet ne répond pas à une méthode d'évaluation
scientifique, la journaliste argue qu'elle l'a utilisé afin de présenter une
remarque positive au sujet de Mme Kanavaros, ce qui permettait d'établir un
équilibre dans l'information présentée. La mise-en-cause ajoute cependant,
qu'elle trouvait juste de mentionner l'appréciation globale de la performance
de l'enseignante sur le site Internet, qui n'était pas particulièrement
positive.

    REPLIQUE DES PLAIGNANTS

    Mme Rosenfield note premièrement que la journaliste déclare avoir été
contactée par un parent, qui n'était pas un des demandeurs dans la poursuite
légale, mais qui avait des récriminations semblables à ceux-ci. Ainsi, ce
n'est pas la journaliste qui a initié les contacts, c'est ce parent qui l'a
mise en relation avec d'autres parents qui auraient vécu des histoires
semblables avec l'enseignante. A la lumière de ces faits, la plaignante
conclut que l'opinion de Mme Hanes était susceptible d'avoir été biaisée,
puisqu'elle n'avait lu et entendu qu'un seul point de vue.
    La plaignante remarque également que les demandeurs de la poursuite
civile n'ont émis aucun commentaire, vraisemblablement parce qu'ils
attendaient d'avoir pris connaissance des explications des personnes mises en
accusation dans le dossier et qu'ils ne souhaitaient pas voir ces
renseignements publiés à ce moment dans The Gazette.
    La présidente de l'AEM note que Mme Hanes a essayé d'obtenir les
commentaires de Mme Kanavaros, de son avocat, du directeur de l'école Roslyn
et d'un représentant de la commission scolaire. Le fait que ces derniers aient
refusé de lui répondre substantiellement représente le noeud du problème selon
Mme Rosenfield. Comme les informations demandées par la journaliste au sujet
de Mme Kanavaros concernaient une démarche juridique, en contactant uniquement
des personnes directement impliquées dans l'affaire et qui ne pouvaient pas
commenter, il n'était pas possible d'être équitable et impartial. Puisque
cette situation impliquait une école accueillant des enfants en bas âge, la
plaignante croit que la prudence entourant cette affaire était réclamée par
toutes les parties et que, si The Gazette sentait la nécessité de citer des
personnes externes à la cause, elle aurait dû réaliser une recherche plus
proportionnée, lui permettant de repérer des parents qui supportaient
l'institutrice et qui auraient pu commenter l'affaire de ce point de vue.
    Mme Rosenfield réitère finalement que la consultation du site Internet
RateMyTeachers.ca, comme outil d'investigation, était douteuse pour les
raisons indiquées dans la plainte et que la citation d'un commentaire émis sur
ce site ne suffisait pas à assurer l'équilibre de l'information.

    DECISION

    L'administration de la justice est publique et il importe qu'elle soit
rendue comme telle, malgré le caractère privé et souvent très délicat de
certains dossiers.
    Mme Ruth Rosenfield, présidente de l'Association des enseignantes et
enseignants de Montréal (AEM) exprimait plusieurs doléances en regard de
l'article de la journaliste Allison Hanes, paru le lundi 24 octobre 2005 dans
le quotidien The Gazette, sous le titre "Teacher bullied our son, parents say
in lawsuit" (Des parents affirment, dans une poursuite, qu'une institutrice a
intimidé leur fils).
    La plaignante contestait premièrement l'angle de traitement et les
sources d'information de la journaliste, pointant particulièrement le fait
qu'un parent l'ait contacté pour formuler des critiques à l'endroit de
l'institutrice et que ce soit lui qui ait mis la journaliste en contact avec
les autres parents insatisfaits. Mme Rosenfield soutient que la journaliste
aurait dû chercher elle-même à rejoindre des parents d'élèves, dont des
parents satisfaits du travail de l'institutrice, pour présenter un point de
vue plus objectif.
    Le Conseil estime que les parents d'enfants dans la classe de
Mme Kanavaros étaient des sources d'information fiables. La journaliste était
donc justifiée de faire mention de leur opinion. De plus, elle a bien
identifié la mère citée dans l'article. Le Conseil rappelle également que les
journalistes et les médias sont libres de choisir l'angle de traitement qu'ils
désirent apporter à une nouvelle. Ainsi, la journaliste était libre de se
pencher sur la présence d'autres parents insatisfaits dans la mesure où le
traitement général de l'article était équitable. Ce premier grief est donc
rejeté.
    En ce qui a trait à l'équilibre, à l'exhaustivité et à l'impartialité de
l'information, la déontologie du Conseil de presse indique que, quel que soit
l'angle de traitement retenu pour une nouvelle ou un reportage, les médias et
les journalistes doivent transmettre une information qui reflète l'ensemble
d'une situation et le faire avec honnêteté, exactitude et impartialité. Dans
les cas où une nouvelle ou un reportage traite de situations controversées, ou
de conflits entre des parties, de quelque nature qu'ils soient, un traitement
équilibré doit être accordé aux éléments et aux parties en opposition.
    Après examen, il appert au Conseil que la journaliste a cherché par
divers moyens à compléter l'information contenue dans le dossier de la Cour et
à présenter les points de vues des deux parties. Ainsi, la journaliste
rapporte certains propos de l'avocat de la poursuite, de même que de l'avocate
de Mme Kanavaros. Elle a également tenté de joindre le directeur de l'école
Roslyn, un représentant de la commission scolaire et les parents ayant entamé
la poursuite, ce qu'elle indique dans l'article. Aux yeux du Conseil, si les
personnes accusées ou liées à l'accusée dans l'affaire ne souhaitaient pas
commenter, cela n'empêchait pas la journaliste de rapporter les faits.
    Le Conseil note également que, conformément à la déontologie
journalistique en matière d'information judiciaire, le directeur de la
rédaction de The Gazette s'est engagé formellement à assurer un suivi
rigoureux de l'affaire et à rapporter son dénouement, quelle qu'en soit
l'issue. Enfin, le texte contesté respecte le genre journalistique de la
nouvelle, le ton est neutre et la journaliste n'y exprime pas son opinion.
L'article contesté semble donc dresser un portrait objectif de la situation
observée par la journaliste et le Conseil ne décèle pas d'entorse
déontologique en regard de l'impartialité et de l'équilibre de l'information.
    La dernière récrimination exprimée par Mme Rosenfield concernait
l'utilisation du site Internet RateMyTeachers.ca comme source d'information.
    Les informations principales de l'article reposent sur les documents
officiels de la Cour, que plusieurs sources viennent compléter. Ainsi, le site
Internet n'est qu'une de ces références qui viennent compléter la nouvelle.
Bien que ce genre de site n'ait pas de valeur scientifique, y faire référence
ne contrevient pas à l'éthique journalistique et permet, dans ce cas-ci, de
présenter une appréciation positive et une autre négative du travail de
l'institutrice. Ce dernier grief est rejeté.
    Pour ces motifs, la plainte de l'Association des enseignantes et
enseignants de Montréal contre Mme Allison Hanes et le quotidien The Gazette
est rejetée.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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