Commission Bouchard-Taylor, The Gazette jugée sensationnaliste pour avoir exagéré la portée de son "scoop"



    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ - Lors de sa dernière réunion, le
comité des plaintes et de l'éthique de l'information (CPEI) du Conseil de
presse du Québec a rendu une décision concernant la couverture faite par le
quotidien The Gazette du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, cinq jours
avant sa publication officielle. Le CPEI a estimé que cette diffusion
respectait le principe d'intérêt public et que le journaliste était libre de
sélectionner les parties du rapport dont il souhaitait traiter, mais qu'en
n'indiquant pas clairement que ces articles reposaient uniquement sur un
extrait du rapport, les mis-en-cause avaient fait montre de sensationnalisme.
Cette décision est susceptible d'être portée en appel dans les 30 jours de sa
réception par les parties.

    D2008-05-079 Jean Dorion, président général de la Société Saint-Jean-
    Baptiste de Montréal et Gilles Rhéaume, représentant de la Ligue
    Québécoise contre la francophobie canadienne c. Jeff Heinrich,
    journaliste et le quotidien The Gazette

    Une couverture justifiée, mais un manque de mise en contexte quant à la
    source des informations

    MM. Dorion et Rhéaume portaient plainte contre Jeff Heinrich, journaliste
pour le quotidien The Gazette. M. Dorion reprochait à ce dernier d'avoir
publié plusieurs articles, le 17 mai 2008, dévoilant de façon erronée les
conclusions du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, avant même que ce
dernier ne soit rendu public. M. Rhéaume faisait, quant à lui, reposer sa
plainte sur un article traitant du même sujet et publié le 19 mai 2008 qui,
selon lui, véhiculait des préjugés à l'endroit des Québécois
canadiens-français.
    M. Dorion reprochait en premier lieu au quotidien d'avoir nui à l'intérêt
public en dévoilant, cinq jours avant sa publication officielle, le contenu du
rapport de la Commission Bouchard-Taylor. Ce faisant, il aurait outrepassé
l'intérêt public qui commandait de ne pas faire déraper par avance un débat au
profit de l'intérêt commercial d'un média. M. Heinrich affirmait, quant à lui,
avoir réussi à se procurer une version d'une centaine de pages du rapport de
la Commission avant sa publication et avoir jugé qu'il était d'intérêt public
d'en révéler le contenu. Le guide déontologique du Conseil énonce que, si une
instance dépendant des pouvoirs publics peut interdire ou retarder la
publication de certaines informations pour des raisons d'intérêt public, elle
ne peut en contrepartie s'attendre à ce que la presse ait la même lecture de
ce qui est d'intérêt public. En raison de leur fonction sociale, les médias et
les professionnels de l'information doivent évaluer ce qui est d'intérêt
public. Les choix rédactionnels en la matière relèvent de leur jugement et
doivent être faits en toute indépendance. En conformité avec ces principes, le
Conseil reconnaît que le dévoilement anticipé d'éléments provenant du rapport
Bouchard-Taylor par le quotidien The Gazette et son journaliste pouvait
légitimement être considéré d'intérêt public par la direction du quotidien. Le
grief fut rejeté.
    M. Dorion déplorait, en second lieu, que la présentation qui a été faite
du rapport de la Commission Bouchard-Taylor dans les articles de M. Heinrich,
ainsi que dans la manchette publiée à la une le 17 mai 2008, ait été
sensationnaliste. Selon lui, la manchette laissait aux lecteurs l'impression
que le problème étudié par la Commission résultait de l'absence ou de
l'insuffisance d'ouverture d'esprit chez les Canadiens-français, qualité que
ceux-ci ne pourraient acquérir ou démontrer qu'en apprenant davantage
l'anglais, en étant plus gentils avec les musulmans et en s'informant mieux.
La partie mise en cause soutenait qu'il s'agissait de ce qui était indiqué
dans le rapport de la Commission.
    En vertu de l'éthique journalistique, les mis-en-cause pouvaient
sélectionner librement l'angle de traitement ainsi que les informations qu'ils
estimaient d'intérêt public et en faire leur manchette ainsi que le contenu de
leurs articles. Cet aspect du grief n'a pas été retenu.
    Cependant, en regard du sensationnalisme, le public ne doit pas être
induit en erreur quant à la valeur et à la portée réelles des informations qui
lui sont transmises. Or, le premier paragraphe de l'article intitulé : "Time
for Quebecers to be more open: report" et dans la manchette centrale à la une
présentent trois éléments centraux du rapport de la Commission Bouchard-Taylor
: "Learn more English. Be nicer to Muslims. Get better informed". Après
examen, le Conseil a estimé que, tout en étant présents dans le contenu du
rapport Bouchard-Taylor, ces trois points retenus par le journal ne
correspondent pas à la pensée centrale et aux conclusions finales formulées
par les commissaires Bouchard et Taylor dans leur rapport.
    En ne précisant pas clairement que le journaliste ne disposait que d'une
partie limitée du rapport Bouchard-Taylor, soit le tiers du document; en ne
précisant pas que le "message" était constitué des conclusions qu'ils tiraient
eux-mêmes des parties du document qu'ils ont obtenu à l'avance et non de
celles du rapport lui-même; en ne précisant pas que les mis-en-cause n'avaient
pas en main les conclusions de ce rapport, le lecteur était justifié de croire
que les informations rapportées par The Gazette étaient le résumé du rapport
Bouchard-Taylor. Selon le Conseil, la portée de ces éléments publiés est
cependant toute autre : en l'absence de ces mentions claires et évidentes,
l'interprétation du contenu du rapport, telle que présentée dans l'article et
la manchette du quotidien The Gazette induit le public en erreur quant à la
valeur et la portée réelles de l'information transmise aux lecteurs. Selon le
Conseil, la responsabilité de The Gazette était d'autant plus grande qu'il
était le premier média à dévoiler les conclusions de la Commission
Bouchard-Taylor dont la tournée avait occupé une place considérable au Québec
dans les mois précédents. Il était clair que la première présentation
médiatique des conclusions de la Commission aux Québécois allait jouer un rôle
très important dans le débat public. Ce premier "résumé" des conclusions du
rapport a constitué le premier filtre à travers lequel les citoyens ont pu
s'approprier les réflexions des commissaires. Le grief fut retenu.
    M. Dorion déplorait que la manchette, en utilisant le vocable
"French-Canadian", soit trompeuse, puisqu'elle laisserait penser que c'est
l'expression qu'ont privilégiée les commissaires, alors qu'ils intégreraient
plus communément celle-ci à des appellations de type "Québécois
canadiens-français". M. Heinrich soutenait quant à lui que le vocable
"French-Canadian" était celui auquel les commissaires avaient donné leur
préférence. Après analyse, le Conseil a pu constater que les commissaires ont
pris soin, dans leur rapport, de lever certaines ambiguités quant à la
terminologie qu'ils ont adoptée pour qualifier la population québécoise.
Ainsi, à la page 202 de leur rapport, ils indiquent "reje(ter) l'expression
"Québécois de souche"" pour désigner les "Québécois d'origine
canadienne-française". Ils précisent qu'"il vaudra mieux dire "Québécois
canadiens-français"". Le Conseil a aussi observé que les nombreuses
appellations différentes utilisées dans le rapport pour désigner le groupe de
citoyens visé différaient selon que les commissaires faisaient référence à des
réalités historiques ou à des situations actuelles. Partant de ce constat, le
Conseil relève que cette précision n'apparaît pas dans ce qui a été publié par
The Gazette, mais considère néanmoins que l'utilisation de l'expression
"French-Canadian" ne constitue pas une erreur déontologique mais une
imprécision. Le grief fut rejeté.
    Enfin, selon le plaignant, la manchette manquait de respect envers les
francophones et attisait les préjugés envers ceux-ci, en donnant l'impression
que l'apprentissage de l'anglais par les francophones du Québec serait le
premier moyen de vaincre leur étroitesse d'esprit. Relativement à
l'apprentissage de l'anglais, le Conseil constate que cet élément est bien
présent dans le rapport et sa présentation dans le journal est indiquée. En
faisant cette mention, les mis-en-cause n'ont donc pas manqué de respect
envers les Québécois francophones et n'ont pas alimenté de préjugés à leur
égard. Le grief fut rejeté.
    En regard de la plainte formulée par M. Gilles Rhéaume, ce dernier
affirmait que M. Heinrich se serait malicieusement servi de certains éléments
du rapport pour véhiculer des préjugés et identifier un groupe sur une base
ethnique. Le journaliste répondait avoir rapporté avec exactitude et honnêteté
une partie des observations des commissaires. Après analyse, le Conseil
considère que, dans l'article du 19 mai 2008, le journaliste rapporte avec
justesse ce qui a été exposé par la Commission Bouchard-Taylor dans son
rapport et n'introduit aucun préjugé. Le grief n'a pas été retenu.
    Le Conseil a blâmé M. Jeff Heinrich et le quotidien The Gazette pour
sensationnalisme dans l'article du 17 mai 2008, dans la mesure où, en ne
mentionnant pas clairement qu'ils n'avaient eu accès qu'à une partie seulement
du rapport, sans ses conclusions, et en ne précisant pas que les informations
publiées n'étaient pas les conclusions des commissaires, les mis-en-cause ont
induit le public en erreur quant à la valeur et à la portée réelles des
informations qu'il croyait recevoir.
    Par ailleurs, le Conseil de presse a rejeté la plainte de M. Gilles
Rhéaume à l'endroit de M. Jeff Heinrich et du quotidien The Gazette
relativement à l'article du 19 mai 2008, au motif d'avoir véhiculé des
préjugés.
    Le texte intégral de cette décision ainsi qu'un résumé des arguments des
parties en cause peuvent être consultés au www.conseildepresse.qc.ca, à la
section "Les décisions redues par le Conseil".




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818; SOURCE: Marie-Eve Carignan, responsable des
communications Conseil de presse du Québec, (514) 529-2818

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