COCQ-Sida - Nous sommes loin de défendre le droit d'infecter en silence



    MONTREAL, le 9 avr. /CNW Telbec/ - Affirmer, tel qu'il a été rapporté
dans les médias, que "les défenseurs des droits des sidéens plaident pour le
droit d'infecter en silence", c'est balayer tous les efforts investis par le
milieu communautaire VIH/sida afin d'améliorer la qualité de vie des personnes
séropositives et de diminuer le nombre de nouvelles infections au Canada, deux
objectifs indissociables.
    Il est étonnant de constater que certains professionnels des médias
rejettent systématiquement l'expertise des professionnels du milieu VIH/sida
lorsque ceux-ci abordent la question de la criminalisation de la transmission
du VIH. Du moment qu'un expert VIH parle de ce sujet, de nombreux médias le
ridiculisent et le lapident sur la place publique. Pourtant, l'ensemble des
arguments qu'ils défendent découle de rigoureux travaux de réflexion menés
dans de grandes universités, de grands laboratoires de recherche ou de grandes
institutions telles que l'ONUSIDA ou l'Organisation mondiale de la santé.
    Cette expertise a nourri les réflexions de la COCQ-Sida. Elle est partie
prenante de ses actions et de sa position sur la criminalisation de la
transmission du VIH. La COCQ-Sida suit les recommandations de l'ONUSIDA et
reconnaît que la criminalisation doit être spécifiquement et uniquement
utilisée dans les cas qui répondent aux trois conditions suivantes : 1) un
individu se sait séropositif au VIH, 2) agit dans l'intention de transmettre
le virus et 3) le transmet réellement. Tout comme l'ONUSIDA, la COCQ-Sida met
en garde contre une interprétation trop large du critère d'intention au-delà
des cas intentionnels et délibérés, et ce, contrairement à la tendance
jurisprudentielle canadienne actuelle.
    Nous reconnaissons également qu'il n'y a actuellement aucune donnée
permettant d'affirmer qu'une application large du droit criminel relativement
à la transmission du VIH permettra d'atteindre les objectifs de justice ou de
prévention de la transmission du VIH. Au contraire, selon les données
actuelles, une application large du droit criminel risque plutôt de nuire à
nos efforts de prévention et à nos efforts de mise en oeuvre des droits de la
personne pour améliorer la qualité de vie de l'ensemble des populations
reconnues à risque ou touchées par le VIH. De plus, en créant l'illusion
qu'elle protège de la transmission du VIH, la criminalisation engendre un faux
sentiment de sécurité qui peut lui aussi nuire aux efforts de prévention.
    Ces arguments se basent sur des recherches ayant démontré que le
dévoilement et la stigmatisation sont interreliés. Plus la stigmatisation est
présente dans une société, plus il est complexe et difficile de dévoiler son
statut. Donc, croire que la criminalisation de la transmission du VIH
influencera plus de personnes séropositives à dévoiler est un leurre. Au
contraire, elle accentue la stigmatisation et accroît donc les barrières au
dévoilement. Soulignons que les cas de poursuites criminelles que l'on
médiatise se rapportent à des situations exceptionnelles alors que les études
démontrent clairement que les personnes séropositives dévoilent pour protéger
leur partenaire.
    De plus, n'oublions pas que plus de 50% des nouvelles infections au
Québec sont causées par des gens nouvellement infectés qui ne connaissent pas
nécessairement leur statut sérologique. En ce sens, comment une personne
nouvellement infectée peut-elle dévoiler ce qu'elle ne connaît pas encore ?
    La criminalisation n'est pas une solution pour enrayer l'épidémie du
VIH/sida. Oui, elle peut être utilisée dans des cas très précis, mais la
COCQ-Sida, tout comme l'ONUSIDA et tous les experts qui se sont prononcés sur
la question, préconise plutôt l'instauration d'un environnement social et
juridique propice au dévoilement de sa séropositivité, de manière volontaire
et sans crainte de représailles. Ce pour quoi nous demandons, depuis plusieurs
années, au ministre de la Santé et des Services sociaux de collaborer avec le
ministre de la Justice afin de développer des lignes directrices destinées à
encadrer les poursuites judiciaires en matière de criminalisation du VIH.

    Nous sommes loin de défendre le droit d'infecter en silence.

    La COCQ-Sida regroupe les organismes communautaires québécois de lutte
contre le VIH/sida afin de favoriser l'émergence et le soutien d'une action
concertée. Pour ce faire, elle suscite, soutient et consolide l'action
communautaire face à la lutte contre le VIH/sida sur le territoire québécois.
Le regroupement solidarise les gens, unit les démarches, les actions et les
ressources impliquées, dans le respect de l'autonomie de chacun des
groupes-membres, pour répondre aux enjeux qui touchent les PVVIH et l'ensemble
des populations à risque d'être infectées par le VIH du Québec.




Renseignements :

Renseignements: René Légaré, Coordonnateur des communications, (514)
912-6327, rene.legare@cocqsida.com; Source: Ken Monteith, directeur général;
Christine Vézina, avocate


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