Chine - Un an après l'ouverture des JO de Pékin, la flamme est définitivement éteinte



    MONTREAL, le 7 août /CNW Telbec/ - Un an après la cérémonie d'ouverture
des Jeux olympiques de Pékin, le 8 août 2008, Reporters sans frontières
déplore que les rares avancées en matière de liberté d'expression se soient
étiolées. Seuls les journalistes étrangers continuent de bénéficier de mesures
adoptées pendant les olympiades. La censure sur Internet et la répression à
l'encontre des militants de la liberté d'expression se sont renforcées depuis
un an.
    "L'ouverture tant vantée par les organisateurs de Pékin 2008 et le Comité
international olympique n'aura été qu'une illusion. Les dizaines de
pétitionnaires et de militants des droits de l'homme emprisonnés pour s'être
exprimés avant et pendant les JO ont été rejoints en prison par des avocats,
blogueurs et intellectuels qui espéraient que ces promesses olympiques se
concrétisent. La désillusion est à la hauteur du cynisme des autorités pendant
les olympiades", a déclaré Reporters sans frontières.
    L'organisation demande la libération de tous les citoyens chinois détenus
pour s'être exprimés ou avoir revendiqué leurs droits lors des JO de Pékin.
    Voir la pétition :
http://www.rsf.org/fr-petition34042-Les_prisonniers_Olympiques.html
    Si les autorités semblent avoir retenu les leçons de la contestation qui
a entouré les derniers JO en investissant des sommes colossales pour mieux
diffuser la vision officielle, le Département de la propagande continue
d'imposer ses diktats. L'organe de contrôle du PCC ne semble pas avoir tiré
les enseignements du scandale du lait contaminé qui avait été occulté en
raison des JO. La censure s'impose toujours sur des affaires de santé publique
ou d'intérêt général.

    Les prisonniers olympiques

    Des dizaines de dissidents et de citoyens payent encore de leur liberté
le prix pour s'être exprimé sur les Jeux olympiques ou d'avoir critiqué le
gouvernement alors que l'attention internationale était tournée vers Pékin. Le
plus connu d'entre eux est le militant des droits de l'homme Hu Jia qui purge
une peine de trois ans et demi de prison à Pékin.
    De son côté, Yang Chunlin, principal initiateur de la campagne "Nous
voulons les droits de l'homme, pas les Jeux olympiques", a été maltraité en
détention. Il a été condamné, le 24 mars 2008, à une peine de cinq ans de
prison suivie de deux années de privation de ses droits civiques par le
tribunal intermédiaire de Jiamusi (Nord-Est), pour "incitation à la subversion
du pouvoir de l'Etat".
    Zheng Mingfang, militante des droits de l'homme, n'est pas mieux traitée
puisqu'elle a été envoyée pour deux ans dans un camp de rééducation par le
travail, début avril 2008. Elle avait publié une lettre ouverte aux autorités
avant les Jeux olympiques. C'est également de s'en être pris aux JO qui a valu
au militant démocrate Zhang Wenhe d'être interné de force dans un hôpital
psychiatrique.
    Une habitante du Guangxi, Huang LiuHong, et ses deux soeurs ont passé
presque un an en détention, sans jugement. Elles étaient venues à Pékin lors
des jeux paralympiques en septembre 2008, pour protester contre plusieurs
expropriations impliquant des officiels locaux. Elles ont été arrêtées ainsi
qu'un quatrième membre de leur famille, après avoir donné une interview à un
journaliste américain. Après 314 jours de détention dans une des nombreuses
"prisons noires" de la Chine, Huang LiuHong risque toujours un an
d'emprisonnement pour "vandalisme".
    Enfin, Dhondup Wangchen, réalisateur d'un documentaire sur le Tibet, est
détenu depuis mars 2008 pour avoir recueilli des témoignages de Tibétains,
notamment dans la région de l'Amdo. Son documentaire intitulé "Leaving Fear
Behind" (www.leavingfearbehind.com) a été diffusé clandestinement pendant les
Jeux olympiques de Pékin.

    Les journalistes étrangers toujours privilégiés ?

    Les organisateurs des JO de Pékin avaient fourni à la presse étrangère
des installations et un confort spectaculaires. Les autorités avaient
également modifié radicalement les règles pour les journalistes étrangers,
accordant une liberté de mouvement et d'interview inédite.
    Ces règles sont toujours en vigueur, mais leur application est à
géométrie variable. Elles ne s'appliquent pas au Tibet et aux régions
tibétaines où des dizaines de journalistes étrangers ont été empêchés de
travailler en mars 2008, puis en mars 2009. Si le gouvernement a laissé la
presse étrangère se rendre au Xinjiang, juste après les émeutes de juillet
2009, des correspondants ont été interpellés quand ils s'intéressaient de trop
près au sort des Ouighours détenus par la police.
    Les entraves à la liberté de travail se sont également multipliées à
l'approche du vingtième anniversaire du massacre de la place Tiananmen.
Plusieurs interlocuteurs de correspondants étrangers, notamment des
dissidents, de correspondants étrangers ont été arrêtés ou menacés par la
police politique.
    Les autorités centrales tentent également de mieux contrôler les
collaborateurs chinois de médias étrangers, en les forçant à s'enregistrer
auprès d'organismes officiels ou semi-officiels.
    Enfin, de nombreux medias étrangers, radios et sites Internet, sont
toujours censurés, sans aucune explication officielle.

    Une nouvelle stratégie de communication : les leçons des JO ?

    Pendant les événements de mars 2008 au Tibet puis lors du parcours de la
flamme olympique, les autorités chinoises ont dénoncé la presse étrangère
jugée anti-chinoise. Une campagne nationaliste a été lancée pour intimider les
médias étrangers et certains pays, accusés de diaboliser la politique de Pékin
au Tibet dans le domaine des droits de l'homme.
    Pour contrer cette "influence occidentale", les autorités chinoises ont
déployé de nouveaux moyens pour fournir au niveau international une
information qui leur serait plus favorable. Des dizaines de millions d'euros
sont investis pour mettre en place une version internationale de la chaîne
gouvernementale CCTV et les principaux médias d'Etat sont incités à mieux
occuper le terrain.
    Lors des soulèvements au Tibet et au Xinjiang, les medias chinois ont été
contraints de ne reprendre que la version officielle des événements.
L'incitation à la haine contre les minorités a été orchestrée par les
organismes d'Etat afin de mieux occulter les victimes tibétaines et ouighours.
Le débat sur l'échec des politiques actuelles dans ces provinces rebelles a
été vite circonscrit à de trop rares publications libérales.

    Internet, fini le temps béni des JO

    Les internautes chinois avaient bénéficié, grâce à la présence de
milliers de journalistes étrangers aux JO, d'une accalmie de la censure au
moment des épreuves sportives. Les sites débloqués à l'époque ont pratiquement
tous été rendus inaccessibles depuis.
    Depuis le 5 janvier 2009, une grande campagne de filtrage a été lancée
par le ministère de l'Information, afin de lutter contre la pornographie. Les
autorités ont demandé aux acteurs de l'Internet de redoubler de vigilance
quant au contenu des sites. Ce que les entreprises d'Etat ont fait. Parmi les
sites bloqués figure celui du portail de blogs politiques Bullog
(http://www.bullog.cn), car ce dernier "publiait un grand nombre
d'informations négatives dans le domaine politique", selon le ministère de
l'Information. Celui du New York Times a été lui aussi bloqué à plusieurs
reprises.
    Afin de redoubler d'efficacité dans cette campagne, le gouvernement a
également ordonné aux fabricants d'ordinateurs chinois et étrangers
d'installer sur leurs produits un logiciel de filtrage appelé "Green Dam Youth
Escort", destiné à protéger les jeunes internautes des contenus "néfastes"
rencontrés sur Internet. Toutefois, les options de filtrage incluent la
possibilité de bloquer du contenu politique et religieux, notamment ceux liés
au mouvement Falungong. Face au tollé international, les autorités ont
repoussé l'installation obligatoire du logiciel.
    Mais toute la cybercensure ne se fait pas au nom de la lutte contre la
pornographie. Les autorités ont par exemple censuré tous les sites en langue
ouighoure lors des manifestations qui ont eu lieu au Xinjiang en juillet 2009.
Ils sont toujours inaccessibles (voir la liste:
http://www.rsf.org/Les-informations-independantes-sur.html). Le site de
partage de vidéos en ligne YouTube est également bloqué depuis le mois de
mars, sans motif officiel.
    Les blogueurs et les internautes continuent leur travail de dénonciation
des travers de la société et de l'Etat. Ce qui oblige de plus en plus
fréquemment les medias officiels à couvrir ces affaires gênantes. Mais la
répression n'a pas cessé, notamment de la part des autorités locales. Entre le
8 août 2008 et le 8 août 2009, au moins dix blogueurs ont été arrêtés en
raison de leur activité en ligne.




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4188, Télécopieur: (514) 521-7771,
rsfcanada@rsf.org

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