Bolivie - Attaques de militants progouvernementaux contre la presse: "La sécurité des journalistes doit être prioritaire", selon Reporters sans frontières



    MONTREAL, le 31 oct. /CNW Telbec/ - Reporters sans frontières appelle le
gouvernement et les autorités judiciaires à réagir après deux séries
d'agressions commises par des militants du Comité civique populaire - un
groupe radical se revendiquant progouvernemental - contre des journalistes du
secteur privé, les 28 et 29 octobre 2008 à La Paz. Le vice-président, Alvaro
Garcia Linera, a condamné ces actes, le 30 octobre, et promis une enquête.
    "Dans une tribune publiée le 21 octobre dans les quotidiens nationaux La
Razon et La Prensa, Reporters sans frontières a dénoncé sans réserve le
racisme et les appels au meurtre contre le président Evo Morales proférés par
des opposants radicaux sur certains médias privés. La justice doit également
s'appliquer à des activistes se réclamant du gouvernement, qui incitent à la
haine contre des journalistes. La passivité dont la police a fait preuve lors
de ces deux attaques est inadmissible et l'enquête promise par le
vice-président doit faire la lumière sur ce point. De même, il est
inadmissible que le chef de file du Comité civique populaire, Adolfo Cerrudo,
plusieurs fois inculpé pour des attaques contre des journalistes, ait
recommencé ses agissements et violé les obligations du contrôle judiciaire
auquel il était soumis. Nous espérons qu'il sera renvoyé en prison et jugé,
tout comme nous le souhaitons pour les membres de groupes autonomistes auteurs
d'attentats contre des médias publics. Dans la logique des accords politiques
passés entre le gouvernement et les principaux partis d'opposition dans la
perspective du référendum constitutionnel du 25 janvier 2009, nous demandons
également que le président Evo Morales et ses ministres concernés prennent des
mesures concrètes de sécurité en faveur des médias et dialoguent au plus vite
avec les représentants de la profession", a déclaré Reporters sans frontières.
    Le 29 octobre, quelque 200 militants du Comité civique populaire ont
agressé une douzaine de journalistes présents devant la prison San Pedro, au
moment où des délégués d'une commission de l'Union des nations sud-américaines
(Unasur) - chargés d'enquêter sur le massacre de quinze paysans indigènes, le
11 septembre -, venaient y interroger l'ancien gouverneur du département du
Pando (Nord-Ouest), Leopoldo Fernandez, inculpé et détenu dans cette affaire
pour "génocide". Des militantes du collectif des "Ponchos rouges" ont d'abord
frappé les journalistes à coups de lanières de cuir. D'après le témoignage
recueilli par Reporters sans frontières auprès de Maria Luisa Callejas, du
quotidien La Prensa, elle-même agressée, l'attaque a pris de l'ampleur lorsque
les journalistes de télévision - ATB, Red Uno - ont installé leurs
équipements. "Nous allons vous dégager à coups de pied si vous ne partez pas",
ont crié les agresseurs, parmi lesquels un homme rapidement identifié comme
étant Adolfo Cerrudo. "A aucun moment de l'agression la police n'est
intervenue pour disperser les agresseurs. Ils se sont contentés de nous
maintenir à l'écart", a indiqué Maria Luisa Callejas. Cette précaution n'a pas
suffi. Les manifestants se sont ensuite rués vers les journalistes. Jonnatan
Condori, de Radio Erbol (station affiliée à l'Eglise catholique) et Javier
Alanota, de la chaîne ATB, ont été roués de coups.
    La veille, au même endroit, des militants du Comité civique populaire,
emmenés par Edgar Mora, s'en sont pris violemment à quatre journalistes venus
couvrir leur protestation contre un éventuel transfert de l'ancien gouverneur
du Pando vers Sucre. Roxana Lizarraga, et le cameraman Juan Carlos Vera, de la
chaîne de télévision privée Unitel, Nicolas Sanabria, de la station privée
Radio Fides, et Gustavo Arévalo, de la chaîne privée ATB - ont été agressés au
motif d'"être payés par Leopoldo Fernandez". Certains journalistes ont dû
interrompre leur retransmission en direct.
    Déjà mis en cause dans plusieurs agressions contre des médias à La Paz
(lire le communiqué du 25 juillet 2008), Adolfo Cerrudo avait menacé de viol,
au mois de mars, une journaliste du quotidien La Razon. Assigné à résidence
par la juge Virginia Crespo, il avait été remis en liberté conditionnelle, le
23 juillet, moyennant l'engagement écrit de ne plus s'en prendre aux médias.

    La Bolivie se classe au 115e rang (sur 173 pays) du classement mondial de
la liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2008, soit une perte
de 47 places par rapport à l'année précédente. La multiplication des
agressions contre les médias et la polarisation de ces derniers, générées par
dix mois de crise politique, expliquent cette forte rétrogradation.




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières Canada, (514) 521-4111, rsfcanada@rsf.org

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