Augmentation fulgurante des régimes à cotisations déterminées - Une dérive qui ne peut garantir une sécurité du revenu aux retraités

MONTRÉAL, le 19 avril /CNW Telbec/ - Dans une note de recherche publiée aujourd'hui, l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) constate une dérive inquiétante au sein des régimes complémentaires de retraite. « Au Canada, entre 1991 et 2008, le nombre de participants et de participantes à un régime de retraite à cotisations déterminées (RCD) dans le secteur privé est passé de 14 % à 26 %. Avec cette augmentation fulgurante, nous assistons au passage d'un système qui verse une rente de retraite à partir des transferts intergénérationnels à un système d'épargne salariale qui accumule du capital à partir de placements dans des véhicules financiers. Cette dérive éloigne les régimes complémentaires de leur fonction principale qui est de garantir une sécurité de revenu aux retraités », a expliqué Mathieu St-Onge, chercheur de l'IRÉC

« Ces régimes complémentaires de retraite n'ont plus de rapport avec la protection sociale basée sur une solidarité entre les bénéficiaires grâce à une mutualisation des risques. C'est à titre individuel que les salariés doivent faire face à des risques financiers très élevés. L'enquête annuelle de Benefits Canada révèle qu'entre 2008 et 2009, les 50 RCD les plus importants ont encaissé des pertes de 3,6 milliards $ soit -17,1 %. Ces pertes affecteront la rente particulièrement pour les salariés dont la date de la retraite approche », a poursuivi le chercheur de l'IRÉC.

Pas de dispositifs de sûreté

L'étude indique qu'il n'existe pas de dispositifs de sûreté pour remédier aux mauvaises performances financières des fonds rattachés aux RCD. De plus, les modalités régulant le moment du décaissement du capital accumulé dans les comptes individuels n'atténuent pas les risques reliés à cette étape cruciale dans le processus de financement des régimes de retraite. Enfin, la gestion du capital des RCD est mal adaptée aux parcours des salariés. « Une chute des marchés financiers ou une baisse des taux d'intérêt peu avant le départ à la retraite peuvent affecter le revenu de retraite de manière permanente », s'est inquiété Mathieu St-Onge.

Des solutions existent

Dans un premier temps, une amélioration et une consolidation des régimes complémentaires de retraite passent par une réforme du versant public du système de pension. Une augmentation de la part des revenus qui proviennent du Régime de pension du Canada (RPC) et du Régime des rentes du Québec (RRQ) réduirait non seulement le poids financier des régimes complémentaires dans le financement direct des retraites, mais aussi les besoins de financement provenant de ces régimes ou de l'épargne retraite individuelle. « Pour sécuriser davantage les revenus de retraite, le RPC et la RRQ devraient viser un seuil de remplacement du revenu d'au moins 50 %. Actuellement, ils visent à remplacer 25 % du revenu des personnes dont le salaire est inférieur au maximum des gains admissibles pour une pension. Cette amélioration des régimes publics qui pourrait être financée par une augmentation des gains admissibles donnant droit à une rente et par un transfert partiel des cotisations aux régimes privés vers les régimes publics », a précisé le chercheur.

Dans un deuxième temps, l'étude propose une réforme de la législation afin de favoriser le développement de nouveaux régimes complémentaires de retraite. « Ces régimes collectifs seraient moins risqués puisqu'ils seraient de plus petite taille en raison de la réforme du RPC et du RRQ que nous proposons. Ces régimes devraient offrir de nouvelles modalités de partage du risque entre les employeurs et les salariés. Les régimes à financement salarial ainsi que les régimes de retraite sectoriels sont des solutions que nous privilégions, car sur le plan de la protection sociale, ils sont plus efficaces que les RCD », a conclu Mathieu St-Onge.

Cette Note de recherche de l'IRÉC s'intitule La montée des régimes de retraite à cotisations déterminées : vers la fragilisation des retraites?

Pour connaître les résultats des travaux de l'IRÉC, voir www.irec.net

SOURCE INSTITUT DE RECHERCHE EN ECONOMIE CONTEMPORAINE (IREC)

Renseignements :

André Laplante, IRÉC, (514) 564-7955 ou 514-258-4798 (Cellulaire)

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