SEPT-ILES, QC, le 22 mai /CNW Telbec/ - "L'école publique dans la région
de la Côte-Nord pourrait connaître des difficultés financières de plus en plus
marquées au cours des dix à quinze prochaines années. Conséquence d'un déclin
de l'effectif scolaire lié à une importante baisse démographique, dont les
effets sont aggravés par un attrait de plus en plus fort vers l'école privée,
les écoles publiques de la région auront de la difficulté à maintenir la
qualité des services éducatifs destinés aux jeunes et aux adultes en
formation."
Ce constat est l'un de ceux dévoilés aujourd'hui en conférence de presse
par la vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Mme Diane
Charlebois, qui présentait le portrait statistique de l'état de l'éducation
publique dans la région de la Côte-Nord. L'événement se situe dans le cadre de
la tournée nationale entreprise par la CSQ, intitulée les Rendez-vous CSQ de
l'éducation 2008.
La vice-présidente de la CSQ, Mme Diane Charlebois, était accompagnée
lors de cette conférence de presse par la vice-présidente de la Fédération du
personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), Mme Joanne Quévillon, ainsi que par
la présidente du Syndicat de l'enseignement de la région du Fer (SERF-CSQ),
Mme Francine Régnier. Cette dernière est également porte-parole régionale des
Rendez-vous CSQ de l'éducation 2008.
Des changements démographiques importants
Comme d'autres régions du Québec, la Côte-Nord est confrontée à un
important déclin démographique. De 1996 à 2007, la population de la Côte-Nord
a chuté de 8,6 % tandis que celle de l'ensemble du Québec augmentait de 5,9 %.
Dans ce cas, le poids démographique de la région a légèrement reculé, passant
de 1,5 % en 1996 à 1,2 % en 2007, ce qui place la région au 15e rang des
régions du Québec sur le plan du poids démographique.
Par ailleurs, la Côte-Nord connaîtra d'ici 2026 une forte décroissance de
la population de l'ordre de 47,2 % dans le groupe d'âge des 24 ans et moins et
une diminution prononcée de 26,9 % dans le groupe des 25 à 64 ans. A
l'inverse, le groupe des 65 ans et plus connaîtra une augmentation marquée
avec une hausse de 55 %.
"Cette situation affectera les entreprises et les organismes de la région
qui risquent de rencontrer d'importantes difficultés, au cours des prochaines
années, à trouver suffisamment de gens afin d'occuper les emplois laissés
vacants à la suite du départ à la retraite des personnes actuellement en
poste", prévoit Mme Diane Charlebois.
Miser sur la formation continue des adultes
Dans le contexte démographique et en tenant compte de l'évolution de la
structure de l'emploi, il apparaît clair que la région aura besoin d'une
main-d'oeuvre plus abondante et bien formée. Or, lorsque l'on regarde les
données du recensement de 2001, on observe que sur les 77 920 personnes âgées
de 15 ans et plus dans la région de la Côte-Nord, 41 % ne possèdent pas de
diplôme d'études secondaires, soit 31 815 personnes, ce qui est beaucoup plus
élevé que la moyenne provinciale qui se situe à 31,7 %.
De plus, sur les 31 815 personnes qui n'ont pas de diplôme, 50,3 % ont
moins de neuf années d'études, soit 15 995 personnes. Par ailleurs, seulement
11 % de la population âgée de 15 ans et plus dans la région possède un diplôme
d'études universitaires, soit 8 580 personnes, ce qui est en deçà de la
moyenne québécoise (20,1 %) en 2001.
"Il y a donc des moyens très importants qui devront être consentis par le
gouvernement afin d'aider les personnes de la région à relever le défi de
l'intégration dans la société du savoir et dans une économie en mutation.
Pourtant, les services d'enseignement offerts aux adultes ont presque tous
connu des baisses parfois importantes entre 2000 et 2005. Les services
d'alphabétisation (- 54,3 %), du présecondaire (- 41,8 %), du secondaire 1er
cycle (- 40,2 %), de l'intégration sociale (- 35 %) et de l'intégration
socioprofessionnelle (- 30,8 %) ont connu des diminutions de fréquentation au
cours de cette période. Le service de la préparation à la formation
professionnelle a enregistré pour sa part une hausse de 50 %", commente
Mme Charlebois.
Taux de décrochage et taux de diplomation
La situation du décrochage scolaire est également préoccupante dans la
région de la Côte-Nord.
De 2001 à 2006, le taux de décrochage au Québec a connu une faible
diminution de l'ordre de 0,8 %, passant de 25 % à 24,2 %. Dans la région de la
Côte-Nord, ce taux a connu une forte hausse de 2001-2002 à 2004-2005, passant
de 26,6 % à 30,1 %. Et puis l'année suivante, le taux de décrochage a chuté
fortement pour se situer à 26,9 %, soit une légère différence avec la
situation de 2001-2002", explique Mme Charlebois.
"Fait particulier, la région de la Côte-Nord est la seconde région du
Québec qui enregistre la plus forte hausse du taux de décrochage chez les
filles (3,7 points) entre 2001 et 2006. La région se singularise également par
la seconde plus forte baisse du taux de décrochage entre 2001 et 2006 chez les
garçons avec 3,7 points en moins juste derrière l'Estrie (3,9 points) et
devant l'Outaouais (3,5 points)", indique Mme Charlebois.
De plus, à l'instar du décrochage, la situation de la diplomation avant
20 ans dans la région connaît également des hauts et des bas. Le taux de
diplomation se situait à 69,4 % en 2000, en deçà de la moyenne provinciale qui
s'établissait à 71,9 % au même moment. Le taux de diplomation augmente à
70,4 % sur la Côte-Nord en 2002 et chute, par la suite, à 67,9 % en 2006. La
région se situe au 9e rang des régions du Québec en matière de diplomation.
Un secteur privé de plus en plus attrayant
Alors que la baisse de l'effectif des jeunes affecte fortement les
commissions scolaires de la région, on note en même temps une hausse de la
fréquentation des écoles privées sur la Côte-Nord. Comme le constate la
vice-présidente de la CSQ :
"L'attraction qu'exerce le secteur privé dans la région de la Côte-Nord
se fait sentir de manière marquée. Sur la base de l'effectif scolaire des
jeunes francophones du secondaire, on observe qu'entre 2003 et 2008, le nombre
d'élèves inscrits dans les écoles publiques de la région passe de 5 213 à
4 894 alors que dans les écoles privées, pour la même période, ce nombre passe
de 385 à 474 élèves. Ce qui revient à dire que la fréquentation dans les
écoles publiques a chuté dans une proportion de 6,1 % pendant que les écoles
privées connaissaient une hausse de fréquentation scolaire de 23,1 %."
Des conditions d'exercice plus difficiles pour le personnel de
l'éducation
Dans un autre ordre d'idées, la vice-présidente de la CSQ mentionne que
dans la région de la Côte-Nord comme ailleurs au Québec, les conditions de
travail du personnel de l'éducation deviennent de plus en plus difficiles avec
une tâche qui ne cesse de s'alourdir.
"Pour les enseignantes et les enseignants, l'augmentation de la tâche
provient principalement de la hausse du nombre d'élèves par classe et du taux
élevé d'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou
d'apprentissage (EHDAA) dans la classe ordinaire. Sur la seule base des élèves
handicapés, on peut d'ailleurs constater que l'intégration en classe ordinaire
était plus forte dans la région de la Côte-Nord (47 %) en 2005-2006 que la
moyenne québécoise qui se situait à 39 %", déplore la vice-présidente de la
CSQ.
Quant au personnel professionnel, la situation n'est guère plus
réjouissante.
"En effet, dans les commissions scolaires de la région de la Côte-Nord
pour lesquelles des données sont disponibles, on dénote des signes de détresse
psychologique chez le personnel professionnel dans des proportions de 80 %
dans la Commission scolaire du Littoral, 33,3 % pour celle de l'Estuaire et
33,3 % pour celle du Fer. Ces données sont extrêmement préoccupantes", conclut
Mme Diane Charlebois.
Profil de la CSQ
La CSQ représente quelque 160 000 membres, dont plus de 100 000 dans le
secteur public. Elle est l'organisation syndicale la plus importante en
éducation au Québec. La CSQ est également présente dans les secteurs de la
santé et des services sociaux, des services de garde, du municipal, des
loisirs, de la culture, du communautaire et des communications.
Renseignements: Claude Girard, Agent d'information CSQ, cell.: (514)
237-4432, Centrale des syndicats du Québec